Le blocage d’internet en Iran s’intensifie. Depuis le 8 janvier, Téhéran cible Starlink pour contrer les manifestations. 90 % du réseau a été neutralisé pendant plus de 60 heures. Le réseau d’Elon Musk est pourtant réputé invulnérable.
Un black-out total ou presque. Depuis le 8 janvier, et afin d’étouffer les manifestations qui secouent le pays, Téhéran s’efforce de couper tout accès à internet à l’ensemble de la population. Ou comment retenir la leçon de 2009 pour le régime des mollahs.
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À l’époque, le soulèvement dans le pays consécutif à l’annonce des résultats de la présidentielle (réélection contestée du conservateur Mahmoud Ahmadinejad, NDLR) avait largement été porté par un tout jeune réseau social : Twitter, devenu X à la suite de son rachat par Elon Musk en 2022.
40 000 à 50 000 abonnés dans le pays
Du milliardaire sud-africain, il est en question dans ces manifestations de 2026 puisque parmi les moyens utilisés par les Iraniens pour contourner les coupures d’internet figure Starlink, la constellation de satellites de l’homme le plus riche de la planète.
D’après plusieurs médias iraniens en exil, il y aurait entre 40 000 et 50 000 abonnés Starlink dans tout le pays, rapporte Libération. Une goutte d’eau dans un pays de 87 millions d’habitants qui suffit néanmoins pour que des images et vidéos puissent être diffusées alors qu’un cliché visant à remercier Elon Musk et sa technologie circule sur les réseaux.
Raison pour laquelle Téhéran s’est évertué ces derniers jours à s’en prendre aux terminaux Starlink. Les autorités sont même parvenues à réussir à bloquer le réseau. “Une nouveauté dans le monde du brouillage”, relate Kave Salamantian, professeur à l’Université de Savoie, spécialiste de la géopolitique du cyberespace et coauteur d’une étude sur l’internet iranien. Selon le commandement du cyberespace iranien, cette manœuvre a neutralisé 90 % du réseau Starlink pendant plus de 60 heures.
Un soutien de Pékin et Moscou pour brouiller ?
Jusqu’alors, les ingénieurs d’Elon Musk étaient les seuls à contrôler l’activation des 9 000 satellites gravitant à 550 kilomètres d’altitude. La réussite de Téhéran repose sur une combinaison de trois facteurs déterminants.
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D’abord, la neutralisation du système GPS indispensable au fonctionnement des terminaux de l’entreprise américaine. Ensuite, un quadrillage strict du pays afin de saisir les antennes importées illégalement. Enfin, l’usage d’une technologie de brouillage militaire de pointe que seuls deux pays seraient capables de développer : la Chine et la Russie. Soit deux alliés stratégiques de Téhéran, qui étudient avec attention le système Starlink depuis son utilisation décisive par l’armée ukrainienne en février 2022.
À l’époque, le réseau avait permis au commandement de Kiev de sécuriser ses communications face à l’invasion russe. En parvenant à paralyser ce service privé devenu un atout militaire, l’Iran démontre que Starlink n’est plus infaillible. Bien que la société d’Elon Musk ait réagi par des mises à jour logicielles, la preuve technique de la vulnérabilité du réseau est désormais établie.

