March 13, 2026

"Le travail, c’était un cauchemar" : au procès de l’ex-syndicaliste de la BNP Paribas accusé de harcèlement moral, deux femmes brisées

l’essentiel
Accusé d’avoir humilié et dénigré deux collègues pendant des mois, un ex-responsable syndical de la BNP Paribas Occitanie a comparu jeudi 12 mars devant le tribunal correctionnel de Toulouse. Les plaignantes décrivent un environnement de travail devenu invivable.

Dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Toulouse, deux femmes se tiennent côte à côte sur le banc des parties civiles. Ludivine, 42 ans, crinière blonde soigneusement coiffée, garde les mains serrées autour d’un paquet de mouchoirs posé sur ses genoux. À côté d’elle, Sandrine, 53 ans, chemisier bleu à fines rayures, les jambes croisées, ferme parfois les yeux comme pour contenir l’émotion. Face à elles, à la barre, l’homme qui leur a fait vivre un enfer au travail.

Gilles C., 56 ans. Blazer sombre, visage rubicond, épaules larges. L’ancien responsable syndical SNB/CFE-CGC de la BNP Paribas Occitanie comparaît ce jeudi pour harcèlement moral. Selon l’accusation, il aurait imposé pendant plusieurs années un climat de pression et d’humiliation au sein du comité social et économique de l’entreprise, entre février 2022 et décembre 2023. “Je ne comprends pas pourquoi je suis là”, lance d’emblée le prévenu.

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Les deux femmes étaient secrétaire et secrétaire adjointe du CSE. Plusieurs collègues ont été entendus par les gendarmes au cours de l’enquête. L’un d’eux évoque “un homme gras, sexiste, qui ne supporte pas la contradiction”. Un autre raconte qu’il se présentait volontiers comme “au-dessus des lois et des autres”.

Le président s’attarde sur la dégradation de l’état de santé des deux salariées. “Les témoignages le décrivent. Vous êtes certain que ce n’est pas le résultat de ce que vous avez pu leur dire ?”, l’interroge-t-il. “Ces témoignages sont faux. C’est une cabale par jalousie”, rétorque Gilles C.

Un groupe WhatsApp

L’enquête s’est notamment penchée sur un groupe WhatsApp mêlant conversations professionnelles et échanges privés. Dans plusieurs messages vocaux, l’ancien syndicaliste laisse éclater un langage d’une grande vulgarité. “Une pute, une pute, une pute”, répète-t-il à propos d’une collègue. À l’audience, il reconnaît ces propos. “Je n’en suis pas fier du tout. Mais au travail je ne parle pas comme ça.”

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Les expertises médicales décrivent chez les deux victimes une symptomatologie dépressive. Antidépresseurs et anxiolytiques pour dormir rythment désormais leur quotidien. “Moi aussi je suis sous traitement. Je suis en dépression profonde. Cette affaire m’a affecté”, se défend le prévenu.

Une plainte pour harcèlement sexuel, distincte de l’affaire jugée jeudi, reste par ailleurs en cours. Elle concerne une soirée organisée en avril 2023 dans un bar toulousain, le Puerto Habana. Selon la plaignante, Gilles C. se serait collé à elle avant de lui lancer le lendemain : “Si on était seuls, je te violerais.”

À la barre, Ludivine craque. Les sanglots coupent sa voix. “On aimerait ne pas être là. Au début, on passait de très bons moments dans l’entreprise. Mais quand on a commencé à s’opposer à ses comportements, il est devenu agressif, nerveux. Il répétait que nous ne valions rien.”

Sandrine tente de ne pas se faire submerger pas l’émotion : “C’était mon mentor. Au début, j’ai subi son caractère pour m’intégrer.”

“Où est la vérité ?”

Le dossier évoque aussi une étrange campagne de lettres anonymes apparues au printemps 2024, visant les deux femmes et mettant en cause leur vie privée. L’origine de ces courriers reste floue.

Entre-temps, le syndicat a exclu Gilles C. et BNP Paribas l’a licencié pour inaptitude après une procédure disciplinaire interrompue, l’ancien syndicaliste affirme être aujourd’hui sans emploi.

Pour les parties civiles, Me Myriam Guedj Benayoun décrit un climat d’emprise au sein de la section syndicale. “Le chef de famille, c’était Gilles. Il entraînait les autres derrière lui. Quand mes clientes ont commencé à s’opposer, il s’est retrouvé face à un mouvement de révolte”, affirme l’avocate.

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Sa collaboratrice, Me Tabata Quentin, rappelle que “le harcèlement est souvent sournois, très souvent à l’oral et difficile à prouver”, mais estime que dans ce dossier “les SMS, les messages WhatsApp et les témoignages corroborent la version des deux victimes”.

Le procureur a pour sa part rappelé que “la sphère du travail ne justifie pas qu’un salarié use de son ascendant pour miner ses collègues”. Il a requis une peine de 100 jours-amende à 20 euros.

La défense conteste cette lecture. Me Élise Reix-Tap évoque “une enquête menée à charge” et estime que “l’ambiance décrite dans le dossier ne correspond pas à la réalité”. De son côté, Me Nicolas Nassier parle d’un “dossier difficile à appréhender” et s’interroge : “Où est la vérité ?”

Le tribunal rendra sa décision le 2 avril. À la sortie de l’audience, Ludivine résume ces années de tensions : “Le travail était devenu un cauchemar.”

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