April 28, 2026

"Moins d’attaques, davantage de prévention, mais le sujet reste sensible" : discrets dans les Hautes-Pyrénées, les prédateurs ours et loup agitent les montagnes

l’essentiel
Alors que plusieurs attaques se sont produites dans le Béarn, une seule prédation a été relevée depuis le début de l’année dans les Hautes-Pyrénées. L’an dernier, 40 constats avaient été réalisés, soit le plus faible total. Dans le même temps, les mesures de protection se développent. Un comité a réuni tous les acteurs mi-avril. Voici tout ce qu’il faut savoir.

Une attaque sur les cinq premiers mois. Sur une chèvre à Salles en février pour laquelle l’intervention du loup n’est pas exclue. Sinon, il faut remonter à décembre pour retrouver trace d’une prédation sur les Hautes-Pyrénées. Une relative quiétude dans les vallées alors que les troupeaux sont encore en plaine, qui prolonge une année 2025 plutôt calme. “La pression de prédation a été moins forte” avoue Malik Aït-Aïssa, le directeur de la DDT (direction départementale des territoires).

L’an dernier, une attaque sur ce troupeau et des images du loup dans le village avaient suscité un vif émoi dès le mois de janvier à Agos-Vidalos.
L’an dernier, une attaque sur ce troupeau et des images du loup dans le village avaient suscité un vif émoi dès le mois de janvier à Agos-Vidalos.
Clément Beaume

Au total, les agents de l’OFB et du Parc national ont relevé 40 constats de prédation en 2025 contre 69 l’année précédente, soit 34 000 € d’indemnisations pour les éleveurs touchés contre 84 000 € en 2024. Des attaques qui se répartissent de manière équilibrée sur le département entre ours et loup. “Géographiquement, les zones sont par contre bien ciblées. L’ours est plus à l’Est, dans les vallées d’Aure et du Louron, et le loup à l’ouest, dans la vallée des gaves.” Six indices de présence d’ours ont été relevés en 2025, dont trois pour le seul Canelito, soit quatre individus sur le département. “Ce sont des ours mâles plutôt de passage entre les zones de présence de femelles.”

Même l’IA s’en mêle

Quant au loup, un individu a été repéré sur le territoire l’an dernier. Le second, qui avait sévi en 2022, sur le Hautacam a disparu, depuis, du département. “L’année avait débuté avec beaucoup d’émoi à Agos-Vidalos suite à des attaques attribuées au loup, qui avait été vu dans le village, se souvient le directeur de la DDT. C’est un sujet qui reste sensible malgré la baisse des attaques et que l’on suit au plus près au niveau des services de l’État, et avec une transparence maximale. Dès qu’on a une information, on la partage avec tous les acteurs. Mais avant, on la vérifie. Car par exemple, le week-end précédant ce comité départemental de prédation, on a reçu des images d’un ours sur le Pibeste, mais qui avaient été réalisées par l’intelligence artificielle.”

Preuve de la sensibilité du sujet dont s’emparent les acteurs. Ainsi, les éleveurs ont eu davantage recours aux dispositifs d’accompagnement mis en place, au niveau des gardiens salariés, 51 sur le département. Mais aussi pour les chiens de protection, 56 financés l’an dernier et 182 accompagnés pour les différents frais. Des accompagnements techniques comme du barriérage, du parcage, sont aussi mis en place. Des mesures en hausse de 15 % en un an. “Il y a une prise de conscience, encouragée par les aides de l’État, précise Malik Aït-Aïssa. Plusieurs éleveurs du Val d’Azun ont participé à un voyage dans les Alpes, sur un territoire où évoluent plusieurs meutes, même si ce système ne semble pas adaptable au pastoralisme pyrénéen.”

Tirs de défense facilités en vallée des Gaves

Si le nombre d’attaques dans les Hautes-Pyrénées est bien moins élevé qu’en Béarn, le cadre réglementaire a évolué en Bigorre comme dans tout le pays, depuis le 1er avril, suite à l’arrêté ministériel du 23 février. Un nouveau dispositif d’action par rapport à la protection rapprochée face au loup, conséquence du changement de statut de l’espèce. “Avant les tirs de défense étaient tous soumis au régime d’autorisation, précise Malik Aït-Aïssa. Désormais dans les zones C0, C1 et C2, c’est-à-dire les vallées des Gaves et d’Azun, c’est le régime de déclaration, via une plateforme, qui prévaut. L’éleveur ou le groupement pastoral doit identifier deux tireurs mandatés, afin qu’un récépissé soit délivré. Sur le reste du territoire, les tirs sont toujours soumis à la règle d’autorisation, avec d’autres mesures au préalable, comme de l’effarouchement.”

Un sujet des prédations qui devrait encore agiter les montagnes, quand les troupeaux auront regagné les estives dans quelques semaines.

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