Des familles ukrainiennes brandissent des photos de leurs disparus, à Chernihiv, le 5 mars 2026. GENYA SAVILOV / AFP
La Russie et l’Ukraine ont annoncé avoir échangé ce jeudi 5 mars 200 prisonniers de guerre de chaque camp, première étape d’une opération plus large convenue lors de récentes négociations à Genève. La Russie a indiqué qu’un total de 1 000 personnes – 500 de chaque camp – allaient être échangées jeudi et vendredi.
• Les premiers prisonniers ukrainiens de retour
« Aujourd’hui, 200 familles ukrainiennes ont reçu le message qu’elles attendaient le plus : leurs proches rentrent à la maison », a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky sur les réseaux sociaux.
Il a diffusé une vidéo sur laquelle on peut voir ces militaires descendre de bus, les traits marqués, enveloppés dans des drapeaux ukrainiens, scander « Gloire à l’Ukraine ! », entonner en chœur l’hymne ukrainien ou embrasser ceux venus les accueillir.
« Je suis de retour, mes chers », a dit un jeune soldat en s’adressant à sa famille. Un autre essuyait ses larmes en entendant une voix féminine dans le haut-parleur de son smartphone : « Je t’aime, Sacha ! » « Je t’aime aussi », a répondu cet homme au crâne rasé.
Parmi les Ukrainiens échangés, certains se trouvaient en captivité depuis quatre ans, notamment des militaires ayant participé à la défense de l’aciérie Azovstal à Marioupol, symbole de la résistance ukrainienne, a indiqué le commissaire ukrainien aux droits de l’homme, Dmytro Loubinets.
• « La grande majorité » souffrent de problèmes de santé
« Beaucoup de personnes libérées se trouvent dans un état psychologique difficile. Chez certains, un poids critiquement bas a été constaté », a-t-il ajouté.
Petro Iatsenko, responsable du centre ukrainien pour les prisonniers de guerre, a précisé sur place que « la grande majorité » des Ukrainiens libérés souffrent de problèmes de santé liés aux « tortures et traitements inhumains » subis en captivité.
Les forces russes soumettent de manière « généralisée et systématique » les prisonniers de guerre ukrainiens à la torture et aux mauvais traitements : c’est le constat établi après trois années de conflit par le Haut-Commissariat des Nations unies aux Droits de l’Homme (HCDH) à partir d’entretiens menés avec d’anciens captifs. Depuis le 24 février 2022, l’organisme onusien a rencontré et interviewé 454 prisonniers de guerre ukrainiens libérés par Moscou. Presque tous (95 %) ont fourni des récits détaillés et cohérents de torture ou de mauvais traitements graves au cours de leur incarcération. Et la moitié (52 %) ont fait état de violences sexuelles. Parmi les méthodes récurrentes des Russes : « passages à tabac, décharges électriques, suffocations, privations de sommeil, simulacres d’exécution, attaques de chiens, menaces, humiliations », peut-on lire dans un rapport [PDF] du HCDH datant d’octobre 2024. Ces pratiques, notait alors l’organisme onusien, sont « omniprésentes à toutes les étapes de la captivité » et documentées « dans de nombreux centres d’internement, tant sur les territoires occupés [de l’Ukraine par les forces du Kremlin] qu’en Fédération de Russie ». Au fil des rapports, les témoignages recueillis ne cessent d’attester de la persistance « de graves abus », a affirmé vendredi 21 février Danielle Bell, la cheffe de la mission de surveillance des droits de l’homme de l’ONU en Ukraine. L’organisme onusien a également précisé avoir enregistré ces derniers mois un « pic alarmant » dans les exécutions signalées de militaires ukrainiens capturés par les forces russes, faisant état d’allégations crédibles de 81 exécutions depuis août 2024. L’Ukraine n’est toutefois pas exempte de violences envers des détenus. En ce qui concerne les prisonniers de guerre russes, indique le HDCH, « près de la moitié » des 469 captifs interrogés ont déclaré avoir subi des actes de torture ou des mauvais traitements par les forces ukrainiennes. Mais, souligne l’organisme onusien, « dans la majorité des cas, [cela] s’arrête lorsque [ils] arrivent dans les lieux officiels de détention ». B. C.
• 300 nouveaux prisonniers échangés vendredi
« Dans le cadre des accords conclus à Genève, un échange de prisonniers avec l’Ukraine aura lieu les 5 et 6 mars. 500 contre 500 », a écrit le négociateur russe et conseiller du Kremlin Vladimir Medinski sur son compte Telegram.
Selon Moscou, les Emirats arabes unis et les Etats-Unis ont participé à la médiation de cet échange. Les échanges de prisonniers et de corps sont le seul résultat concret de plusieurs cycles de pourparlers directs entre Kiev et Moscou organisés depuis 2025 sous la pression de Washington.
Une nouvelle réunion tripartite était attendue cette semaine avant d’être suspendue sine die en raison de la guerre au Moyen-Orient. En février Kiev et Moscou avaient déjà échangé 157 prisonniers de guerre de chaque côté, premier échange de ce type depuis octobre 2025.
L’invasion russe de l’Ukraine lancée en février 2022 est le conflit le plus sanglant en Europe depuis la Seconde guerre mondiale, faisant des centaines de milliers de morts dans les deux pays, selon des estimations.

