February 27, 2026

Finie la vue sur les Pyrénées : la construction d’un nouveau hangar agricole fait monter la tension dans un petit village de 60 habitants du Gers

l’essentiel
La construction d’un hangar agricole, en lisière du village et doté de panneaux photovoltaïques, crée des tensions à Tudelle, dans l’ouest du Gers. Des riverains dénoncent son emplacement et la perte de vue sur les Pyrénées. La mairie se défend de toute faute et renvoie vers les services de l’État.

Depuis l’automne, un vaste bâtiment agricole sort de terre en lisière du village de Tudelle. Haut de 7,50 mètres pour 1 600 m², il doit permettre à un exploitant de stocker son matériel jusqu’ici entreposé à l’extérieur. Des panneaux photovoltaïques seront installés en toiture afin de “valoriser le bâtiment, comme cela se fait désormais couramment”, explique la municipalité, dans un contexte de diversification des revenus agricoles.

Mais chez plusieurs habitantes du secteur, l’amertume est palpable. Assise face au chantier, Françoise Neuviale montre du doigt la masse sombre du bâtiment qui s’impose désormais dans le paysage.

À lire aussi :
Lot-et-Garonne : un hangar photovoltaïque va être installé à la briqueterie Tellus Ceram de Monsempron-Libos

“On n’est pas contre un hangar agricole. On vit à la campagne, on sait bien que l’agriculture fait partie du village. Mais pas là”, soupire-t-elle.

Ce qu’elle conteste avec d’autres riverains, avant tout, c’est l’emplacement. Un ancien hangar, plus en retrait et moins visible, existait déjà. “S’il avait été reconstruit à cet endroit, personne n’aurait rien dit. Là, on l’a en face des fenêtres.”

C’est principalement l’emplacement de ce nouvel ensemble que critiquent les riverains.
C’est principalement l’emplacement de ce nouvel ensemble que critiquent les riverains.
DDM – Ra. B.

Depuis leurs maisons, la vue autrefois dégagée vers les Pyrénées se retrouve partiellement barrée. “On avait choisi de vivre ici aussi pour ça. Les champs de colza, de tournesol… Ça changeait au fil des saisons. Aujourd’hui, ce sera un mur.”

La plantation d’une haie prévue pour atténuer l’impact ne les convainc pas. “Une haie, ce n’est pas des arbres. Et avant que ça pousse suffisamment pour masquer un bâtiment de 7,50 mètres, il va falloir des années.”

La tension monte

Au-delà du bâtiment lui-même, c’est le sentiment de ne pas avoir été informées qui domine. “On a découvert le projet quand le terrassement a commencé. Le permis était déjà accordé. Dans un village de 60 habitants, on aurait pu en parler avant. D’autant plus que des hangars de ce type, il y en a déjà trois sur la commune.”

La tension est montée d’un cran avec le passage de gendarmes au domicile de Françoise mercredi matin, à la suite d’un signalement évoquant un risque de manifestation. “J’ai été stupéfaite. On discute entre voisins de ce problème, et on nous parle d’atteinte à l’ordre public ?”

À lire aussi :
Une antenne 4G de 36 mètres sème la discorde dans le Gers : “On a découvert le projet quand on a vu les panneaux du permis de construire”

L’épisode a laissé un sentiment d’incompréhension chez les riverains, Françoise Neuviale y voyant une forme d’intimidation.

Si quelques habitants envisagent des démarches pour examiner le dossier, le délai de recours semble aujourd’hui dépassé. Le rapport de force paraît fragile dans ce petit village où tout le monde se connaît.

La mairie renvoie vers la DDT et la préfecture

De leur côté, le maire, Daniel Peres, et son deuxième adjoint, Daniel Labordère, rappellent le rôle limité de la commune dans ce type de procédure.

“Quand un agriculteur souhaite construire un hangar, il vient nous voir pour savoir si la commune y est favorable dans le principe. Mais nous ne décidons pas du projet final”, expliquent-ils.

L’instruction du dossier est assurée par la Direction départementale des territoires (DDT), tandis que le préfet signe le permis de construire. Selon le Code de l’urbanisme (article L151-11), en zone agricole ou naturelle, les constructions liées à l’activité agricole sont autorisées, à condition qu’elles soient vraiment utiles à l’exploitation et qu’elles ne dégradent pas le paysage ou l’environnement.

À lire aussi :
“On voudrait avoir notre mot à dire” : un projet d’antenne 4G inquiète des habitants de Bach

“Nous faisons la jonction administrative. Le dossier est instruit par les services de l’État, qui vérifient les besoins réels de l’exploitation, les dimensions du bâtiment, son intégration paysagère, les couleurs, les matériaux. Des architectes et des techniciens se déplacent sur place”, précisent-ils.

Pour la municipalité, le bâtiment n’est donc pas “surdimensionné”. “Nous comprenons que la vue change. Mais toutes les étapes légales ont été respectées”, ajoutent-ils.

De l’autre côté du village, un autre hangar vient d’être construit.
De l’autre côté du village, un autre hangar vient d’être construit.
DDM – Ra. B.

Dans un contexte national marqué par la baisse du nombre d’exploitations agricoles, la municipalité assume son soutien aux exploitants. “Si on ne les accompagne pas, il n’y aura bientôt plus que deux ou trois agriculteurs sur la commune”, souligne l’adjoint.

Dans ce village partagé par sa géographie, tout le monde ne verra pas le hangar au quotidien. Mais pour ceux qui l’ont désormais en ligne d’horizon, ce bâtiment marque un avant et un après.

source

TAGS: