Après vingt-cinq ans de traite quotidienne, un éleveur et sa sœur ont décidé d’arrêter le lait pour se concentrer à l’engraissement. Le Lotois explique les raisons de ce changement.
À l’heure où le prix du lait s’apprête à diminuer, les éleveurs sont de plus en plus nombreux à se détourner de cette filière pour se concentrer sur les vaches allaitantes ou l’engraissement. C’est ce dernier choix qu’a fait Yvan*, agriculteur en Bouriane, âgé d’une quarantaine d’années. Cela fait 25 ans qu’il est installé aux côtés de ses parents et de sa sœur sur le domaine familial. Au début, toute la petite famille travaillait ensemble sur une exploitation tournée vers l’élevage laitier, puis les parents décident de prendre leur retraite.
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Une filière qui demande un investissement constant
Yvan se retrouve avec sa sœur et décide de s’associer avec une jeune fille hors cadre familiale. Elle aussi choisit de quitter le navire, mais pour des raisons personnelles. “On s’est retrouvé le bec dans l’eau. On s’est donc posé la question : est-ce qu’il faut trouver quelqu’un, mécaniser mais cela veut dire investir encore ou carrément changer de système de production”, raconte-t-il. Il faut dire qu’élever 120 vaches Prim’Holstein à deux, s’occuper matin et soir de la traite, 365 jours par an, sans parler de tous les à-côtés, cela demande un vrai investissement. “Si je compte toutes mes heures sur le tracteur, je fais le travail de cinq employés. En salariés, il aurait fallu être 7 à 8 personnes sur la ferme”. Il poursuit : “J’ai jamais fait de grasse matinée, et même avec la grippe, il fallait y aller quand même”.

Les deux associés se sont posé la question de passer à la robotisation des équipements de traite, mais à 200 000 € de financement, le choix a été vite décidé : “Il y a eu un ras-le-bol de faire tourner le système, pour ne pas être récompensé”. L’agriculteur l’affirme, il n’arrête pas le lait par lassitude, ou à cause de la baisse des prix, c’est plutôt un ensemble de facteurs qui a eu raison de lui. “J’en avais marre de voir les gens se taper le ventre, et pas nous, alors qu’on travaille de la même manière”.
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Un choix commun pour la suite
La décision est prise en 2025 : ils arrêtent le lait pour se tourner vers l’engraissement. Un changement qui se met en place progressivement. Les laitières sont engraissées puis envoyées à l’abattoir et sont remplacées par des veaux de quinze jours, qui sont élevés, engraissés et vendus au bout de trois ans. L’an dernier, une centaine de petits sont déjà arrivés. “On faisait du bœuf avant, mais on ne pensait pas le faire à si grande échelle”, raconte l’éleveur. “On ne sait pas si c’est la bonne solution. On verra bien”.

S’ils savent que le chiffre d’affaires sera moins important qu’avec le lait, Yvan assure qu’il se versera le même salaire avec sa sœur : “Certes le lait rapporte, mais c’est un élevage qui est très consommateur. L’environnement économique en prend un coup à chaque fois entre les charges vétérinaires, l’électricité, l’alimentation, etc.” Aujourd’hui, il lui reste encore une soixantaine de vaches laitières et vise une fin de transition d’ici l’été 2026.

