Blanchie après onze années de procédure, Céline Bories a vu son honneur rétabli… mais sa vie bouleversée. L’ancienne notaire de Soual raconte une décennie de combat judiciaire qui lui a coûté son étude, sa carrière et une part d’elle-même.
Onze ans. Onze années à clamer son innocence. Onze années à vivre sous le soupçon. Une quinquagénaire soualaise a vu sa vie basculer en octobre 2014. Son étude familiale de notaire, héritée de son père, s’est effondrée après sa mise en cause dans une affaire qui avait alors défrayé la chronique. Aujourd’hui, la justice l’a officiellement relaxée. Mais pendant cette décennie de combat face à un rouleau compresseur judiciaire, Céline Bories a tout perdu – ou presque.
La chambre des appels correctionnels de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence confirme “la relaxe du chef d’escroquerie en bande organisée”, infirme le jugement de première instance et “relaxe Madame Bories des chefs d’abus de confiance et de complicité de blanchiment”. Ces mots, noir sur blanc, Céline Bories les attendait depuis… 11 ans.
“Une instruction menée uniquement à charge”
Mise en cause dans l’affaire Céléa – du nom d’un ancien légionnaire roumain qui avait mis en place un vaste réseau d’escroquerie et de blanchiment via prête-noms, faux documents et prêts bancaires frauduleux pour acquérir un nombre impressionnant de biens immobiliers dans le sud de la France notamment dans le Tarn à Castres et à Mazamet – l’ex-notaire affirme avoir été victime “d’une instruction menée uniquement à charge”.
À lire aussi :
Castres : des copropriétaires victimes collatérales d’une affaire de blanchiment d’argent
On lui reprochait d’avoir été la complice des escrocs pour avoir rédigé des actes et effectué un virement. “Parmi tous les notaires du Tarn, de Toulouse, de Carcassonne, de Cannes ou encore de Monaco où il a fait des actes, je suis celle qui est arrivée à la fin. Il y avait des enquêtes sur lui depuis 2008. Beaucoup de gens savaient qu’il était sous surveillance, mais moi je ne le savais pas.”
Elle assure avoir agi comme avec n’importe quel client. Faire son métier, rien de plus. Son tort ? Avoir fait confiance. Une erreur, oui. Mais bien loin d’une participation consciente à une fraude, et encore plus d’une intention criminelle.
De notaire à pizzaïola
Si la justice a enfin reconnu sa probité, la relaxe n’efface pas les cicatrices. Car le tribunal n’a pas infirmé les fautes professionnelles et déontologiques pointées par la chambre des notaires. Pourtant, rappelle-t-elle, on lui avait assuré que son étude était bien tenue et qu’aucune sanction ne serait prise.
À lire aussi :
Deux notaires tarnais condamnés pour complicité de blanchiment dans une vaste affaire d’escroquerie immobilière
Entre perquisition, garde à vue, mise en examen, la quinquagénaire parle d’un sentiment d’humiliation et d’abandon. “J’en veux au juge mais aussi à mon associé qui a tout fait pour récupérer l’étude qui était celle de mon père. La chambre aurait aussi pu me soutenir. Personne n’a été de mon côté.”
Brisée socialement. Brisée professionnellement. Après des années de sacrifices pour devenir notaire, Céline Bories travaille aujourd’hui dans la pizzeria de sa sœur. Un virage brutal. Une descente vertigineuse.
Des blessures profondes
Cette reconversion forcée dit beaucoup de sa détermination. “Racheter une étude m’était interdit à moins de 30 kilomètres autour de Soual et c’était financièrement compliqué. J’habite Soual, mes enfants sont là. Il n’était pas question de me cacher. Je n’ai rien fait, ce n’était pas à moi de partir.”
La voix est ferme. L’aplomb intact. Dans son épreuve, elle retient pourtant une chose : son village ne l’a pas lâchée. “Personne ne m’a dit quoi que ce soit, en tout cas en face, même si certains pensent certainement qu’il n’y a pas de fumée sans feu.” Mais une certitude demeure : ce n’est pas Céline qui a allumé l’incendie. Elle en a été l’une des victimes. “Ça a complètement cassé ma vie. Qui sait ce qu’aurait fait, dans la même situation, une personne sans famille et moins forte psychologiquement ?”

