Des manifestants iraniens à Téhéran, le 10 janvier 2026. SOCIAL MEDIA/ZUMA/SIPA
190 heures de silence. En Iran, où Internet est bloqué depuis maintenant plus d’une semaine, la répression continue de s’abattre sur le pays. La mobilisation, qui a débuté le 28 décembre, a été violemment réprimée, provoquant la mort d’a minima 3 248 personnes, et tout autant côté arrestations, ont estimé ce vendredi 16 janvier des ONG. « Le Nouvel Obs » revient sur une semaine de muselage de la population par le pouvoir iranien.
· Internet toujours bloqué
Le blocage total d’internet par les autorités dure maintenant depuis plus d’une semaine, soit une durée plus longue que durant les grandes manifestations de 2019, souligne l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.
Malgré la coupure imposée le 8 janvier, de nouvelles vidéos tournées au plus fort des manifestations, dont les lieux ont été vérifiés par l’AFP, ont montré des corps alignés dans la morgue au Kahrizak, au sud de Téhéran, tandis que des proches désemparés recherchaient leurs proches.
· La mobilisation étouffée par la répression
La vague de protestation en Iran a pour l’instant été étouffée par une violente répression qui a fait des milliers de morts, ont estimé ce vendredi des experts et des ONG, une semaine après le début d’imposantes manifestations contre le pouvoir, parmi les plus importantes depuis la proclamation de la République islamique en 1979.
Après un pic de manifestations en fin de semaine dernière, les autorités avaient organisé mercredi à Téhéran une « marche de résistance nationale » et les funérailles d’une centaine de membres des forces de sécurité, rassemblant des milliers d’Iraniens. Selon un journaliste de l’AFP sur place, la vie était revenue à la normale à Téhéran jeudi. Aucune manifestation d’ampleur n’a été signalée dans le pays depuis plusieurs jours.
La répression a « probablement étouffé le mouvement de protestation pour l’instant », analyse l’Institut américain pour l’étude de la guerre mais, estime-t-il, le pouvoir ne pourra pas maintenir sur la durée la mobilisation générale de ses forces de sécurité, rendant « pendant une reprise des manifestations ».
· Au moins 3 000 personnes tuées…
Selon Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de l’ONG Iran Human Rights (IHR) basée en Norvège, au moins 3 428 personnes ont été tuées depuis le début du mouvement par les forces de sécurité iraniennes, un chiffre qui pourrait n’être qu’une fraction du bilan réel.
Les autorités dirigées par le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, ont « commis l’un des crimes les plus graves de notre époque », juge-t-il, se basant sur « des témoignages directs horrifiants » faisant état de « manifestants abattus alors qu’ils tentaient de fuir, de l’utilisation d’armes de guerre et de l’exécution en pleine rue de manifestants blessés ».
« Les massacres perpétrés par les forces de sécurité iraniennes depuis le 8 janvier sont sans précédent dans le pays », confirme Lama Fakih, directrice de programme à l’ONG Human Rights Watch.
L’Iran est le pays qui recourt le plus à la peine capitale après la Chine. Mais ni les autorités iraniennes, ni des militants des droits humains, n’ont indiqué qu’autant de personnes risquaient d’être exécutées en une seule journée.
·… et près de 3 000 arrêtées
Quelque 3 000 personnes ont été arrêtées lors des récentes manifestations en Iran, selon des responsables de la sécurité cités ce vendredi par l’agence de presse iranienne Tasnim.
Parmi eux figuraient, écrit Tasnim, « des individus armés et des émeutiers » ainsi que « des membres d’organisations terroristes ». Dans un nouveau bilan, IRH a elle fait état de jusqu’à 20 000 personnes arrêtées.
Le chef du pouvoir judiciaire iranien a mené lui-même, et devant les caméras de la télévision d’Etat, l’interrogatoire de manifestants arrêtés, faisant craindre aux défenseurs des droits humains des « aveux forcés » mis en scène pour instiller la peur dans le pays. Sur une chaise, une femme, dont le visage est flouté, fait face à des responsables du pouvoir judiciaire iranien, voile noir et blouson rouge. Elle est accusée d’avoir jeté des blocs de béton sur les forces de sécurité depuis le toit d’un immeuble à Téhéran. « Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, pourquoi j’ai fait quelque chose d’aussi stupide », dit-elle la voix brisée de sanglots.
Ces derniers jours, la télévision d’Etat a diffusé selon les ONG des dizaines de vidéos similaires d’interrogatoires d’« émeutiers », menés par le chef du pouvoir judiciaire en personne. Tous semblent reconnaître sans opposition les faits reprochés.
« La diffusion d’aveux obtenus sous la contrainte et la torture, avant toute procédure judiciaire est contraire à la présomption d’innocence », ajoute IRH. Mercredi, lors d’une visite de cinq heures dans une prison de Téhéran, Gholamhossein Mohseni Ejeï avait promis des procès « rapides » et « publics » pour les manifestants interpellés.
· Une intervention américaine qui s’éloigne
L’Iran et les Etats-Unis, qui se renvoyaient des déclarations bellicistes, semblent avoir baissé le ton dans l’immédiat.
Un haut responsable saoudien a déclaré jeudi à l’AFP que l’Arabie saoudite, le Qatar et Oman avaient mis en garde Donald Trump contre le risque « de graves répercussions pour la région ». Les trois pays « ont mené des efforts diplomatiques intenses de dernière minute pour convaincre le président Trump de donner à l’Iran une chance de montrer ses bonnes intentions », a déclaré ce responsable sous couvert d’anonymat. Donald Trump s’est également entretenu avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou qui, selon le « New York Times », lui a demandé de ne pas intervenir militairement.
« Toutes les options restent sur la table côté américain », a toutefois spécifié jeudi la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, précisant que le président américain avait averti Téhéran de « sérieuses conséquences » si la répression du mouvement de contestation continuait. La Maison Blanche a assuré que l’Iran avait renoncé à 800 exécutions de manifestants prévues la veille.
Depuis le déclenchement de la mobilisation, le 28 décembre, Donald Trump a multiplié les menaces d’intervention contre Téhéran, avant d’affirmer mercredi avoir été informé « par des sources très importantes » que « les tueries ont pris fin ». Le gouvernement américain a en outre annoncé des sanctions économiques à l’encontre de responsables accusés de coordonner la répression, dont Ali Larijani, qui dirige la plus haute instance de sécurité en Iran.
· Le pouvoir iranien finira par « tomber » pour le fils de l’ancien chah
« La République islamique va tomber, ce n’est pas une question de “si”, mais de “quand” », a affirmé le fils de l’ancien chah d’Iran Reza Pahlavi lors d’une conférence de presse à Washington, ajoutant qu’il « retournera (it) » en Iran. « Ce régime est à bout de souffle, il est sur le point de s’effondrer », a-t-il dit.
« Ali Khamenei et ses sbires ont commis des crimes de masse contre le peuple iranien et contre l’humanité tout entière », a-t-il ajouté. Le fils de l’ancien chah d’Iran, en exil aux Etats-Unis et qui espère tirer son épingle du jeu de la mobilisation, a appelé la communauté internationale à « protéger le peuple iranien en affaiblissant la capacité répressive du régime, notamment en ciblant les dirigeants des Gardiens de la révolution islamique et leur infrastructure de commandement et de contrôle ».
Il a également appelé à « exercer et maintenir une pression économique maximale sur le régime, bloquant ses avoirs dans le monde entier », ainsi qu’à « briser le blocus informationnel du régime en permettant un accès illimité à Internet, déployant Starlink et d’autres outils de communication sécurisés à grande échelle en Iran ».

