Le siège du groupe Hachette Livre à Vannes, près de Paris, le 24 octobre 2023. JOEL SAGET / AFP
Hachette dans la tourmente. Trois manuels de révision parascolaire du groupe d’édition ont été épinglés mardi soir par la Ligue internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme (Licra), en raison du qualificatif de « colons juifs » utilisé pour désigner les victimes de l’attaque du 7-Octobre en Israël. Une controverse qui a fait réagir Emmanuel Macron et les organisations juives de France, qui dénoncent une « falsification de l’Histoire ».
· D’où vient la polémique ?
Elle débute en raison des termes employés dans trois manuels de révision parascolaire, appartenant au groupe d’édition Hachette. Des ouvrages qui font partie d’« Objectif bac », une collection qui permet « d’acquérir tous les savoirs et tous les savoir-faire indispensables pour réussir ses années lycée et les épreuves du bac », selon le site de l’éditeur. Ces ouvrages parascolaires ne sont pas des manuels dont le contenu est supervisé par le ministère de l’Education.
Dans ces livres, il est écrit qu’en « en octobre 2023, à la suite de la mort de plus de 1 200 colons juifs lors d’une série d’attaques du Hamas, Israël décide de renforcer son blocus économique et d’envahir une grande partie de la bande de Gaza, entraînant une crise humanitaire de grande ampleur dans la région ».
Pour rappel, le 7 octobre 2023, des commandos du mouvement islamiste palestinien Hamas ont lancé une attaque surprise sans précédent en Israël qui a entraîné la mort de plus de 1 200 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP basé sur des données officielles. En riposte, Israël a lancé une offensive dans la bande de Gaza, faisant plus de 70 900 morts en deux ans, d’après les chiffres du ministère de la Santé de Gaza, placé sous l’autorité du Hamas, jugés fiables par l’ONU. Un cessez-le-feu fragile est entré en vigueur depuis octobre.
· L’exécutif monte au créneau
« Colons juifs », une expression qui a scandalisé la Licra, qui a donné l’alerte mardi soir. « Est-ce trop demander à un éditeur de renom que de prévenir ce genre de dérives confusionnistes et négationnistes ? », a-t-elle déclaré sur X. Un post qui a entraîné une réaction de l’exécutif le lendemain.
Le président de la République a jugé « intolérable » que ces ouvrages de révision du baccalauréat « falsifient les faits » au sujet des « attentats terroristes et antisémites du Hamas du 7 octobre » 2023. « Le révisionnisme n’a pas sa place en République », a-t-il ajouté sur le réseau social X.
Dans la foulée, le ministre de l’Education nationale Edouard Geffray a lui aussi réagi. Il est « grave et inacceptable » de « qualifier les victimes de l’attentat du 7 octobre 2023 de “colons juifs” », a-t-il dénoncé, lui aussi dans un message sur X.
« La lutte contre l’antisémitisme est un combat de tous les instants », a pour sa part réagi la ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé.
· Une « falsification » de l’Histoire
Des réactions qui ont vite suivi celles des représentants des organisations juives. Yonathan Arfi, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a estimé que le « narratif » du texte incriminé constituait « une falsification de l’Histoire et une forme inacceptable de légitimation du terrorisme du Hamas, que cet ouvrage omet précisément de qualifier d’organisation terroriste ».
« Plus grave encore que le militantisme révisionniste de l’auteur, cet extrait met en lumière l’endoctrinement passif des relecteurs qui auraient dû être pleinement et objectivement à leurs tâches », a dénoncé Haïm Korsia, le grand rabbin de France, sur X.
· Une enquête interne ouverte
Hachette Livre a annoncé dans un communiqué le rappel « avec effet immédiat » de ces trois ouvrages de révision parascolaire destinés aux élèves de terminale en histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, reconnaissant leur « contenu erroné ». Son PDG Arnaud Lagardère a tenu « personnellement à présenter [ses] excuses auprès de tous ceux qui ont pu se sentir blessés à juste titre, auprès du corps enseignant, des parents d’élèves et des élèves eux-mêmes ».
Numéro un français de l’édition, passé sous le contrôle du milliardaire Vincent Bolloré fin 2023, a rappelé, dans le communiqué, « son engagement constant et infaillible dans la production d’ouvrages scolaires et parascolaires strictement respectueux des exigences de l’Education nationale ». Hachette a annoncé qu’une enquête interne avait été « ouverte pour déterminer les raisons qui ont conduit à une telle erreur ».

