February 22, 2026

Chez Lily-Coiffure, un salon avec une âme : « Le commerce, c’est aussi ça, aimer les gens »

l’essentiel
Au 7 bis rue Camille-Desmoulins, à Agen, depuis 1990 chez “Lily”, le salon de Maria Serrano cultive une singularité rare : celle d’un lieu où le temps ralentit et où la coiffure devient prétexte au lien social.

Trois fauteuils, des casques antiques à bras articulé, du charme.Un mix entre les salons vintages de Miami Beach et le film culte « Vénus beauté », rien d’ostentatoire, ici, l’essentiel est ailleurs.
Fille d’immigrés du nord-est du Portugal, Maria qui est née à Agen et a décroché son Cap à Lomet et son B.P à la palme, pousse la porte pour la première fois en 1987 du 7 bis rue Camille-Desmoulins. Elle est apprentie chez Reine Montaut, laquelle est surnommée tendrement « Lily » par son père – un petit nom qui donnera son identité au salon. « Depuis toute petite, je voulais être coiffeuse, je ne sais pas pourquoi », confie Maria. Auprès de Reine, elle apprend le métier et parallèlement, part en stage chez Michel Bals et Charles Crosetta, des institutions dans ce milieu. Elle reprend l’établissement de Reine en 1990, en gérance dans un premier temps. Seule. Et elle ne le quittera plus : « C’est totalement ma vie, ma passion ce salon, plus de 35 ans de présence ».

Un lieu qui lui ressemble 

Au rachat de l’affaire, Maria choisit la continuité. « J’ai juste changé les peintures, les miroirs. J’ai quand même voulu le personnaliser. » Elle remplace les tons beiges « très rétro » par un bordeaux plus chaud, tout en conservant un esprit traditionnel, délicieusement dans son jus.
Elle assume son positionnement : « Ce côté vintage, ça changeait de tous ces salons trop aseptisés, trop modernes. Ce n’est pas moi. ». Des fausses chevelures apportent une touche surannée, une armée de bigoudis trônent sur une étagère, des accessoires de coiffure anciens s’exhibent en vitrine. Des affiches très datées années 90 habillent les murs.

« Mes clientes, c’est un peu la famille »

Mais l’âme du lieu se trouve surtout dans les relations qui s’y tissent. « C’est vrai que mes clientes, c’est un peu la famille. » Les anniversaires des plus fidèles clientes « 70, 80 et 90 ans » sont célébrés. « En général, j’achète le gâteau et elles portent la bouteille. À Noël, on mange les chocolats, puis on tire les rois ». La vie s’organise au salon, on partage un plat du jour à même la console devant les miroirs, que Maria va chercher pour ses clientes et elle, au restaurant voisin l’Imprévu.
Ce jour-là, Elsa, venue de Rennes passer quelques jours chez sa grand-mère Anne, fidèle cliente, a pris rendez-vous sur les bons conseils de son aïeule. Elle repart conquise par l’esprit intimiste. Dans la même matinée, une dame passe déposer des chaussettes polaires qu’elle a commandées pour Maria. « Hier, on a fêté Mardi gras », s’amuse la coiffeuse. Pour chacun de ses anniversaires, la patronne est couverte de bouquets. « Parfois on m’a tricoté une écharpe. »
Certaines clientes s’attardent, restent la matinée. La mise en plis traditionnelle « avec des rouleaux, sous le casque » devient un rituel hebdomadaire. « Parce qu’une fois âgée, on n’arrive plus à lever les bras. Et puis c’est un petit moment d’oxygène pour elles », cette sacro-sainte sortie. Finis les rinçages bleutés, elles préfèrent le blanc polaire. La mode a changé, mais le salon n’a pas pris une ride.
Maria le sait : « Leur lien social, c’est le coiffeur, le docteur et l’épicerie. » Alors elle endosse plusieurs rôles. « Un peu psy, un peu la petite fille, l’amie, tout ça à la fois ». Elle les appelle ses « petites mamies de cœur ». « Comme elles sont souvent isolées, j’essaie de préserver ce lien. »
La bienveillance dépasse l’enceinte du salon. Elle aide certaines personnes âgées à faire leurs courses. « Je pense que le commerce, c’est aussi ça, aimer les gens ». Elle a la fibre humaniste, empathique et porte la gentillesse en elle. Dans ce salon tout en longueur de 35 m², coupes, couleurs, brushing, lissages et permanentes aujourd’hui prisés des hommes, – elle coiffe aussi les messieurs —, s’enchaînent au gré des confidences, des moments de vie joyeux et tristes.

Une double passion avec la country

Du mardi au samedi, de 8 h 30 à 19 h, elle travaille en solo : « Je fais tout » et refuse de pratiquer « des prix astronomiques ». Et lorsqu’elle raccroche ciseaux, pinceau à appliquer les couleurs, sèche-cheveux et brosse ronde, elle change d’univers trois soirs par semaine, enfilant ses santiags pour danser la country au sein d’une association.
Plusieurs générations se croisent désormais dans le salon. « J’ai coiffé les grands-mères, puis les enfants. Puis maintenant j’ai les petits-enfants qui sont eux-mêmes parents. » Sa rue était vivante jadis, fourmillant de commerçants et d’artisans « à chaque porte, il y avait un commerce », se remémore-t-elle, en étant capable de citer tous les noms de famille, sans oublier le supermarché Banco.
Son petit salon à l’angle de la rue de Belfort, reste un point d’ancrage. Un lieu intime, presque hors du temps, porteur d’une douce nostalgie où l’on vient pour une coupe et où l’on reste pour la chaleur humaine.
 

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