Aujourd’hui membre du staff du SU Agen en Pro D2, Julien Gauthier connaît bien Thomas Ramos pour avoir travaillé avec lui durant de longues années. Alors que l’arrière du Stade Toulousain a fêté sa cinquantième sélection avec les Bleus, Gauthier évoque leur relation.
Quelle est la nature de votre relation ?
Ma relation avec Thomas vient du Pôle Espoir de Jolimont. Mais avant tout, sur mon parcours, quand je suis en Master 2 en STAPS à Toulouse, je travaille avec le club d’Albi. À l’époque, je fais mon mémoire sur l’optimisation du jeu au pied, et plus particulièrement sur celle des buteurs. Je suis donc à Albi, avec les pros, sous la génération de Broncan. Pour payer mon loyer, je suis surveillant au lycée de Jolimont. Les nuits à l’internat, je suis dans le bloc des rugbymans – étant moi-même rugbyman, on m’y a placé pour avoir un peu plus de calme. Je passe mes soirées et mes nuits à travailler sur mon mémoire, à analyser les vidéos d’Albi, à élaborer mes protocoles d’entraînement et de recherche, à faire de la bibliographie.
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Comment se passe votre rencontre avec Thomas Ramos ?
Il y a un jeune qui ne va pas en étude, qui s’assoit à côté de moi et passe toutes ses soirées à m’écouter, à discuter avec moi du jeu au pied. Ce jeune, c’est Thomas. De la même génération, il y avait aussi Thomas Fortunel, que j’ai retrouvé plus tard à Montauban. À ce moment-là, je suis entraîneur du jeu au pied à Albi, et lui est joueur au Pôle Espoir de Jolimont. Il s’intéresse à ce que je fais. Dans la saison, ils ont des cycles de développement du jeu au pied au Pôle, avec un intervenant spécifique venu du foot. Thomas, à 16 ans, fait le forcing auprès de Sébastien Piqueronies, le responsable du Pôle à l’époque, pour que je vienne intervenir, parce que ce que je fais lui parle. Il insiste pour que je commence à intégrer les skills et le travail avec les buteurs. On commence à travailler ensemble alors qu’il a 16 ans.
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Que se passe-t-il ensuite ?
Le Pôle me propose de prendre en charge le développement du jeu au pied des générations suivantes. J’ai fait ça pendant deux ans. Thomas était encore dans la structure, au Pôle. Il y avait aussi Franck Pourteau, que je connais depuis cette époque et que j’ai commencé à développer là-bas. Thomas part ensuite au Pôle France, et poursuit son parcours. Au bout de deux ans, Piqueronies me propose un poste d’entraîneur au Pôle Espoir. Thomas, lui, part à Colomiers, où David Skrela intervenait un peu sur le jeu au pied. Quand il revient au Stade, il fait le forcing pour qu’on retravaille ensemble une première fois, mais le Stade refuse. Thomas voulait que je sois son coach individuel, ce qui a déclenché des discussions au club pour qu’il soit pris en charge. On s’est toujours suivis, avec des conseils et des échanges réguliers.
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Et ce n’est pas fini…
En 2019, l’année du titre, il refait le forcing, et Ugo Mola m’appelle pour que je fasse des piges et reprenne le suivi du jeu au pied et des buteurs au Stade Toulousain. Ensuite, ils partent tous à la Coupe du monde au Japon, et moi, j’intègre le XV de France. On n’a pas pu continuer à travailler ensemble en dehors du club, mais voilà un peu le parcours. On a commencé à modifier sa motricité, à l’adapter à ses contraintes physiques de l’époque. Il a toujours gardé la même routine de développement et de travail. Lui aussi m’a aidé à mettre en avant mon projet de développement et mon expérience. À chaque fois, il a réussi à me rappeler pour qu’on puisse retravailler ensemble.

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À l’époque, pensiez-vous qu’il était fou ?
C’était le Pôle Espoir de Jolimont. Ils étaient déjà tous dans une démarche de développement, presque de professionnalisme. Thomas avait cette sensibilité-là, comme d’autres. J’ai aussi travaillé avec Pourteau, Antoine Dupont, Romain Ntamack, qui étaient dans la même filière. Certains n’ont pas eu les mêmes carrières ni les mêmes réussites, mais déjà, à cette époque, quand ils entraient au Pôle Espoir, ils cherchaient à se développer et à trouver les compétences pour progresser. Certains n’ont pas eu de carrière sportive au-delà, d’autres ont eu des expériences intéressantes. Aujourd’hui encore, c’est pareil. Théo Idjellidaine est passé par le Pôle. Je l’ai eu pendant trois ans. Lomig Jouanny, arrivé il y a quelques mois, je l’avais aussi au pôle lors de ma dernière année sur le développement technique. Ils sont tous dans cette démarche, même adolescents. Ils commencent déjà à avoir une sensibilité au professionnalisme et à l’envie de progresser.
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Vous attendiez-vous à le voir faire une telle carrière ?
Cela a été assez difficile pour lui, car il ne s’imposait pas au Stade chez les jeunes. Il s’est révélé en Pro D2, à Colomiers, dans une structure plus familiale, plus ouverte, qui laisse davantage de chances aux jeunes. Ensuite, il a basculé au niveau international, mais il a été bloqué pendant l’année où j’étais avec le XV de France en tant qu’analyste. Il était souvent 24e homme, freiné par l’essor de Bouthier, puis par l’arrivée de Jaminet. Sa carrière a donc été un peu ralentie par des joueurs qui étaient en pleine forme sur certaines saisons. Mais il a persévéré, à l’image de son parcours en Espoirs : ne pas jouer, voir les portes se fermer, mais continuer. François Cros a eu un peu la même trajectoire, longtemps patient avant de s’affirmer. Au final, Thomas est devenu un cadre de l’équipe de France. Il a cette force de détermination, il n’a jamais rien lâché. C’est une carrière exceptionnelle.
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C’est un paradoxe. On dit souvent que les buteurs doivent avoir du sang-froid, être posés, alors que lui a un gros caractère…
C’est un Tarnais ! Il est chambreur, compétiteur, avec un fort tempérament. Avec l’âge, il a gagné en maturité, mais à l’époque, quand je le suivais, il venait de passer en pro et avait pris un carton rouge pour avoir dégoupillé après une provocation. Il a appris à se canaliser, à comprendre que cela lui prenait beaucoup d’énergie. Mais il a toujours eu ce côté chambreur, même pendant les séances de travail sur le jeu au pied et le but. On faisait souvent des petits challenges sous stress, car il n’y a pas que la technique pure. Il faut aussi travailler la gestion de la pression. Il a toujours été un compétiteur, et cela ne change pas.
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Continuez-vous d’échanger ?
Non, on échange juste amicalement. Lui fait sa carrière, on se suit mutuellement, mais aujourd’hui, c’est une relation amicale, plus qu’une relation entraîneur-joueur. C’est un buteur qui sait pourquoi il échoue, qui est très régulier et qui continue à travailler. À une époque, on échangeait encore un peu à distance, mais aujourd’hui, il est totalement autonome.
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Pourrait-il devenir un entraîneur ?
Depuis 2019, je ne travaille plus avec lui. Même quand j’étais au Stade, je le voyais une ou deux fois par semaine. Tout le monde le dit : ceux qui le côtoient au quotidien sont mieux placés pour en parler. Il a une vraie sensibilité sur le jeu. Pour devenir un bon entraîneur, il faut aussi de la pédagogie et du management. Le management, je pense qu’il l’a. Après, est-ce que c’est quelque chose qui l’intéresse ? Il a une vie personnelle et familiale qui se construit. Aujourd’hui, au Stade, beaucoup de joueurs restent dans le staff et sont recyclés avec efficacité et réussite.

