EXCLUSIF. Les Halles de la Cartoucherie, malgré un succès populaire, font face à des difficultés financières. Avec 2,2 millions de visiteurs en 2025, le seuil de rentabilité reste hors d’atteinte. La structure qui pilote, Cosmopolis, est placée en redressement judiciaire.
C’était la success-story toulousaine. Inaugurées en septembre 2023, les Halles de la Cartoucherie ne désemplissent pas depuis. Les tablées d’amis viennent y déguster des dizaines de spécialités culinaires, les cadres s’y autorisent une pause apéro au terme d’une journée harassante, tandis que le public du Zénith y fait escale avant les concerts. Véritable cœur battant du nouveau quartier de l’ouest toulousain. Même les responsables politiques saluaient jusqu’ici l’audace de ce projet collaboratif impliquant de multiples acteurs associatifs. Seulement voilà : Cosmopolis, la structure qui coordonne les Halles, a officiellement déposé un dossier de redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Toulouse ce lundi. L’équilibre financier n’a pas été atteint. Muriel Le Vaillant, arrivée à la direction générale de Cosmopolis début janvier, précise toutefois que cette décision “ne touche pas le fonctionnement quotidien du lieu”.

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Comment les Halles, qui ont accueilli 2,2 millions de visiteurs en 2025 – soit environ 6 000 personnes par jour – peuvent-elles se retrouver en difficulté financière ? Malgré le succès du pôle restauration, le chiffre d’affaires consolidé plafonne à 18 millions d’euros, alors que le seuil de rentabilité s’établit à 22 millions. Ce déficit est principalement attribué aux espaces privatifs et à la salle de spectacle, la Cabane, dont l’ouverture tardive a pesé sur les comptes. Ces pôles n’ont pas généré les revenus escomptés, faute d’une offre adaptée dès le lancement. “Le projet tel qu’il a été pensé au départ aurait mérité plus de capitaux, un coussin financier permettant un temps d’ajustement, et surtout, un loyer réduit sur les quatre premières années de lancement”, explique Muriel Le Vaillant. Selon la dirigeante, une montée en puissance plus rapide sur les espaces privatisables aurait été nécessaire. Elle rejette néanmoins l’idée d’un échec du modèle collaboratif.
Repenser le modèle
L’objectif est clair : développer l’aspect “business”, la restauration seule ne suffisant pas à porter l’édifice. Formée à l’univers des startups, Muriel Le Vaillant a été choisie pour sa maîtrise de la gestion “fine”. Afin de mieux capter la demande croissante de privatisations d’espaces, le groupe Miharu, acteur majeur de l’événementiel toulousain, collaborera désormais avec les Halles. Par ailleurs, les restaurateurs seront mis à contribution pour retravailler leur offre de service traiteur. Si la partie privative a généré 850 000 euros l’an dernier, l’objectif pour 2026 est fixé à 1,4 million. “Nous restons prudents face aux aléas extérieurs, notamment politiques, en veillant à ne pas fixer d’objectifs trop hauts”, tempère la directrice.

Les fondateurs ont-ils péché par naïveté ? “Non, tempère-t-elle, ce projet n’existerait pas sans ces visionnaires. Le modèle fonctionne, il faut simplement l’ajuster.” Muriel Le Vaillant entend explorer plusieurs pistes pour optimiser les revenus, suggérant par exemple que les 250 m² du forum soient mis à disposition des entreprises lorsque les associations ne les occupent pas. Cette procédure de redressement judiciaire, qui devrait durer entre six et dix-huit mois, doit permettre d’apurer la dette. “Faire ce choix, c’est aussi prendre soin de l’avenir des Halles, on est en train de se mettre en ordre de marche”, conclut, pleine d’espoir, la directrice générale.

