January 11, 2026

"Mes économies sont parties en fumée…" Victime de l’arnaque au faux coursier, Françoise, 70 ans, témoigne

l’essentiel
Elles sont cinq à avoir vécu la même mésaventure. L’arnaque au faux coursier fait des ravages chez les personnes âgées. L’un de ces escrocs comparaissait devant le tribunal de Toulouse.

Avec énergie, Françoise, 70 ans, agrippe le bras d’une Josette hésitante et avance jusqu’à la barre. “Chaque fois que quelqu’un sonne à la porte, j’ai peur. De tout, tout le temps. Je travaille depuis l’âge de 16 ans et mes économies sont parties en fumée. Je suis à la retraite et à cause de lui, on galère. Et comme on a donné notre carte bancaire volontairement, les banques ne nous remboursent rien”.

“Mouvements suspects sur votre compte”

Assis un mètre dans leur dos, Mouride, 23 ans, casier vierge, se confronte aux conséquences directes de ses actes. En juin et juillet 2025, cinq femmes d’âge mûr domiciliées près de Toulouse ont reçu la visite du jeune homme, à bord d’une Renault Clio. L’escroquerie à laquelle il a participé “par appât du gain” est surnommée “l’arnaque au faux coursier” pour son caractère récurrent et son scénario parfaitement huilé.

Après avoir récupéré un listing clients sur le darkweb, un faux conseiller de la Banque postale cible un public âgé. Josette est contactée par téléphone. Comme aux autres victimes, on lui explique que des mouvements suspects sont effectués en ce moment même sur son compte bancaire depuis le Maroc. Moment de panique.

Pin’s La Poste en bandoulière

“Pendant cinq heures, au téléphone, il m’a fait agir selon ses ordres. Il me hurlait ce qu’il fallait que je fasse”, témoigne-t-elle devant le tribunal correctionnel de Toulouse. Comme basculer des milliers d’euros de son LDD vers son compte courant ou augmenter le plafond de ses retraits bancaires.

Le faux conseiller donne alors aux victimes un mot de passe – une série de chiffres – pour sécuriser l’opération. Le coursier qui va passer à leur domicile récupérer leurs moyens de paiement doit leur signifier, pour prouver sa légitimité.

C’est là que Mouride intervient, pin’s La Poste bien en évidence sur ses vêtements. “Je récupérais les cartes sans frictions”. Avec le code confidentiel donné par des victimes sous influence, il file alors au distributeur le plus proche pour siphonner les comptes.

18 000 euros de préjudice

Le préjudice total avoisine les 18 000 euros. “Sur le coup, je ne pensais pas faire partie d’une escroquerie”, ose le jeune homme qui a… déboursé 200 euros sur Telegram pour endosser les habits de faux coursier. En dédommagement, il empochait 10 % des sommes décaissées qu’il remettait à son complice, jamais identifié. “Vous avez gagné combien ?”, interroge le président. “2 000 euros”. “Et ça valait le coup de risquer 5 ans de prison pour ça ?”.

Le traumatisme psychologique des victimes suinte de chaque pore de leur récit. Confiance trahie. Économies dilapidées. “Et il ose nous dire qu’il a joué les escrocs à l’insu de son plein gré !”, s’agace le procureur qui réclame un an de prison avec sursis probatoire.

“D’autres se cachent derrière leur ordinateur”

“Il est en bout de chaîne, en bas de l’échelle. Il n’a fait qu’obéir quand d’autres se cachent derrière leur ordinateur”, tente de minorer Me Sangone Thiam en défense. Le prévenu présente ses excuses. Assure qu’il va tout rembourser.

Neuf mois avec sursis probatoire, obligation de travailler, d’indemniser les victimes, interdiction de contact avec elles. 18 000 euros à rembourser. Cela tombe bien, il a trouvé du travail. Son nouveau job ? Françoise et Odette manquent de s’étouffer : “Coursier…”.

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