November 25, 2025

"Nous avons de véritables pépites industrielles" : la présidente de la CCI de l’Ariège dresse un bilan de l’économie locale

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Dans un contexte d’incertitudes, l’économie ariégeoise doit composer avec une succession de chocs. Investissements en berne, consommation affaiblie, tensions sur l’emploi… Les défis se multiplient. Entretien avec Josiane Gouze-Fauré, présidente de la Chambre de commerce et d’industrie de l’Ariège qui accompagne, jour après jour, les entreprises du département.

Comment qualifier aujourd’hui la situation économique en Ariège ?

L’économie locale est marquée par un essoufflement réel. Les crises successives ont installé un climat d’incertitude qui pèse sur les décisions d’investissement et sur les recrutements. Les entreprises que nous suivons sont de plus en plus nombreuses à se fragiliser. Nos équipes interviennent fréquemment pour activer des dispositifs de soutien. Le constat est clair : le chiffre d’affaires stagne, tandis que les charges continuent leur ascension. Cette équation devient difficile à tenir pour beaucoup.

Quels secteurs souffrent le plus de cette conjoncture ?

Mis à part la sous-traitance aéronautique, qui continue d’afficher, tant bien que mal, une belle dynamique, la plupart des filières souffrent. Hôtellerie-restauration, petits commerces de centre-ville, bâtiment, et même certaines industries de niche : tous doivent composer avec un environnement plus tendu

Quels sont les principaux facteurs de cette fragilisation ?

La flambée du coût de l’énergie a eu un impact considérable. La guerre en Ukraine a, elle aussi, perturbé de nombreux marchés. S’ajoute à cela une érosion du pouvoir d’achat qui rend les consommateurs plus prudents. La baisse de la consommation des ménages, combinée à l’instabilité politique actuelle, conduit les entreprises à adopter une posture très réservée sur l’avenir.

Les commerces de centre-ville semblent particulièrement exposés

Ils sortent très éprouvés de ces dernières années. Pour survivre, ils doivent impérativement s’adapter aux nouvelles habitudes d’achat, bousculées par le succès fulgurant des plateformes digitales comme Shein. Nous travaillons à de nouveaux outils pour redynamiser ces espaces. Il faut l’accepter : les centres-villes d’hier ne seront pas ceux de demain. Partout, on assiste à des mutations profondes : plus de végétalisation, davantage de zones piétonnes, des espaces pensés pour flâner. L’objectif est simple : recréer de l’envie, remettre l’acte d’achat au cœur de la déambulation.

La question du recrutement demeure un défi national. Quelle est la situation en Ariège ?

Les tensions sont fortes, notamment dans l’industrie où la question des compétences devient centrale. Certains postes restent difficiles à pourvoir, malgré les besoins exprimés par les entreprises.

Comment les entreprises peuvent-elles attirer et fidéliser les talents ?

Les attentes ont changé. Aujourd’hui, c’est à l’entreprise de s’adapter au salarié, un renversement total par rapport aux anciennes pratiques. La jeune génération veut du sens, un environnement de travail flexible… Les politiques RSE, la semaine de quatre jours… ce sont des atouts qui pèsent réellement dans la balance. Pour retenir les compétences, il faut séduire.

Quel rôle joue la Chambre de commerce et d’industrie dans ce contexte ?

Nous sommes sur le terrain, tous les jours, au contact direct des entrepreneurs et des collectivités. Notre mission couvre tout le cycle de vie d’une entreprise : la création, le développement, la transmission, mais aussi l’accompagnement dans les périodes difficiles. Nous activons des dispositifs locaux, régionaux et nationaux grâce à la force de notre réseau, qui compte 122 CCI en France et 14 en Occitanie.

Le mercredi 10 décembre à la salle du Jeu de Mail à Pamiers se tiendra l’édition 2025 de la soirée des Septuors de l’économie qui met en avant les entreprises locales. En quoi ce genre d’événement est important pour le territoire ?

Parce qu’il met en lumière ce que l’Ariège a de meilleur : l’audace, la créativité, la capacité à innover. Les Septuors saluent des entreprises qui se distinguent par leur adaptation, leur engagement en faveur du développement durable ou leur dynamisme. C’est aussi un moment précieux pour rassembler décideurs, chefs d’entreprise et institutions. Nous avons de véritables pépites industrielles, et des projets comme Geotex à Lavelanet en sont la preuve éclatante. Non, l’Ariège n’a pas à rougir.

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