March 14, 2026

Inondations en Lot-et-Garonne : "Je serai intraitable sur ce sujet", la chambre d’agriculture demande l’intervention de l’armée pour la reconstruction immédiate des digues

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La chambre d’agriculture s’est penchée sur la gestion des digues. Treize ruptures ont été recensées lors des indondations de février dernier contre cinq en 2021. Face à l’urgence, elle réclame l’intervention de l’armée et une refonte complète du système de protection.

“Il n’est pas possible de laisser les personnes, les biens, les outils dans cet état ou de traîner les délais, même de quelques semaines. C’est la raison pour laquelle je réitère ma demande d’intervention de l’armée, du génie civil, pour reconstruire les digues comme il se doit.” Et Karine Duc de souligner : “Ce sont les seuls qui ont le savoir-faire, la méthode, l’efficacité et la haute rapidité d’action. C’est une denrée rare”.

Au-delà de cet appel et après un rappel saisissant du chaos engendré par les tempêtes et les inondations de février dernier, la présidente de la chambre d’agriculture a, ce vendredi, en session, posé sur la table la problématique des digues endommagées et éventrées. “Je serai intraitable sur ce sujet”, a-t-elle annoncé en s’appuyant sur un constat sans concession dressé par ses services.

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“Une partie des interventions est restée partielle”

Ceux-ci relèvent 13 ruptures de digues en gestion Gemapi (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations), contre 5 en 2021. Dans leur rapport détaillé, ils citent l’exemple de Val de Garonne. Ce territoire du Marmandais comprend 49 km de berges de Garonne, 5 km de berges du Lot, 250 km de cours d’eau et affluents, ainsi que 160 km de digues ou remblais, dont 90 km de digues publiques.

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Les mécanismes de fragilisation des digues sont présentés dans le document : surverse (érosion des crêtes), renards hydrauliques (érosion interne), affouillement (détachement de terre et dégradation du pied), désordres de structures liés à l’ancienneté et aux réparations successives, faune fouisseuse (ragondins, rats musqués, blaireaux). La chambre observe que, depuis 2021, des travaux ont été engagés sur plusieurs ouvrages, mais “qu’une partie des interventions est restée partielle, trop tardive ou limitée à des réparations ponctuelles”.

Val de Garonne mise en cause

L’instance agricole met directement en cause Val de Garonne. “L’agglomération, en tant que gestionnaire des digues publiques, n’a pas suffisamment ramené l’ensemble du système à un niveau cohérent de robustesse et de prévention.” Lors de la récente séance spéciale du conseil départemental dédiée aux crues et aux intempéries, Jacques Bilirit, conseiller départemental et président de Val de Garonne, avait, lui, déclaré après une longue démonstration : “Ce n’est pas un défaut d’entretien. Quand il y a catastrophe naturelle, personne n’est à l’abri du danger”.

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Quoi qu’il en soit, la chambre d’agriculture a adopté, ce vendredi matin, une motion relative “à la non-gestion des systèmes de protection des biens et exploitations agricoles contre les inondations”. Dans cette dernière, elle demande donc l’intervention de l’armée. Elle souhaite également le curage et le dragage de la Garonne, notamment dans les zones avec des graviers, limons, embâcles. L’objectif est de permettre un écoulement du fleuve.

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Elle réclame aussi la reconstruction sans délai du barrage de Beauregard – un vieux dossier – et le lancement d’une réflexion pour bâtir d’autres barrages. Enfin, elle n’hésite pas à proposer une “expérimentation innovante” : “la mise en place d’une délégation de service public (DSP), octroyée à notre compagnie consulaire dans la gestion de l’ensemble des digues Gemapi du département”.

“Je ne vous soutiendrai qu’à condition que vous ne vous mettiez pas en danger”

Dans un style différent de celui de son prédécesseur Daniel Barnier, le préfet Bruno André a reconnu que le sujet des digues est une urgence, mais qu’il est encadré légalement. Il ne peut autoriser à boucher les brèches que dans un cadre juridique. Il pense l’avoir trouvé. Il a soulevé aussi la question du financement. Là aussi, il a annoncé avoir avancé sur le dossier. Idem sur la manière de le faire. À la question précise du quand, il est resté prudent.

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Il a enfin prévenu les élus de la chambre d’agriculture : “Je ne vous soutiendrai qu’à condition que vous ne vous mettiez pas en danger, y compris pénalement.” En préambule, la présidente lui avait lâché : “Vous devez agir vite, sinon, vous le savez, je vous l’ai déjà dit, les agriculteurs, les riverains, s’en chargeront et nous les aiderons […] Les agriculteurs de ce département ont déjà fait une digue, celle du lac de Caussade. Pourquoi pas celles aux abords de la Garonne”.

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