Jerome Powell à Washington, le 30 juillet 2025. CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES VIA AFP
La croisade de Donald Trump contre le président de la Réserve fédérale (Fed) connaît une nouvelle escalade. Jerome Powell a annoncé dimanche 11 janvier que la banque centrale américaine était menacée de poursuites par le ministère de la Justice. Une pression de plus pour celui qui refuse de céder aux injonctions du président américain sur les taux d’intérêt.
La Fed a reçu une convocation de la part du ministère de la Justice qui pourrait conduire à une mise en accusation au pénal, sur la base d’une de ses auditions en juin qui concernait un projet de rénovation du bâtiment de la Fed, a-t-il détaillé dans un communiqué. Cette convocation s’inscrit selon lui dans le climat de pressions exercé par le président américain Donald Trump sur l’institution, afin de la pousser à abaisser plus fortement ses taux, alors que l’inflation reste toujours au-dessus de sa cible de 2 %.
Dans une rare vidéo publiée sur le site de la banque centrale, qui a compté plus de 40 millions de vues sur le réseau social X, Jerome Powell a dénoncé une menace « sans précédent ». « Cette menace n’est pas au sujet de mon témoignage. C’est un prétexte, la menace de poursuites est la conséquence de la volonté de la Fed de décider de ses taux dans le meilleur intérêt du public plutôt que pour répondre aux préférences du président », a-t-il déclaré. Il a questionné les motivations derrière cette convocation, assurant avoir toujours exercé à son poste « sans crainte ni faveur politique », le tout sous « quatre gouvernements, républicains et démocrates ».
Interrogé sur le sujet lors d’une interview accordée à la chaîne NBC, Donald Trump a assuré qu’il « ne [savait] rien à ce sujet. » « Je ne penserais même pas à le faire de cette manière. La seule pression qu’il doit sentir est dans le fait que les taux sont trop élevés. C’est la seule. »
« Nigaud »
Depuis le début de son deuxième mandat le président américain s’en est pris à de multiples reprises à Jerome Powell, qu’il a pourtant nommé lui-même en 2017, et a plusieurs fois menacé de le faire renvoyer. Il accuse la Fed de ne pas avoir respecté le budget prévu pour la rénovation de son siège à Washington, estimant qu’il pouvait y avoir des cas de fraude, et avançant un coût total de 3,1 milliards de dollars, contre 2,7 milliards prévus initialement, un chiffre que Jerome Powell dément.
Selon ce dernier, la vraie question est « de savoir si la Fed sera capable de continuer à déterminer ses taux en se basant sur les conditions économiques ou si la politique monétaire doit être dirigée par les pressions politiques et intimidations ».
Mais Donald Trump avait Jerome Powell dans le viseur avant même sa réélection, l’accusant de ne pas agir suffisamment vite pour abaisser les taux et d’agir pour des motifs politiques et non économiques. Il le surnomme « Too Late » pour « trop tard ». Et depuis son retour à la Maison-Blanche, il maintient la pression, le traitant notamment de « nigaud ».
Leurs différends s’étaient parfois affichés en public, comme lorsque, en juillet dernier lors d’une rare visite de Trump à la Fed, celui-ci s’était fait recadrer face aux caméras sur le coût des travaux du siège. Dans une séquence très commentée, Jerome Powell avait vigoureusement secoué la tête lorsque Trump avait avancé le chiffre de 3,1 milliards de dollars (2,6 milliards d’euros), au lieu des 2,7 milliards de dollars prévus au départ. « Je ne suis pas au courant », a-t-il dit. Lunettes sur le nez en lisant un papier tendu par le président, il avait souligné face aux journalistes que celui-ci avait ajouté dans son estimation un « troisième bâtiment ». « C’est un bâtiment qui est en cours de construction », lui avait rétorqué Trump. « Non, il a été construit il y a cinq ans », avait-il répondu. Et le président américain de relancer : « J’aimerais qu’il baisse les taux d’intérêt. »
Le poste de président de la Fed laissé vide ?
Le mandat du président de la Fed doit arriver à son terme en mai prochain, ce qui permettra à Donald Trump de remplacer Jerome Powell, potentiellement par son principal conseiller économique Kevin Hassett, considéré par les analystes comme le favori. Mais le siège pourrait bien rester vacant « le temps que l’enquête suive son cours », selon le sénateur républicain Thom Tillis dans un communiqué, qui a affirmé qu’il ne confirmerait « aucune nomination pour la Fed, y compris pour son président tant que ce point juridique ne [serait] pas pleinement réglé ».
C’est en effet le Sénat qui doit confirmer la nomination d’un poste dans l’administration, y compris la Fed, bien que les candidats soient présentés par le président américain. Mais le gouvernement américain a déjà annoncé la couleur en septembre, estimant que le travail de la Fed devait faire l’objet d’une évaluation complète. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, estime qu’elle « doit changer de cap ».
Le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a de son côté qualifié l’enquête d’attaque contre l’indépendance de la Fed. « Quiconque est indépendant et ne se contente pas de suivre Trump à la lettre fait l’objet d’une enquête », a-t-il dénoncé.

