Plaintes non enregistrées, enquêtes à l’arrêt, absence de réponses : plusieurs victimes dénoncent une errance administrative et un silence qu’elles vivent comme une violence supplémentaire. Marie qui dit avoir été victime de “viol”, François qui subit un “harcèlement” quotidien… Tous racontent leur sentiment d’abandon.
Un silence “terrible” après l’ignominie… Marie* est de celles et ceux qui se disent aujourd’hui “abandonnés” par les institutions. Cette Tarnaise de 47 ans, qui affirme avoir été victime de “viol” en 2016, a déposé une plainte en juin 2023. Depuis, elle porte au quotidien le poids écrasant du mutisme des enquêteurs : “C’est une autre forme de violence… Un peu comme si ma parole ne comptait pas”.
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Auprès de la gendarmerie, Marie assure avoir fait l’objet d’attouchements lors d’un rendez-vous avec un médecin urologue, installé dans l’agglomération toulousaine. La patiente avait alors 37 ans : elle évoque un “geste médical” réalisé à l’époque “sans information préalable” et “sans consentement”. Il lui faudra un peu plus de six ans pour prendre conscience de son statut de victime. Après son dépôt de plainte, Marie a dû faire face à un long chemin jonché d’obstacles : dans les deux semaines qui ont suivi, cette dernière a dû insister auprès des gendarmes pour que son dossier soit transféré au commissariat de Toulouse. “J’avais le sentiment de dépenser de l’énergie pour une tâche qui ne m’incombait pas”, soulève la quadragénaire.
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S’ensuit une année de silence, symptomatique d’une chaîne pénale engorgée. À la fin de l’année 2024, elle contacte le commissariat à plusieurs reprises pour savoir où en est le traitement de sa plainte : “Votre dossier est en cours, nous ne pouvons pas vous en dire plus”, lui est-il rétorqué. Sur les conseils d’une association, elle va finalement contacter le bureau d’ordre pénal qui lui annonce que sa plainte… n’a pas encore été enregistrée par les services juridiques. “C’est très difficile”, reconnaît Marie qui affirme subir une forme “d’errance administrative”.
“Tout le monde se renvoie la balle”
Cette forme “d’errance”, François aussi s’en dit victime. Cet homme de 50 ans, qui habite à Toulouse, assure subir des faits graves de harcèlement depuis maintenant deux ans : “Sous ma porte d’entrée, on me glisse des insultes racistes et de menaces de mort, déplore ce dernier. Je fais également l’objet d’actes de piratage sur mon téléphone, on m’envoie des images et des vidéos à caractère pornographique”. Dans cette affaire, le quinquagénaire suspecte son voisin : “Il nous menace depuis son balcon, mes filles, ma femme et moi, à chaque fois que nous sortons”, déplore François, franchement éreinté par la situation.
Le Toulousain assure avoir porté plainte dès le début de l’affaire. “J’ai dû insister pour que les policiers saisissent ma déposition”, se souvient le père de famille. Après de longs jours d’angoisse sans nouvelles, François s’est rendu de plus en plus fréquemment au commissariat… pour “apporter quotidiennement de nouveaux éléments” à son dossier dit-il, mais aussi pour savoir où en est l’enquête. “On m’a dit que si je n’arrêtais pas de venir, les forces de l’ordre allaient porter plainte contre moi pour harcèlement”, soupire le quinquagénaire. Il décide donc de s’adresser à son syndicat de copropriété… qui le renvoie immanquablement vers les forces de l’ordre. “Tout le monde se renvoie la balle”, critique François, qui dit aujourd’hui avoir l’impression de “vivre dans un pays du tiers-monde”.
“L’impression que tout cela finit au fond d’un tiroir”
Michel lui, déplore l’inertie des enquêteurs dans une situation “d’urgence”, même si sa plainte est relativement récente. Ce chef d’entreprise basé à Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne) dit avoir été victime “d’usurpation d’identité”, des faits signalés à la gendarmerie en novembre dernier. “Une société fictive a pris le même nom que mon entreprise, a créé un site internet, annonçant vendre du bois, raconte l’homme d’affaires. Les clients payent… mais ne reçoivent jamais la marchandise”. Résultats : les appels de réclamation se succèdent chez Michel.
Ce dernier estime avoir réuni un nombre important d’éléments qui pourraient permettre d’identifier ses usurpateurs… mais là encore, Michel fait face au silence écrasant des enquêteurs. “On a l’impression que tout cela finit au fond d’un tiroir, déplore le chef d’entreprise. Alors que nous avons en face des personnes qui ont perdu plusieurs centaines d’euros et qui continuent d’être escroquées”.

