March 12, 2026

DECRYPTAGE. Energie : comment les centrales nucléaires opèrent un retour en grâce mondial

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Au sommet du nucléaire civil organisé à Paris, une trentaine de pays ont défendu l’atome comme levier de souveraineté, de décarbonation et de compétitivité. Quinze ans après Fukushima, l’Europe admet avoir affaibli sa sécurité énergétique en réduisant trop vite la place du nucléaire. La France entend transformer ce revirement en stratégie industrielle et financière.

Quinze ans après l’accident de la centrale de Fukushima, le nucléaire civil revient au premier plan dans le débat énergétique mondial. Longtemps fragilisé par la catastrophe japonaise de 2011, le secteur bénéficie désormais d’un nouvel engouement.

Après la guerre en Ukraine qui a souligné la dépendance de l’Europe au pétrole russe, la guerre au Moyen-Orient, sur fond de tensions autour de l’Iran, rappelle la vulnérabilité persistante des économies dépendantes du pétrole et du gaz. Dans ce contexte, l’atome réapparaît, pour un nombre grandissant d’États, comme une réponse à trois impératifs devenus indissociables : produire une électricité décarbonée, réduire les dépendances stratégiques et sécuriser une offre abondante pour des besoins en forte hausse.

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C’est ce renversement que le Sommet international sur l’énergie nucléaire de Paris a voulu acter. Les pays réunis mardi ont appelé à accélérer l’investissement public et privé dans le nucléaire civil, au moment même où l’objectif de tripler les capacités mondiales d’ici 2050, lancé à la COP28, sert de boussole à une partie croissante de la filière.

Le mouvement dépasse désormais le cercle des puissances nucléaires historiques. En effet, aux côtés de la France, du Royaume-Uni, du Japon ou de la Corée du Sud, des pays nouveaux entrants ou en phase d’exploration défendent à leur tour cette option, qu’il s’agisse de sécuriser leur développement, de diversifier leur mix énergétique ou d’accompagner l’électrification de leur économie.

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Europe : Von der Leyen admet une « erreur stratégique »

Le sommet a aussi été l’occasion pour l’Europe de faire son mea culpa. En reconnaissant que la baisse de la part du nucléaire avait constitué une « erreur stratégique » – elle est passée de 33 % à 15 % depuis 1990 – la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a mis des mots sur ce que la crise énergétique a révélé avec brutalité : en affaiblissant une source pilotable, bas carbone et produite sur le continent, l’Union s’est davantage exposée aux importations fossiles, à la volatilité des marchés et aux chocs géopolitiques.

Après Fukushima, plusieurs pays européens – et notamment l’Allemagne d’Angela Merkel – avaient choisi de réduire, voire de sortir du nucléaire, au nom du risque, de l’acceptabilité politique et d’une priorité donnée à d’autres technologies. Quinze ans plus tard, cette séquence est relue à l’aune d’un autre risque, celui de la dépendance.

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Le revirement ne signifie pas un effacement des exigences de sûreté. Emmanuel Macron a au contraire insisté sur le fait que les leçons de Fukushima avaient conduit à renforcer normes, contrôles et investissements. L’enjeu, dans son discours, consistait moins à tourner la page qu’à affirmer qu’un nucléaire plus sûr peut redevenir un pilier énergétique.

Pour Paris, l’atome n’est, en effet, pas seulement un outil climatique mais un instrument de souveraineté, parce qu’il permet de produire sur le sol national une électricité pilotable, compétitive et peu émettrice. Il est aussi un choix industriel, alors que l’électrification des usages doit s’accélérer et que l’essor de l’intelligence artificielle, des centres de données ou de l’hydrogène accroît la demande d’électricité.

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La France veut donc pousser un agenda complet : prolonger et moderniser l’existant, lancer de nouveaux réacteurs, soutenir les petits réacteurs modulaires, financer la filière, renforcer les compétences et structurer une chaîne industrielle européenne. Le chef de l’État a plaidé pour une neutralité technologique réelle dans les règles européennes, pour l’extension des soutiens publics et pour des mécanismes de financement capables de partager le risque entre États et capitaux privés. EDF a d’ailleurs annoncé la création d’une instance destinée à structurer le financement des projets civils à l’international, signe que la bataille du nucléaire se joue aussi sur le terrain financier.

Le nucléaire : une industrie longue, lourde et coûteuse

Cette dimension est décisive car si le nucléaire revient en grâce, il reste une industrie lourde et coûteuse. Les besoins mondiaux sont effectivement massifs : plus de 1 000 milliards de dollars d’investissements seraient nécessaires d’ici 2050. L’enjeu est d’autant plus important que le nucléaire représente déjà 10 % de l’électricité mondiale, avec environ 450 réacteurs en exploitation, tout en évitant chaque année 2 milliards de tonnes de CO2. Pour ses défenseurs, sans redressement de l’investissement, la relance affichée restera un discours.

Reste que le mouvement engagé à Paris traduit une évolution profonde. Le nucléaire n’est plus présenté comme une énergie du passé, mais comme l’un des outils de la transition énergétique, aux côtés des renouvelables – qui restent évidemment indispensables. En France, cette lecture épouse une logique de puissance : disposer d’une électricité abondante, bas carbone et nationale pour décarboner plus vite, importer moins d’énergies fossiles et répondre à la demande future.

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