Des manifestants contre l’ICE, la police de l’immigration américaine, à Minneapolis, le 14 janvier 2026. MOSTAFA BASSIM / ANADOLU VIA AFP
Une semaine après le décès de Renee Nicole Good, une Américaine de 37 ans abattue par la police de l’immigration (ICE), la situation ne faiblit pas. Après un week-end de protestation dans le pays, l’administration américaine a déployé des « centaines » d’agents fédéraux supplémentaires à Minneapolis et Donald Trump brandit désormais la menace d’invoquer l’« Insurrection Act ». « Le Nouvel Obs » fait le point sur la situation.
· Un Vénézuélien blessé par une balle de l’ICE
Un agent de l’ICE a tiré dans la jambe d’un homme vénézuélien mercredi à Minneapolis, ont indiqué les autorités municipales, exhortant la population à « rester calme ». « Nous comprenons qu’il y a de la colère », ont écrit les autorités municipales sur le réseau social X, ajoutant que « la ville de Minneapolis exige une nouvelle fois que l’ICE quitte immédiatement la ville et l’Etat ».
Des responsables du ministère de la Sécurité intérieure ont confirmé le tir, affirmant qu’« un étranger en situation irrégulière venant du Venezuela » avait résisté à son arrestation après un contrôle routier. « Pendant que le suspect et le représentant des forces de l’ordre se battaient au sol, deux individus sont sortis d’un appartement voisin et ont aussi attaqué l’agent des forces de l’ordre avec une pelle à neige et un manche à balai », a expliqué le ministère.
Le policier a alors « tiré un coup de feu défensif pour protéger sa vie », touchant l’homme à la jambe, selon l’institution.
· Trump menace d’invoquer l’« Insurrection Act »
Après que des « centaines » d’agents fédéraux supplémentaires ont été envoyées à Minneapolis, Donald Trump a menacé jeudi d’invoquer une loi d’exception qui lui permettrait de déployer l’armée à Minneapolis, après une soirée de heurts entre forces de l’ordre et manifestants après la blessure par balle d’un ressortissant vénézuélien.
Dans un message sur Truth Social, le président américain a réagi en menaçant d’invoquer l’« Insurrection Act » si « les politiciens corrompus du Minnesota ne respectent pas la loi et ne s’emploient pas à empêcher les agitateurs professionnels et les insurgés d’attaquer » les agents d’ICE.
Il a plusieurs fois menacé d’utiliser ce texte ces derniers mois, notamment après des décisions défavorables de la justice sur son utilisation de la Garde nationale, force militaire de réserve déployée dans plusieurs grandes villes pour lutter contre la criminalité et appuyer la police de l’immigration. Mais il n’a jamais mis sa menace à exécution jusqu’à présent.
Forme d’état d’urgence, il permet à l’Etat fédéral d’utiliser l’armée à des fins de maintien de l’ordre sur le territoire américain. Il permet de contourner une loi, le « Posse Comitatus Act », qui interdit d’utiliser des militaires contre des citoyens américains.
L’« Insurrection Act » a été invoqué pour la dernière fois en 1992 par le président George Bush père à le demande du gouvernement républicain de Californie, confronté à des émeutes sans précédent à Los Angeles à la suite de l’acquittement des policiers qui avaient passé à tabac Rodney King, un automobiliste noir, l’année précédente.
· Minneapolis attaque en justice l’administration Trump
La ville de Minneapolis et l’Etat du Minnesota ont annoncé lundi poursuivre en justice l’administration Trump contre les opérations d’envergure de la police fédérale de l’immigration menées depuis plusieurs semaines dans cette agglomération du nord des Etats-Unis.
« Vous ne pouvez pas arrêter sans discernement des citoyens américains dans nos rues. Vous ne pouvez pas traîner des femmes enceintes dans la neige. Vous n’avez pas le droit de faire sortir des adolescents de leur voiture et de les arrêter quand ils sont, en réalité, des citoyens américains », a énuméré le maire démocrate de Minneapolis, Jacob Frey, au cours d’une conférence de presse destinée à annoncer cette action en justice. « C’est contraire à la loi dans tous les Etats et c’est contraire à la Constitution des Etats-Unis », a dénoncé l’élu.
Les agents de la police de l’immigration « doivent eux-mêmes respecter la loi dans l’exercice de leurs fonctions. Nous estimons qu’ils ne le font pas. Ils doivent agir dans les limites de la loi et de la Constitution », a déclaré le procureur général du Minnesota, Keith Ellison.
L’Etat de l’Illinois, un autre Etat démocrate ciblé par l’offensive anti-immigration de Donald Trump, à Chicago notamment, a initié lundi une procédure judiciaire similaire.
· Une enquête civile lancée par la famille
La famille de Renee Nicole Good a annoncé mercredi le lancement d’une enquête civile pour faire la lumière sur les circonstances de cette mort qui a suscité une vague d’indignation dans le pays. Le cabinet d’avocats Romanucci & Blandin, qui représente notamment la veuve de Renee Nicole Good et ses enfants, a déploré dans un communiqué que les autorités ne faisaient preuve d’« aucune transparence » dans cette affaire.
« A Minneapolis comme dans tout le pays les gens se soucient profondément de ce qui est arrivé à Renee Good le 7 janvier 2026, et veulent comprendre comment elle a pu être tuée dans la rue après avoir déposé son enfant à l’école », avance l’avocat Antonio Romanucci, cité dans le communiqué.
Le cabinet d’avocats est le même que celui qui représentait la famille de George Floyd, un Afro-Américain dont la mort en 2020 lors d’une arrestation par la police avait provoqué un large mouvement de protestation partout dans le pays. La procédure annoncée, une enquête civile indépendante, est une première étape pour une éventuelle action ultérieure contre l’Etat fédéral.
Les avocats suivront « une procédure quelque peu différente de celle consistant à engager une action civile contre une ville ou un Etat afin de tenir un service de police pour responsable. Les agissements d’agents fédéraux imposent une voie juridique distincte », expliquent-ils. « Aussi souvent que possible, notre équipe communiquera rapidement et en toute transparence les informations que nous découvrirons », promettent-ils.
· L’ONU réclame une enquête « indépendante »
Les Nations unies ont exigé mardi une enquête « rapide et indépendante » après la mort de la jeune Américaine et le déclenchement d’une vague de manifestations aux Etats-Unis.
« En vertu des règles internationales en matière de droits de l’homme, l’usage intentionnel de la force létale n’est autorisé qu’en dernier recours contre une personne représentant une menace imminente pour la vie », a déclaré Jeremy Laurence, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, aux journalistes de Genève.
« Nous prenons note de l’enquête du FBI et insistons sur la nécessité d’une enquête rapide, indépendante et transparente sur la mort » de Renee Nicole Good, a-t-il ajouté. « Nous exhortons toutes les autorités à prendre des mesures pour réduire les tensions et à s’abstenir de toute incitation à la violence », a dit Jeremy Laurence.

