March 10, 2026

DÉCRYPTAGE. Pourquoi des digues ont-elles lâché en Lot-et-Garonne durant les crues de février ? On vous explique

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Sur le territoire de Val de Garonne, neuf brèches ont été recensées lors des événements climatiques de février 2026, causant des dégâts estimés à 13,5 millions d’euros. Pourquoi ces structures ont-elles cédé ?

L’action, la réparation et maintenant les questions. Après le passage dévastateur des tempêtes Nils et Pedro et les phénomènes importants de crues et d’inondations qui ont marqué le mois de février 2026 en Lot-et-Garonne, une interrogation taraude les sinistrés et les observateurs : pourquoi plusieurs digues ont-elles lâché ? Les conséquences d’une faille dans un tel système de protection peuvent être dramatiques. “À Aiguillon, illustre le colonel Pierre Hierholtz, patron des pompiers du 47, une vague de 2 m a envahi le casier (un sas de décompression, NDLR) en seulement deux heures après la rupture de la digue”.

Le Val de Garonne, communauté d’agglomération de près de 62 000 habitants regroupant 43 communes autour de Marmande, a été particulièrement touché par cette problématique. Au 27 février 2026, neuf brèches ont été recensées sur les villages de Villeton, Sénestis, Taillebourg, Caumont, Couthures et Jusix ainsi que des surverses généralisées. Celles-ci augurent des érosions importantes.

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“Les digues ne sont pas là pour empêcher les inondations majeures”

Au total, le linéaire des digues endommagées devrait représenter moins de 1 % des 90 km de celles gérées par l’Agglomération. L’évaluation financière des dégâts est en cours, mais Jacques Bilirit dévoile une première estimation de 13,5 millions d’euros pour une réparation à l’identique. Ce montant est supérieur aux 6 millions d’euros engagés après les inondations de février 2021.

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Pour le président de Val de Garonne, les raisons de la casse des digues sont multiples. Elles ont été mises en place il y a plus de 80 ans par les agriculteurs pour protéger les récoltes des colères de Garonne. À l’époque, elles ont été édifiées avec les moyens du bord, avec la terre poreuse juste à côté. Elles n’ont pas la même résistance que celles d’aujourd’hui qui, par ailleurs, sont des constructions plus évasées. “Après quarante jours de pluie, la digue, qui est une levée de terre, est détrempée, moins solide”.

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Il souligne également un élément fondamental : “Les digues ne sont pas là pour empêcher les inondations majeures, mais pour laisser le courant à l’intérieur du lit mineur de Garonne. Quand la digue casse, le problème n’est pas lié à l’inondation, mais au courant”. Sur le dernier épisode, le débit a été mesuré à 6 300 m³ par seconde. Vertigineux.

“Quand il y a catastrophe naturelle, personne n’est à l’abri du danger”

Il évoque enfin l’histoire particulière de Sénestis. Le système d’endiguement a été poussé par la nappe phréatique. “Avec le phénomène de pluviométrie énorme des mois précédents, la nappe gonfle. Avec tel le courant, elle n’arrive plus à se déverser et continue à gonfler jusqu’à soulever la digue et, là, elle est emportée”.

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À Port-Sainte-Marie où les terres agricoles ont été noyées par la rupture de la digue, le maire Jacky Larroy n’a pas suspecté des blaireaux ou des ragondins comme c’est parfois le cas, mais une taupe. “L’eau entre dans le trou, ça siphonne, ça creuse et ça finit par s’effondrer”. Les phénomènes sont donc multiples. “Ce n’est pas un défaut d’entretien, conclut Jacques Bilirit. Quand il y a catastrophe naturelle, personne n’est à l’abri du danger”.

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Et d’enfoncer le clou : “Quand la Tempête Nils emporte une serre, la question ne se pose pas de savoir si la serre était bien entretenue”. Une réflexion qui ouvre le débat sur le financement épineux des digues. Pour M. Bilirit, il est injuste qu’il soit à la charge des intercommunalités. Il plaide pour une solidarité à l’échelle des bassins-versants ou à celle de l’État.

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Des intercommunalités dans une impasse financière

Jacques Bilirit, président de Val Garonne, n’a pas oublié les propos de Monique Barbut lors des inondations de 2021. Venue constater les dégâts, la ministre de l’environnement lui avait confié : “Vous n’avez qu’à mobiliser la taxe GEMAPi”. Selon lui, c’est une aberration de penser ainsi la protection intercommunale. Depuis 2018, année du transfert de la GEMAPi de l’État aux intercommunalités (2015 en réalité pour Val de Garonne Agglomération qui avait pris cette compétence par anticipation), de nombreuses collectivités se retrouvent dans des impasses financières pour l’entretien et la gestion de leurs systèmes d’endiguement.
En Val de Garonne, zone d’expansion de crue pour un bassin-versant de plus de quatre millions d’habitants, les investissements, indiquent les services de Jacques Bilirit, sont conséquents : un entretien annuel de plus de 600 000 € (+ 35 % en 2 ans), des reconstructions après crues (6 millions d’€ suite aux inondations de 2021) et des services de l’État qui imposent de réaliser 39 millions d’euros d’investissement d’ici 2030 pour maintenir l’autorisation du système d’endiguement. Avec, aujourd’hui, une première estimation à 13,50 M€ pour réparer les digues qui ont cédé, le président de Val de Garonne considère que sa capacité d’investir est sérieusement amputée. Il voit une injustice dans l’absence de solidarité financière. Une proposition de loi transpartisane, portée par les Sénateurs Gillé, Roux et Pointereau sera examinée en première lecture au Sénat au début du mois d’avril. Elle reprend deux revendications fortes portées par Val de Garonne Agglomération : l’instauration de mécanismes de solidarité amont – aval à l’échelle des bassins-versants et la garantie d’un soutien à 80 % sur les ouvrages, via le fonds Barnier, jusqu’en 2035.

 

 

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