Donald Trump à la 80ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, 23 septembre 2025. ANGELINA KATSANIS/AP/SIPA
La Maison-Blanche avait annoncé qu’en vertu du plan pour mettre fin à la guerre à Gaza soutenu par Washington, un Conseil de la paix présidé par Donald Trump serait formé. Comme pour laisser son empreinte dans le monde entier, le président américain universalise en publiant une charte ce lundi 19 janvier, présentant des contours bien plus internationaux à ce conseil. En concurrence avec l’ONU, censé « entrer en vigueur » quand seuls « trois Etats » l’auront signé et avec un ticket d’entrée d’un milliard de dollars pour un siège permanent, quels en seront ses contours ? « Le Nouvel Obs » fait le point.
• Un concurrent aux Nations unies ?
Initié pour administrer la bande de Gaza, le Conseil de la Paix voulu par Trump semble se destiner davantage au temps long et à une géographie globale. Selon sa « charte » obtenue ce lundi par l’AFP, « le Conseil de la Paix est une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime, et à garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits. » Elle ne fait par ailleurs aucune allusion directe ou indirecte à Gaza.
Le texte de huit pages critique d’emblée les « approches et institutions qui ont trop souvent échoué », dans une allusion claire aux Nations unies, et appelle à avoir « le courage » de s’en « écarter ». Il souligne d’ailleurs « la nécessité d’une organisation de paix internationale plus agile et efficace ».
La création de cet organe prévu par le plan de paix de Trump pour Gaza avait pourtant été endossé par le Conseil de sécurité des Nations unies, mais « strictement à cette fin », a rappelé ce lundi Farhan Haq, l’un des porte-paroles du chef de l’ONU. Il existe déjà « une organisation universelle et multilatérale chargée des questions de paix et de sécurité, et c’est l’Organisation des Nations Unies », a insisté La Neice Collins, porte-parole de la présidence de l’Assemblée générale de l’ONU.
• « Un milliard de dollars, en espèces »
Donald Trump faiseur de paix ? Faute d’avoir obtenu le Nobel tant convoité, il avoue qu’il ne se sent plus tenu de penser « uniquement à la paix. » Pour autant, il sera le « premier président du Conseil de la Paix », dont les pouvoirs prévus sont très vastes : il est seul habilité à « inviter » d’autres chefs d’Etat et de gouvernement à l’intégrer, il peut révoquer leur participation sauf en cas de « veto par une majorité des deux tiers des Etats membres », et a un droit de regard sur tous les votes. Ressemblant à une forme de présidence à vie, il peut se « désigner un successeur » à « tout moment », et ne peut être remplacé qu’en cas de « démission volontaire » ou d’« incapacité » constatée à l’unanimité du « conseil exécutif » de l’organisation, formé à sa propre discrétion.
Si les décisions sont prises à la « majorité des Etats membres », qui ont chacun « une voix », elles sont aussi « soumises à l’approbation du président », ce qui confère de facto un droit de veto à Donald Trump, qui a aussi la main sur l’agenda.
« Chaque Etat membre exerce un mandat d’une durée maximale de trois ans à compter de l’entrée en vigueur de la présente charte, renouvelable par le président. Ce mandat de trois ans ne s’applique pas aux Etats membres qui versent plus d’un milliard de dollars en espèces au Conseil de la Paix au cours de la première année suivant l’entrée en vigueur de la Charte », ajoute le projet, sans plus de précisions.
• Les invitations envoyées
Outre les personnalités politiques directement impliquées dans le processus de reconstruction de Gaza, plusieurs chefs d’Etat ont été invités à rejoindre le Conseil de la Paix. « Au moins 60 chefs d’État ont été invités à rejoindre le conseil », selon Daniel Forti, en charge des affaires relatives à l’ONU à l’International Crisis Group. Et certains ont déjà accepté l’invitation.
Pour le moment, le Premier ministre de l’Albanie Edi Rama, le président argentin Javier Milei, le roi du Maroc Mohammed VI, ou encore le Premier ministre canadien Mark Carney ont, entre autres, accepté l’invitation de Donald Trump à participer au Conseil de la Paix en tant que membres fondateurs. Mais le Canada « ne paiera pas pour un siège » au Conseil de la paix de Donald Trump, a indiqué ce lundi une source au sein de son gouvernement, en réaffirmant toutefois l’« intention » de Carney « d’accepter l’invitation ».
Moscou indique que Vladimir Poutine a été convié à rejoindre le Conseil de la Paix. Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov n’a pas donné d’indication sur la réponse du président russe, précisant que la Russie veut « clarifier toutes les nuances » de cette proposition avec Washington.
• L’Europe reste prudente
Emmanuel Macron, invité lui aussi à rejoindre le conseil le 19 janvier, « n’entend pas donner suite favorable » à ce stade. La « charte » de cette initiative « dépasse le seul cadre de Gaza », contrairement aux attentes initiales, a-t-on relevé dans l’entourage du président français. « Elle soulève des questions majeures, en particulier quant au respect des principes et de la structure des Nations unies, qui ne sauraient en aucun cas être remis en cause », a-t-on ajouté de même source.
Le Quai d’Orsay avait préalablement déclaré que la France réitère « [son] attachement à la Charte des Nations unies. Celle-ci demeure la clé de voûte d’un multilatéralisme efficace, où le droit international, l’égalité souveraine des Etats et le règlement pacifique des différends priment sur l’arbitraire, les rapports de force et la guerre ».
Le gouvernement allemand a aussi exprimé la nécessité de se « coordonner » avec ses partenaires. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a également été invitée et réserve sa réponse, a déclaré ce lundi un porte-parole à Bruxelles.

