Photo diffusée par le compte X du Commandement européen des Etats-Unis, montrant le pétrolier « M/V Bella 1 », sous pavillon russe, dans l’Atlantique nord, le 7 janvier 2026. HANDOUT/AFP
L’armée américaine a confirmé, mercredi 7 janvier, l’arraisonnement dans l’Atlantique, près de l’Islande, d’un pétrolier russe pour « violation de sanctions américaines ». Traqué depuis deux semaines par les Etats-Unis, le pétrolier tentait de contourner le blocus américain imposé aux exportations de pétrole au Venezuela. Une opération qui risque d’aggraver considérablement les tensions entre Washington et Moscou, quatre jours après la capture du président vénézuélien, Nicolás Maduro, par les Etats-Unis.
· Un pétrolier battant pavillon russe
Nommé à l’origine le « Bella 1 », le pétrolier, renommé « Marinera », fait partie d’une flotte clandestine qui a transporté du pétrole pour la Russie, l’Iran et le Venezuela en violation des sanctions imposées par les Etats-Unis et d’autres pays, selon Washington. Initialement lié au Venezuela, il est récemment passé sous pavillon russe.
Accusé de faire partie d’une flotte fantôme russe transportant illégalement du pétrole, il a été sanctionné en 2024 par les Etats-Unis pour ses liens présumés avec l’Iran et le groupe chiite libanais Hezbollah. Le pétrolier était poursuivi depuis le 21 décembre 2025 par les gardes-côtes américaines, alors qu’il était en route pour le Venezuela. Selon le site spécialisé TankerTrackers, il ne transportait pas de cargaison. Il se trouvait mercredi 7 janvier 2026 au matin dans la zone économique exclusive de l’Islande, après une traversée de l’océan Atlantique dans les eaux internationales, selon les données de suivi maritime de Bloomberg.
De son côté, Washington a dit considérer que le pétrolier n’avait pas de pavillon. « Il s’agit d’un navire de la flotte fantôme vénézuélienne qui a transporté du pétrole visé par des sanctions américaines. Ce navire a été déterminé comme étant sans pavillon après avoir navigué sous un faux drapeau, et il était visé par une ordonnance judiciaire de saisie. C’est pour cette raison que l’équipage sera poursuivi », a déclaré la porte-parole du gouvernement Karoline Leavitt à des journalistes.
· Le navire arraisonné par les Etats-Unis
Après le lancement d’une opération américaine, le commandement européen des Etats-Unis a confirmé dans un message sur X avoir intercepté le navire. « Le département de la justice et le département de la sécurité intérieure des Etats-Unis, en coordination avec le département de la guerre, ont annoncé aujourd’hui la saisie du “M/V Bella 1” pour violation de sanctions américaines. Le navire a été saisi dans l’Atlantique Nord en vertu d’un mandat délivré par un tribunal fédéral américain après avoir été suivi par [le navire, NDLR] “USCGC Munro” », a-t-il communiqué.
Selon le « New York Times », les gardes-côtes américains n’ont rencontré aucune résistance ni hostilité de la part de l’équipage. L’opération, rapportée par Fox News, CNN, ainsi que l’agence Reuters, intervient quelques heures après des informations de presse selon lesquelles la Russie a envoyé au moins un bâtiment de sa marine pour escorter ce navire.
La chaîne de télévision russe RT a diffusé des images montrant un hélicoptère militaire au-dessus du navire, poursuivi par les garde-côtes américains, et a indiqué que les forces américaines semblaient essayer de monter à bord. De son côté, la Secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis, Kristi Noem a publé sur X une vidéo de l’opération.
Les Etats-Unis avaient annoncé fin décembre, avant de capturer le président Nicolás Maduro à Caracas, la mise en place d’un blocus naval autour du Venezuela contre des pétroliers prétendument sous sanctions. Ils en ont déjà saisi deux, soupçonnés par Washington de transporter du pétrole vénézuélien soumis à des sanctions.
• Un soutien « opérationnel » du Royaume-Uni
Le ministère de la Défense britannique a annoncé avoir apporté un soutien « opérationnel » aux Etats-Unis dans la saisie du pétrolier battant pavillon russe. « Les forces armées britanniques ont fourni un soutien opérationnel planifié […] aux forces militaires américaines qui ont intercepté le “Bella 1” [rebaptisé “Marinera”, NDLR] dans le détroit entre le Royaume-Uni, l’Islande et le Groenland, à la suite d’une demande d’assistance des Etats-Unis », a indiqué le ministère dans un communiqué.
Concrètement, les Britanniques ont fourni aux Américains l’accès à au moins une base aérienne, la Royal Air Force a procuré une surveillance aérienne, et un navire ravitailleur « a apporté son soutien aux forces américaines lorsque celles-ci poursuivaient et interceptaient » le pétrolier, a encore détaillé le ministère. L’opération s’est déroulée en « conformité avec le droit international », a précisé le ministère.
· Un sous-marin russe pour escorter le pétrolier
La Russie a envoyé au moins un bâtiment de sa marine pour escorter ce pétrolier poursuivi dans l’Atlantique par les Etats-Unis, ont rapporté, mercredi, plusieurs médias américains dont Reuters et le « Wall Street Journal ». Moscou a dépêché « un sous-marin et d’autres moyens navals », écrit le quotidien, citant un responsable américain non identifié – une information également rapportée par CBS et le « New York Times ». La Russie a demandé aux Etats-Unis de cesser de poursuivre le navire, toujours selon le « Wall Street Journal ».
• Moscou dénonce l’usage de la force par Washington
Moscou a dénoncé l’usage de la force par Washington. « Conformément aux dispositions de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, en haute mer s’applique le régime de liberté de navigation, et aucun Etat n’a le droit d’employer la force à l’encontre de navires dûment immatriculés dans la juridiction d’autres Etats », a déclaré le ministère russe des Transports. Il a précisé que le « Marinera » avait obtenu, le 24 décembre 2025, une « autorisation provisoire » de naviguer sous pavillon russe et que, lorsque les forces navales américaines sont montées à bord, « la communication avec le navire a été perdue ».
La Russie a demandé aux Etats-Unis d’assurer le « retour rapide » dans leur pays des membres d’équipage russe se trouvant à bord du navire « saisi ». « Nous exigeons de la partie américaine qu’elle leur assure un traitement humain et digne, qu’elle respecte scrupuleusement leurs droits et leurs intérêts, et qu’elle ne fasse pas obstacle à leur retour rapide dans leur patrie », a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères, cité par l’agence de presse TASS, sans préciser combien de Russes se trouvent à bord.
· Un autre pétrolier saisi dans les Caraïbes
Washington a également annoncé mercredi la saisie d’un pétrolier visé par des sanctions dans la mer des Caraïbes, peu après avoir intercepté le pétrolier battant pavillon russe dans l’Atlantique nord. « Le ministère de la Guerre, en coordination avec le ministère de la Sécurité intérieure, a saisi sans incident un pétrolier sans pavillon et sous sanctions », a écrit sur X le commandement militaire américain pour la région.
Le navire intercepté, le « M/T Sophia », « opérait dans les eaux internationales et menait des activités illégales dans la mer des Caraïbes. Les garde-côtes américains l’escortent vers les Etats-Unis pour qu’il y soit immobilisé », précise-t-il.
· Trois autres pétroliers sous pavillon russe
Deux autres pétroliers, « l’Hyperion » et « le Premier », sous sanctions américaines et qui ont émis un signal en mer des Caraïbes proche du Venezuela dans la semaine écoulée, sont également passés sous drapeau russe en décembre 2025. « L’Hyperion » faisait route mercredi dans l’Atlantique, avec pour destination le port d’Oust-Louga en Russie, selon ses informations de navigation, tandis que « le Premier » partageait une position dans la mer des Caraïbes.
Trois autres pétroliers sanctionnés identifiés par l’AFP mi-décembre près du Venezuela apparaissaient mercredi sous pavillon russe dans le registre en ligne du ministère russe des Transports, alors qu’ils figurent sous d’autres pavillons dans la base officielle de l’Organisation maritime internationale.

