March 15, 2026

"Aujourd’hui, le doute pèse" : pourquoi les blaireaux sont ciblés par un arrêté préfectoral dans le Gers

l’essentiel
Un arrêté préfectoral prévoit dans le Gers des chasses particulières pour la capture de blaireaux dans les zones à risque de tuberculose bovine. Des analyses sanitaires doivent permettre de mieux appréhender la circulation de la maladie dans la faune sauvage et empêcher sa propagation.

Un texte qui veut être un nouvel outil dans la lutte contre la tuberculose bovine. Après consultation du public, le préfet du Gers, Alain Castanier, a signé, ce 9 mars, un arrêté qui prévoit la mise en place de chasses particulières visant la capture de blaireaux dans le département, dans les zones classées à risque de tuberculose bovine (TB) pour la faune sauvage.

L’objectif est de surveiller la présence de la maladie et de “prévenir la circulation de la tuberculose au sein des animaux de la faune sauvage.”

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Dans plusieurs avis, datant notamment de 2011 et 2019, cités par le ministère de l’Agriculture, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) met en avant le rôle de la faune sauvage dans la persistance de la maladie en France. Tous les ans, une centaine d’élevages dans le pays sont touchés par la tuberculose bovine, maladie transmissible à l’homme. Au-delà des bovins, trois espèces sauvages sont considérées comme impactées par la TB : les grands cervidés, les sangliers et les blaireaux.

Risque de contamination

Le bovin est le seul réservoir mais il peut contaminer les zones d’abreuvement et d’alimentation. Le blaireau et le sanglier peuvent alors se contaminer à leur tour en venant s’y abreuver et y manger.

Une fois que la maladie est installée entre ces deux espèces, elle se propage d’individu en individu. Il existe ensuite, toujours selon le ministère de l’Agriculture, un possible effet “retour” vers les bovins, en “particulier à partir des blaireaux dont certains, une fois infectés, ont une forte capacité à excréter la mycobactérie.”

Capture et prélèvement

D’où la nécessité, pour le préfet, d’organiser des “chasses particulières sur tout ou partie du territoire départemental à des fins de surveillance de la tuberculose bovine. Ces opérations sont placées sous la responsabilité des lieutenants de louveterie”, assistés de chasseurs ou de piégeurs agréés. Elles se déroulent autour des terriers situés à proximité de pâtures ou d’exploitations infectées, ou dans des secteurs où la maladie a été détectée.

L’objectif, dans ces zones, est de réaliser des captures afin de prélever des animaux pour effectuer des analyses sanitaires et ainsi mieux évaluer la circulation de la maladie. Les blaireaux retrouvés morts, notamment sur la route, pourront également être collectés pour analyse.

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Les captures peuvent se faire par piégeage (cages ou collets réglementés) ou par tir. Le tir de jour est autorisé à partir du 15 mai jusqu’à la veille de l’ouverture générale de la chasse, tandis que le tir de nuit est réservé aux lieutenants de louveterie, avec des moyens d’éclairage et après information des autorités locales. En revanche, l’utilisation de chiens est interdite dans ce dispositif.

L’arrêté s’applique à partir de sa publication et pour une durée d’un an, avec une suspension des prélèvements entre le 15 janvier et le 15 mai dans certaines zones de prospection. Il définit que les animaux capturés doivent “être immédiatement mis à mort, sans souffrance. […] Ils sont placés dans un sac et identifiés par un numéro unique.” Une fois identifiés, ils sont acheminés vers les laboratoires pour “nécropsie et si nécessaire prélèvement de nœuds lymphatiques pour analyse par PCR ou bactériologie.”

“Un sondage digne de ce nom”

Si le rôle du blaireau dans la propagation de la maladie n’a pas été démontré avec certitude, ces mesures de chasse particulière pourraient permettre, pour le président du Groupement de défense sanitaire du Gers, Damien Latapie, de rassurer les éleveurs, en faisant “enfin un sondage digne de ce nom. Il y a encore trop peu de prélèvements dans le département.”

Actuellement, lorsqu’un cas est détecté, comme dernièrement dans le canton de Masseube, les enquêtes épidémiologiques montrent généralement que la maladie a été importée dans l’élevage. “Mais il y a quand même des doutes sur la faune sauvage, souligne Damien Latapie. Avec la multiplication des maladies (Maladie hémorragique épizootique, Dermatose nodulaire contagieuse, NDLR), les éleveurs sont craintifs de nouvelles contaminations. Faire des prélèvements et réaliser une cartographie montrant où des cas ont été recensés dans la faune sauvage permettrait de rassurer un peu.”

Cette mesure pourrait permettre d’être “plus proactif dans la lutte contre la tuberculose bovine et d’arrêter d’agir en pompier, estime Damien Latapie. J’aimerais que l’on puisse dire, lorsqu’il y a un nouveau cas détecté : ‘Il n’y a pas d’analyse positive dans la faune sauvage, donc si vous avez une bête malade, il y a, par exemple, 90 % de chance que vous l’ayez introduite’. Mais aujourd’hui, comme il n’y a pas de prélèvement dans la faune sauvage, il y a un doute. Et aujourd’hui, le doute, il pèse.”

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