À soixante ans, Christian Mas vient de signer un contrat de deux ans avec le RC Lens, leader de Ligue 1, où il entraînera les 16-18 ans. Une carrière dans le football de très haut niveau.
Le portier gaillacois a commencé à briller au Gaillac Football Club, présidée alors par Roger Palacin, de l’âge de 12 ans jusqu’à 20 ans. Repéré par l’US Albi, il évolue en juniors « nationaux » sous la férule d’Yves Rossi, puis rejoint un club de banlieue toulousaine avant d’effectuer son service militaire à Mourmelon, d’où il repart avec trois permis, poids lourd, super lourd et… conducteur de char.
La reprise du foot rime avec la rupture du tendon rotulien : carrière compromise sinon terminée. Christian Mas ne renonce pas mais bifurque. Fort d’un diplôme d’entraîneur 1er degré, il écrit à tous les clubs de Première et Deuxième Division. Un seul répond : le PSG qui le prend en stage d’un an pour sa section amateur.
On est en 1989. « L’ouragan Hugo m’aidé. L’entraîneur des cadets part à la Réunion retrouver sa famille sinistrée. Le club m’a gardé pour m’occuper des 15 ans. Une de mes premières recrues a été Nicolas Anelka. Je suis resté dix ans avec ces cadets. J’ai passé mon diplôme 2e degré en 1998. Après deux ans à coacher une équipe de Nationale près du Mans, le PSG me rappelle ». Cette fois pour s’occuper des gardiens de but du Centre de Formation. Laurent Fournier, qui succède à Vahid Halilodzic, le fait monter d’un cran.
Christian Mas travaille ensuite avec l’Aveyronnais Guy Lacombe, puis avec Paul Le Guen. Un intermède de deux ans à Valenciennes aux côtés de Philippe Montagné, il fait ses valises pour Oman (deux ans) et un an à Bursa (Turquie) avec Le Guen. Suivent trois ans au Havre : pérégrinations inhérentes à un monde du foot où tout s’accélère, à commencer par la durée d’exercice d’un entraîneur. Un temps au chômage, Christian Mas retourne à Gaillac où vit toujours sa mère. Mais le téléphone sonne : c’est Lens qui appelle.
Christian Mas est une encyclopédie du poste de gardien de but. Ils sont de plus en plus grands (« ils doivent tenir de la place dans la cage »), moins payés que les joueurs de champ (« à part les stars bien sûr »), doivent être maîtres des airs (« alors qu’on centre de moins en moins, qu’on repique à l’intérieur et qu’on joue de plus en plus au sol. C’est paradoxal »). La pression sur eux est de plus en plus forte, la moindre faute décortiquée et stigmatisée en boucle sur les réseaux sociaux.
Christian Mas est pour une hiérarchie établie entre les gardiens : « mais le numéro 2 doit travailler encore plus que le numéro 1, il doit être performant dès qu’il rentre. La gestion humaine de cette hiérarchie est déterminante car l’émulation peut aussi être destructrice ». Le travail est quotidien, en lien avec les préparateurs physiques, le manager (pour les stratégies de relance) et les outils d’aujourd’hui : datas, caméras, drones. Pour les gardiens comme pour les coachs, il faut évacuer cette tension. Christian Mas fait sienne cette règle de vie. « L’oubli peut être un signe de santé mentale. Le match qui compte, c’est le match à venir ».

