A Rome, des manifestants brandissent le portrait de Erfan SoltanI lors d’une manifestation contre la répression en Iran. MATTEO NARDONE/IPA/SIPA
Erfan Soltani est devenu le visage du soulèvement populaire iranien. Et l’un de ses martyrs. Hier encore, le mercredi 14 janvier, le jeune Iranien de 26 ans devait être exécuté, après avoir participé à un rassemblement de protestation à Karaj à l’ouest de Téhéran, comme l’avaient rapporté lundi les organisations de défense des droits humains Iran Human Rights (IHR) et Hengaw, en contact avec ses proches. Et ce « sans aucune procédure judiciaire ni avocat pour le défendre », avait fait savoir le département d’Etat de la diplomatie américaine dans un message en farsi sur X. Département d’Etat qui indiquait que Erfan Soltani était « le premier manifestant à être condamné à mort », depuis le début du mouvement de contestation en Iran mais qu’il « ne [serait] pas le dernier ».
Une condamnation à mort et une exécution que l’Iran a finalement démentie ce jeudi. Un sursis pour le jeune homme, mais sûrement de courte durée. Le pouvoir judiciaire iranien a en effet déclaré qu’Erfan Soltani, qui a été arrêté le 8 janvier à son domicile de Fardis après s’être rendu à une manifestation anti-régime, était actuellement incarcéré à la prison de Karaj. L’Iranien est accusé d’avoir participé à des rassemblements contre la sécurité nationale et de propagande contre le système. « S’il est reconnu coupable, il sera condamné à une peine de prison, car la loi ne prévoit pas la peine capitale pour ces chefs d’accusation », a précisé l’agence du pouvoir judiciaire, Mizan.
Jusqu’alors, ni les ONG ni même la famille n’avaient eu d’informations précises sur l’affaire, comme l’a indiqué lundi l’ONG Hengaw, enregistrée en Norvège : « Sa famille n’a accès à aucune information concernant les charges retenues contre lui, son dossier ou la procédure judiciaire. » Et ce, alors que le pays est traversé par l’un des plus importants mouvements de contestation depuis la proclamation de la République islamique en 1979. Un mouvement très sévèrement réprimé, avec plus de 10 000 arrestations et plus de 3 400 manifestants tués d’après IHR.
Le flou autour de l’affaire
Depuis l’arrestation d’Erfan Soltani, la famille n’aurait bénéficié que d’une « brève visite » qui était prévue avant son exécution mercredi. La sœur du jeune homme, avocate, a tenté de suivre l’affaire par les voies légales, mais les autorités l’ont empêchée d’accéder au dossier.
Hengaw a écrit ce jeudi sur X que l’ordre d’exécution communiqué à ses proches a bien été reporté. Une proche parente, Somayeh, avait réagi à la condamnation : « Il s’est battu pour la liberté en Iran et aujourd’hui, il est au pied de la potence. On a besoin de l’aide de Donald Trump. Je vous en supplie, qu’il ne soit pas exécuté. »
Les Etats-Unis, de leur côté, après avoir largement partagé leur inquiétude, font preuve ce jeudi de plus de retenue. Ainsi, Donald Trump a affirmé avoir été informé « par des sources très importantes » que « les tueries ont pris fin » et que les exécutions prévues de manifestants n’auraient finalement « pas lieu », sans pour autant mentionner directement Erfan Soltani. Dans une interview pour la chaîne américaine Fox News, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé qu’il n’y avait pas de plans de pendaison, que la « pendaison est hors de question ».
Trop peu pour rassurer les ONG, qui restent très prudentes. Hengaw explique qu’en « raison de la coupure continue d’internet et des restrictions sévères en matière de communication, il n’est actuellement pas possible de rendre compte en temps réel de l’évolution de cette affaire ».
« Un risque d’exécution qui plane toujours »
Interrogé sur Franceinfo, le directeur de l’Iran Human Rights Mahmood Amiry-Moghaddam relève que « c’est une bonne chose » que les autorités soient revenues sur cette exécution programmée, mais selon lui, « cela ne change rien au risque d’exécution qui plane toujours sur de nombreux manifestants ». Le responsable de l’ONG rappelle que Mohseni Ejei, le chef du pouvoir judiciaire, a déclaré que « tous les émeutiers étaient des moharebeh [des impies] et qu’ils seraient punis conformément à la loi islamique ».
Or selon un rapport de l’ONG Iran Human Rights sur l’application de la peine de mort en Iran, « les accusations liées à la sécurité telles que moharebeh (inimitié envers Dieu), efsad-fil-arz (corruption sur terre) et baghy (rébellion armée) ont été utilisées pour exécuter d’innombrables prisonniers politiques et criminels ordinaires au cours des quarante-six dernières années ». De plus, Erfan Soltani est notamment accusé d’avoir participé à des rassemblements allant à l’encontre de la sécurité nationale. Le fait que les accusations liées à la sécurité ont été utilisées ces dernières années pour « intimider et semer la peur dans la société », renseigne l’étude qui indique qu’en 2024, au moins 31 personnes ont été exécutées pour atteinte à la sécurité.
Amnesty International a recensé, de son côté, plus de 1 300 exécutions entre janvier et octobre 2025. L’ONG Hengaw s’inquiète particulièrement du « recours à la peine de mort comme instrument de répression des manifestations publiques ». Ce qui était déjà le cas lors du mouvement Femme, Vie, Liberté de 2022 suite à la mort de Mahsa Amini, où près de douze personnes arrêtées pendant les mobilisations ont été exécutées. Dès lors, le sort de Erfan Soltani reste encore très incertain, tout comme celui des nombreux autres Iraniens arrêtés.

