Pneus, fourrage, plastiques, résidus agricoles : près de trois semaines après les mobilisations de décembre, les traces de la mobilisation sont encore bien présentes. À la veille de nouvelles actions agricoles, la question du nettoyage et de la facture demeure entière.
Alors que de nouvelles mobilisations agricoles sont annoncées jeudi et samedi dans le Lot, une question continue de s’imposer dans le paysage local : pourquoi les déchets laissés lors des actions de décembre qui ont visé les alentours de Cahors n’ont-ils toujours pas été évacués ? Sur les ronds-points de l’Aquitaine et du Montat, les traces sont encore bien visibles, parfois même fumantes, près de trois semaines après les dernières actions.

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“Nous n’avons rien enlevé pour l’instant”
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’absence de nettoyage ne tient pas à une inertie technique, mais bien à une volonté politique. “Nous n’avons rien enlevé pour l’instant”, explique Serge Rigal, président du Département du Lot. Les services départementaux se sont limités à sécuriser les sites, avec environ 80 heures de travail pour dégager la circulation. Le volume total est estimé à près de 150 tonnes de déchets.

La raison principale de ce statu quo est le coût de l’évacuation. Selon la nature des matériaux, le traitement peut varier de 200 à 400 euros la tonne. “Dès qu’il y a des plastiques, des pneus ou des déchets mélangés à de la terre ou du fumier, on est sur les tarifs les plus élevés”, précise Serge Rigal. À ce rythme, la facture pourrait rapidement atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros, voire davantage si des entreprises spécialisées sont mobilisées.
Le Département refuse d’assumer seul cette charge. “Ce sont des manifestations dirigées contre des décisions de l’État. Ce n’est ni une compétence départementale ni une responsabilité locale”, insiste son président, rappelant qu’en 2024, des actions similaires avaient déjà coûté près de 300 000 euros au Département et près de 500 000 euros à l’ensemble des collectivités concernées. Des demandes de remboursement avaient alors été adressées à l’État, sans réponse. “Trouver de telles sommes devient impossible. Donc, si tout le monde trouve normal que les déchets restent là, ils y resteront”, résume l’élu. “L’État connaît très bien la situation financière des départements, et il va bien falloir qu’il prenne des décisions en la matière.”
“Plusieurs millions d’euros”
À la préfecture du Lot, aucun chiffrage précis n’est avancé à ce stade. On reconnaît toutefois que les coûts induits par les mobilisations agricoles sont multiples. Ils concernent à la fois les déversements de déchets sur la voie publique, les dégradations de biens publics comme les radars, l’impact économique des blocages — notamment la fermeture de l’autoroute A20 pendant trois jours — et la mobilisation importante des forces de l’ordre et des agents publics. Sur la situation du mouvement dans le Lot, la position de la préfète est claire. “Je reste convaincue que le dialogue et le travail collectif sont les meilleures solutions pour répondre aux difficultés et à la détresse du monde agricole”, résume Claire Raulin qui souligne “l’importance de la responsabilité et du respect du cadre légal” lors des manifestations dont la liberté est garantie, mais doit “aller de pair avec le respect des droits des autres citoyens”.
Du côté de Vinci Autoroutes, concessionnaire de l’A20, la difficulté du chiffrage est partagée. Si les déchets ont été évacués en urgence afin de rétablir la circulation, leur traitement définitif reste en suspens. “À ce stade, on ne peut pas chiffrer précisément les dégâts”, explique-t-on. “Mais sur l’ensemble du réseau Vinci Autoroutes, les dégâts vont représenter plusieurs millions d’euros.”
“Nous sommes tous dans le même bateau”
Face à cette facture élevée, les organisations agricoles défendent une ligne de mobilisation “responsable”. Stéphane Pons, président de la Chambre d’agriculture du Lot, rappelle que les syndicats ont cherché à limiter les dégradations, en évitant notamment les centres-villes durant les fêtes. “Nous essayons de nous faire entendre tout en gardant cette position : manifester, oui, mais en dégradant le moins possible”, résume le chef d’exploitation. “Nous savons bien que nous sommes tous dans le même bateau.”
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À la veille de nouvelles actions annoncées sur l’A20 à Montfaucon (en fin de matinée dès jeudi à l’initiative de la Coordination rurale) et à Figeac (à 10 h 30 samedi devant la sous-préfecture sous l’égide de la Confédération paysanne), la question du nettoyage reste donc entière. Faute de décision claire sur la prise en charge financière, les déchets pourraient rester encore longtemps dans le paysage lotois, symboles persistants d’un bras de fer entre le monde agricole et l’État.

