Une semaine après la levée du barrage des Ultras sur l’A64, Jérôme Bayle, figure de la mobilisation agricole en Haute-Garonne, revient sur ces 33 jours d’occupation, l’après-barrage et les perspectives du mouvement.
Une semaine après la levée du barrage, comment allez-vous ? Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?
On est dans une phase de retour à la réalité. Je remets la ferme à jour, je m’occupe des bêtes, je rattrape certaines choses qui n’ont pas pu être faites pendant la mobilisation. En parallèle, on a aussi tenu des réunions de débriefing d’après-manif. On continue à structurer des associations qui commencent à prendre de plus en plus de poids. Aujourd’hui, les Ultras vont au-delà de la Haute-Garonne. On a énormément de demandes d’adhésion, de gens qui ne se retrouvent plus dans les syndicats et dans leurs actions, et qui veulent s’inspirer de ce qu’on a fait. Malgré tout ça, on garde le même état d’esprit : le respect des biens, des personnes, et se faire respecter avec dignité et fermeté.

Que retenez-vous de ces 33 jours d’occupation de l’A64 ?
Je retiens avant tout la cohésion, la solidarité, le partage… On a vu des gens qui avaient vraiment besoin de se retrouver, de recréer du lien, de retrouver une chaîne de solidarité. Ça, c’est pour la partie positive. Sur le négatif, on retiendra les non-réponses de l’État et le manque de considération pour notre profession.
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Avec le recul, ce blocage a-t-il permis de faire bouger les lignes ?
De manière générale, non. On ne va pas inventer de faux discours. On n’a pas fait changer la trajectoire de l’agriculture française. En revanche, on a permis de recréer du dialogue et du lien. Je pense notamment à la charte que nous avons signée avec les maires ruraux. Il y a aussi les pourparlers avec la Région, qui sont toujours en cours, autour du crédit à taux zéro pour les agriculteurs. On ne lâche pas l’idée d’un plan de souveraineté alimentaire en Occitanie.
Depuis la levée du barrage, avez-vous obtenu des engagements de l’État ou des collectivités ?
Du côté de la Région, oui, puisque les travaux sont encore en cours. On sent qu’il y a une volonté d’accompagnement. Maintenant, ce qu’on attend, c’est que ça se traduise concrètement dans les faits. C’est là-dessus qu’on va être particulièrement vigilants.
Si c’était à refaire, referiez-vous les choses de la même manière ?
Oui, franchement oui. Il ne faut pas avoir de regrets. Peut-être que certaines choses auraient pu être modifiées ou mieux structurées, mais sur le fond, le barrage était nécessaire. Et surtout, il n’y a pas eu de dégradations, pas d’accidents, pas de drames. En deux ans, on est allé assez loin : on a travaillé sur des dossiers, notamment sur la fiscalité ou les plans d’avenir. Je retiens surtout le positif.
Votre relation avec le préfet a été très tendue au moment de la levée du barrage. Où en est-elle aujourd’hui ?
Il y a toujours de l’amertume. La manière dont les choses se sont terminées a laissé des traces. On a eu le sentiment de ne pas être respectés jusqu’au bout. Aujourd’hui, le dialogue existe toujours, mais la confiance a été abîmée. C’est dommage, parce que nous avons un état d’esprit irréprochable. Il n’y avait pas besoin d’envoyer des forces pareilles pour nous déloger. C’était clairement démesuré.
Comment vont aujourd’hui les agriculteurs mobilisés au sein des Ultras de l’A64 ? Est-ce le retour à la normale ?
Les gens sont en attente. On essaye de les tenir informés au maximum. Moi, je leur ai surtout dit d’aller se reposer. Les agriculteurs ne sont pas habitués à tenir des barrages pendant aussi longtemps. Et puis il y a les familles derrière, les enfants… Tout ça compte.
Admettons que dans six mois, rien n’ait changé : êtes-vous prêts à repartir ?
Il ne faut même pas attendre six mois. Il est absolument nécessaire de structurer un plan d’avenir agricole et d’apporter des solutions. On ne peut pas continuer à vivre uniquement de fonds d’urgence et de reports d’annuités.

