Jack Lang, devant l’église Saint-Roch à Paris, le 30 septembre 2025. (Photo by Bertrand GUAY / AFP) BERTRAND GUAY / AFP
Les appels à la démission de Jack Lang s’accumulent et la pression monte sur l’actuel président de l’Institut du Monde arabe (IMA), sommé de s’expliquer sur ses liens, notamment d’ordre financier, avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. L’exécutif s’inquiète des répercussions que la controverse pourrait avoir sur l’IMA, présidé par Jack Lang depuis 2013.
L’homme a été convoqué par le Quai d’Orsay, et sera reçu dimanche, pour répondre aux interrogations quant aux relations qu’il a entretenues avec le pédocriminel. En parallèle, Mediapart fait ce vendredi de nouvelles révélations à propos des relations entre Jack Lang et Jeffrey Epstein, évoquant des correspondances qui parlent « d’une voiture et d’un chauffeur pour [Jack] » et d’une invitation à l’anniversaire du Français. « Le Nouvel Obs » fait le point.
• Convocation de Jack Lang par le ministère des Affaires étrangères
« L’Elysée et Matignon ont demandé au ministre des Affaires étrangères de convoquer [Jack Lang] » pour qu’il réponde aux questions soulevées par la publication de millions de documents liés à l’affaire Epstein, dans lesquels son nom apparaît plusieurs centaines de fois, a indiqué l’entourage d’Emmanuel Macron.
Il devrait « penser à l’institution », l’Institut du monde arabe, établissement culturel emblématique dont il est à la tête, a-t-on ajouté de même source. Le Quai d’Orsay a de son côté indiqué à l’AFP qu’il était « convoqué ». Une convocation qui pourrait avoir lieu dans les prochains jours, Jack Lang n’a, pour le moment, pas réagi à cette nouvelle.
« Il est convoqué par le ministère et sera reçu dimanche », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, depuis Erbil, au Kurdistan irakien, où il est en déplacement.
• « Il doit réfléchir à sa démission », estime Olivier Faure
Les appels à la démission de Jack Lang de la présidence de l’IMA se font entendre jusqu’au sein du Parti socialiste, sa famille politique. « A ce stade, rien ne l’implique dans les scandales sexuels, mais il doit réfléchir à sa démission pour protéger l’institution qu’il préside », a indiqué le patron du PS Olivier Faure sur Franceinfo.
« J’ignore si [Jack] Lang est coupable d’avoir, en connaissance de cause, fermé les yeux sur les agissements d’Epstein et si, par sa fréquentation, il a participé à les couvrir », a estimé le socialiste, soulignant « la façon dont il évoque aujourd’hui l’affaire ».
Le responsable politique a ajouté : « Dans le monde entier, des personnalités du monde politique et de la culture sont impliquées à des degrés divers. Aucune de ces relations ne peut être protégée par son statut. La justice doit passer. »
• « Sa démission devrait aller de soi » pour Ségolène Royal
L’ancienne candidate socialiste à la présidentielle, Ségolène Royal, qui a été ministre dans le même gouvernement que Jack Lang, a aussi partagé ses réticences à son maintien à la tête de l’IMA : « Je ne comprends pas que Jack Lang ne soit pas plus indigné que cela d’avoir fréquenté un tel personnage. Et cela va forcément porter préjudice à l’image de l’Institut du Monde arabe. Sa démission devrait aller de soi. »
Jean-Christophe Cambadélis, l’un des prédécesseurs d’Olivier Faure au poste de premier secrétaire du PS, a également déclaré au « Parisien » que « oui », Jack Lang devait démissionner, « car tant qu’il ne l’aura pas fait, coupable ou pas, il sera une cible ».
• « Une honte », une position « nuisible pour l’institution »…
Au-delà des membres du PS et de son entourage, le reste du paysage politique s’indigne également. Au sein du parti présidentiel Renaissance, Renaud Muselier, le prédécesseur de Jack Lang à la tête de l’Institut du Monde arabe attend aussi qu’il quitte son poste. L’actuel président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur estime, dans les colonnes du « Parisien », que « la position de Jack Lang est particulièrement nuisible pour l’institution » et l’invite « à partir, plutôt qu’à être démissionné par la force ». Il a souligné la « décence » de Caroline Lang, la fille de Jack Lang, qui a démissionné de ses fonctions de direction du Syndicat de la Production indépendante (SPI).
Le candidat écologiste sur la liste d’Emmanuel Grégoire à Paris, David Belliard, a aussi réclamé sa démission. Sur X, il écrit que c’est « très grave […] qu’on lui permette de rester président d’une grande institution culturelle française ». Avant d’ajouter : « C’est une honte. »
• Jack Lange refuse, pour l’heure, de démissionner
Mercredi, l’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand, âgé de 86 ans, a formellement exclu de démissionner, invoquant sa « naïveté » face aux révélations sur ses liens passés avec Jeffrey Epstein mort en prison en 2019.
Après avoir déclaré lundi « assumer pleinement [ses] liens » passés avec le financier américain, Jack Lang a de nouveau plaidé sa bonne foi mercredi, assurant qu’il ignorait tout du passé criminel de cet homme quand il l’a rencontré il y a « une quinzaine d’années » par l’entremise du réalisateur Woody Allen. « Je ne crains rien, je suis blanc comme neige », a-t-il maintenu.
Si aucune charge ne pèse contre lui, en l’état, son nom est mentionné à près de 673 reprises dans les documents publiés par la justice américaine vendredi dernier. Pour l’heure, cela n’implique pas d’acte répréhensible.
• Une possible « voiture et un chauffeur » rapporte Mediapart
Mediapart, qui avait dévoilé des premiers liens financiers entre Jeffrey Epstein et la famille Lang (le père et la fille), notamment à travers la société offshore Prytanee LLC, met en évidence de nouveaux éléments qui viennent fragiliser la défense du président de l’IMA.
Jack Lang avait indiqué auprès de Mediapart ne pas avoir été mêlé à cette société, détenue par sa fille et Jeffrey Epstein. Pourtant, un courriel de mars 2018 d’Etienne Binant, un financier proche de Jack Lang et du criminel Jeffrey Epstein, laisse à penser le contraire. « J’ai également besoin que Darren [Indyke, l’avocat de Jeffrey Epstein en charge du montage juridique de Prytanee LLC] me recommande une entreprise pour la facturation concernant l’entretien de la voiture de Jack (il l’utilise de manière raisonnable, mais je reçois la facture maintenant) », a écrit le financier, comme le rapporte le média d’investigation. Selon Mediapart, Jeffrey Epstein aurait donc pris en charge des déplacements de Jack Lang en France.
La question d’une « voiture et d’un chauffeur pour Jacques » avait déjà fait l’objet d’un mail de Jeffrey Epstein à Etienne Binant en décembre 2017, explique le média en ligne, qui précise que l’homme d’affaires faisait souvent une faute d’orthographe sur le prénom du Français. Jack Lang n’a démenti qu’à moitié ces informations auprès de Mediapart : « Je n’ai jamais eu ni voiture ni chauffeur. Des taxis peut-être. C’était alors [une charge financière] en moins pour l’IMA. »
De plus, si Jack Lang affirme que l’homme d’affaires n’était « pas un ami », un autre courriel d’Etienne Binant à destination de Jeffrey Epstein indique que « Jack a insisté personnellement pour que tu viennes pour son anniversaire. Jack est très discret, c’est réservé à son cercle intime, et ça compte beaucoup pour lui ».

