Ancien leader nationaliste, président de club d’Ajaccio, proche d’un clan en guerre avec plusieurs bandes criminelles, Alain Orsoni cumulait les ennemis. Abattu en pleine cérémonie funéraire de sa mère, ce lundi 12 janvier, le septuagénaire laisse derrière lui un faisceau de rivalités anciennes que les enquêteurs tentent désormais de démêler.
Qui pouvait vouloir la mort d’Alain Orsoni au point de l’abattre le jour même des obsèques de sa mère ? Quatre jours après l’exécution de l’ancien militant nationaliste et président de l’AC Ajaccio, dans le village de Vero, en Corse-du-Sud, les investigations avancent pas à pas.
Selon les premiers éléments recueillis par les enquêteurs, un sniper installé sur un point en hauteur a fait feu à environ 107 mètres de distance. Le tir est intervenu en pleine cérémonie, alors que la victime se trouvait au milieu d’une cinquantaine de personnes.
Balle en plein thorax
Alain Orsoni, âgé de 71 ans, était revenu spécialement du Nicaragua, où il s’était installé depuis de nombreuses années pour échapper aux tentatives de meurtre contre lui en Corse. Il ne portait aucun gilet pare-balles au moment des faits et a été touché en plein thorax. “Il ne se sentait visiblement pas menacé”, ont confié plusieurs sources judiciaires.
Une fois les constatations matérielles effectuées, les enquêteurs s’attachent désormais à comprendre le mobile du crime et à identifier les équipes impliquées. Tout au long de sa vie, Alain Orsoni a cultivé ses amitiés mais récolté beaucoup d’ennemis. Tout d’abord dans les années 1990, une guerre sanglante entre factions nationalistes l’avait déjà poussé à l’exil en Amérique latine, notamment après l’assassinat de son frère Guy Orsoni en 1987 par la mafia corse, dans un contexte de luttes intestines. Il était revenu sur l’île en 2008 pour prendre la présidence de l’AC Ajaccio.
Une guerre éclate pour contrôler le sud de l’île
Dès 2005, de nouveaux conflits éclatent lorsque son ami et ancien associé Francis Castola est abattu. “Je ne porterai pas le cercueil avec une bande de crapules”, aurait alors déclaré Alain Orsoni, en référence aux membres du gang du Petit Bar, auquel appartenait la victime. Pour les enquêteurs, le “clan Orsoni” et le Petit Bar seraient depuis engagés dans une guerre totale pour le contrôle de la Corse-du-Sud et d’Ajaccio. Alain Orsoni avait lui-même échappé à une tentative d’assassinat en 2008, tandis que plusieurs de ses proches ont été exécutés au fil d’une période marquée par une multiplication des règlements de comptes sanglants.
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Un assassinat pour toucher son fils
Parmi les pistes étudiées figure également celle de son fils, Guy Orsoni, figure du banditisme corse, soupçonné d’avoir poursuivi le conflit avec la bande du Petit Bar. En 2018, ce dernier avait lui aussi été visé par une tentative d’assassinat. Grièvement blessé par balles en plein centre d’Ajaccio, il avait survécu.
Selon un rapport d’enquête relayé par Le Parisien, Guy Orsoni a “tout d’abord organisé son activité autour du trafic de stupéfiants, se constituant ainsi une assise financière confortable”, avant de “poursuivre l’action offensive contre l’équipe du ‘Petit Bar’ en orchestrant des actions violentes ayant pour but l’élimination de membres” de ce clan rival.
Toujours selon Le Parisien, la police judiciaire estime que Guy Orsoni est en conflit avec huit des vingt bandes criminelles recensées sur l’île. “Est-ce qu’on n’élimine pas le père car on ne peut pas s’attaquer au fils qui est en prison actuellement ? C’est l’une des pistes”, avance Frédéric Ploquin, journaliste et spécialiste du banditisme corse.
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Des renforts judiciaires
Les hypothèses explorées restent nombreuses et ne se limitent pas à la seule rivalité avec le Petit Bar. Compte tenu de la complexité et de la sensibilité du dossier, la brigade nationale de lutte contre la criminalité organisée corse (BNLCOC), basée à Paris, a été mobilisée. Un magistrat du tout nouveau parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) a également été co-saisi, aux côtés de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille.
Les enquêteurs vont désormais devoir remonter l’ensemble des connexions tentaculaires qu’Alain Orsoni, son fils et leur clan entretenaient avec d’autres groupes rivaux, et au-delà, afin d’identifier le tireur, mais surtout les commanditaires de cet assassinat.
La bande du Petit Bar
Considérée par la justice comme l’organisation criminelle la plus puissante de Corse-du-Sud, la bande du Petit Bar s’est structurée à Ajaccio autour d’un noyau de criminels chevronés, qui se regroupent au du café du même nom dans la capitale du Sud de l’île.
Le groupe est historiquement dirigé par Jacques Santoni, le cerveau de l’organisation malgré son lourd handicap après un accident de moto. Depuis le début des années 2000, ce clan a évincé les anciennes figures du milieu traditionnel pour prendre le contrôle de pans entiers de l’économie insulaire : immobilier, établissements de nuit, sécurité privée et marchés publics.

