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Le Nouvel Obs avec AFP
Des manifestants soutiennent le Groenland face aux menaces de Donald Trump, à Copenhague, au Danemark, le 17 janvier 2026. EMIL HELMS / AFP
Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés ce samedi 17 janvier au Danemark et au Groenland pour dénoncer les ambitions territoriales de Donald Trump, qui continue d’afficher son intention de s’emparer du Groenland.
Dans le centre de Nuuk, capitale du Groenland, les milliers de manifestants, en présence de leur Premier ministre Jens-Frederik Nielsen, se sont retrouvés sous une pluie fine, arborant des casquettes estampillées « Make America Go Away » (« Faites Partir les Etats-Unis », détournement du slogan MAGA) et chantant des chants traditionnels inuits, a constaté un journaliste de l’AFP sur place.
Jens-Frederik Nielsen, juché sur un tas de neige et agitant le drapeau groenlandais, était rejoint par plusieurs membres du gouvernement. Les manifestants, munis de pancartes « Nous forgeons notre avenir » (« We Shape our Future ») et de nombreux drapeaux, défileront jusqu’au consulat américain.
« Je ne peux pas accepter ça »
« Nous ne voulons pas que Trump envahisse le Groenland », a dit Paarniq Larsen Strum, 44 ans, infirmière en chirurgie. « C’est très éprouvant. Je voyage à travers le Groenland pour mon travail, et l’idée que je puisse ne pas rentrer chez moi auprès de ma fille, pour je ne sais combien de temps, s’il venait à prendre le Groenland […] je ne peux pas accepter ça ».
Au Danemark, plus tôt dans la journée, ils étaient aussi nombreux à converger : une marée humaine rouge et blanche, aux couleurs de ces drapeaux s’était formée sur la place de l’hôtel de ville, scandant le nom du Groenland en groenlandais : « Kalaallit Nunaat ! », ont constaté des journalistes de l’AFP.
Des pancartes étaient brandies par les manifestants sur lesquelles on pouvait lire « Make America Go Away », un détournement du slogan MAGA, ou « Les Etats-Unis ont déjà assez de glace » (« USA already has too much ice »).
D’autres manifestations sont prévues dans le pays scandinave, à Aarhus (centre), Aalborg (nord) et Odense (sud), sur initiative de plusieurs organisations groenlandaises.
« C’est une question de droit international »
« C’est important pour moi d’y participer, car il s’agit fondamentalement du droit du peuple groenlandais à l’autodétermination. On ne peut pas être intimidé par un État, par un allié. C’est une question de droit international », a expliqué à l’AFP Kirsten Hjoernholm, 52 ans, employée de l’ONG Action Aid Danemark, venue manifester à Copenhague samedi.
Les organisateurs Uagut, le mouvement citoyen « Ne touchez pas au Groenland » et Inuit – un regroupement d’associations locales groenlandaises – veulent profiter de la présence d’une délégation du Congrès américain à Copenhague pour faire entendre leurs voix.
Depuis son retour au pouvoir, il y a un an, Donald Trump évoque régulièrement la prise de contrôle de l’immense île arctique rattachée au Danemark, stratégique, mais peu peuplée. Il a assuré qu’il s’en emparerait « d’une manière ou d’une autre », pour contrer selon lui les avancées russes et chinoises en Arctique.
Vendredi soir, son proche conseiller Stephen Miller a réaffirmé les vues américaines sur ce territoire. « Le Groenland est grand comme un quart des Etats-Unis. Le Danemark, sans lui manquer de respect, est un petit pays avec une petite économie et une petite armée. Il ne peut pas défendre le Groenland », a-t-il déclaré sur Fox News.
« Pas de menaces immédiates »
A Copenhague, les 11 parlementaires du Congrès américain ont au contraire affiché leur soutien, au dernier jour de leur visite où ils ont rencontré la Première ministre danoise, le chef du gouvernement groenlandais, des chefs d’entreprise et des représentants au Parlement danois.
Le sénateur démocrate Chris Coons, qui dirige la délégation, a salué samedi devant la presse « 225 années » d’alliance avec le Royaume du Danemark. Il a assuré qu’il n’existait « pas de menaces immédiates pesant sur le Groenland ».
« Mais nous partageons de réelles préoccupations concernant la sécurité dans l’Arctique à l’avenir, à mesure que le climat change, que la banquise recule et que les routes maritimes évoluent », a-t-il dit, soulignant qu’il fallait « examiner des moyens de mieux investir dans la sécurité arctique ».
Les protestations samedi interviennent trois jours après une réunion à Washington où les autorités danoises ont constaté l’impossibilité de s’entendre dans l’immédiat avec les dirigeants américains sur l’avenir du territoire autonome.
Alors que plusieurs dirigeants européens ont affiché leur soutien au Danemark, membre fondateur de l’Otan, le président américain a menacé vendredi de droits de douane les pays qui ne soutiendraient pas son plan visant à acquérir le Groenland.
« Les événements récents ont mis le Groenland et les Groenlandais, tant au Groenland qu’au Danemark, sous pression », a constaté Julie Rademacher, présidente du mouvement Uagut dans une déclaration transmise à l’AFP. « Lorsque les tensions montent et que les gens sont en état d’alerte, nous risquons de créer plus de problèmes que de solutions », a-t-elle relevé. Selon le dernier sondage publié en janvier 2025, 85 % des Groenlandais sont opposés à leur rattachement aux États-Unis. Seuls 6 % y sont favorables.

