April 23, 2026

REPORTAGE. Hausse des carburants : 15 fois plus d’appels, des prix bondissant de 15 à 25 % en un jour… Comment les transporteurs font face à la crise

l’essentiel
La hausse des carburants bouleverse l’approvisionnement dans le Gers. En trois jours, au début du conflit, les prix ont bondi jusqu’à 25 %. Entre tensions géopolitiques et logistique sous pression, la stabilisation reste fragile, comme peut en témoigner une entreprise de livraison de carburant à Auch.

Sur le parking de l’entreprise, Kévin, chauffeur-livreur, enroule un tuyau sous son camion puis entame la montée des quelques marches qui le séparent du volant. Fenêtres ouvertes pour pallier la chaleur ambiante de ce mardi 21 avril, il jette un dernier coup d’œil aux alentours avant de prendre la route, direction un client à livrer en carburant. Ces derniers jours, Kévin et ses collaborateurs, qui œuvrent pour l’entreprise Petram, spécialisée dans la livraison de produits pétroliers dans le Gers, font face à une situation inédite.

En effet depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, les entreprises et particuliers du Gers subissent de plein fouet la hausse des carburants. “Dans les trois ou quatre premiers jours, les prix ont flambé de manière totalement imprévisible. Sur une même journée, nous pouvions observer des hausses de 15 à 25 %, des niveaux que nous n’avions même pas connus en 2022 avec la guerre en Ukraine. Aujourd’hui, après une baisse, les prix semblent se stabiliser depuis une quinzaine de jours”, explique Philippe Amann, gérant de la société Petram.

Kévin est conducteur pour l’entreprise Petram.
Kévin est conducteur pour l’entreprise Petram.
DDM – SD

Ces fluctuations ont profondément désorganisé la chaîne logistique. Trouver du produit, comprendre les prix réels et éviter des achats à des niveaux jugés “délirants” sont devenus des défis quotidiens. “Les premiers jours, c’était un véritable chaos. Toute la chaîne, fournisseurs, transporteurs et clients, a dû se réorganiser.” Depuis trois semaines environ, une relative stabilisation s’observe, avec une visibilité de quatre à cinq jours sur les prix et les capacités d’approvisionnement. Mais au début du conflit, la situation était tout autre.

Une course au carburant

Au début de la crise, une véritable course contre la montre s’est engagée pour approvisionner les clients, notamment les agriculteurs à l’approche des travaux de printemps. Certains avaient anticipé en constituant des stocks lorsque les prix étaient encore relativement bas fin 2025. D’autres, faute de moyens ou par pari sur l’évolution du marché, ont attendu, parfois trop longtemps.

“Nous avons dû aller chercher du produit partout, mais les volumes disponibles ne suffisaient pas toujours. Les chauffeurs ont roulé au maximum autorisé, dans le respect de réglementations strictes liées au transport de matières dangereuses.”

Philippe Amann, gérant de la société Petram, devant son espace de stockage.
Philippe Amann, gérant de la société Petram, devant son espace de stockage.
DDM – SD

Forte de l’expérience de 2022, l’entreprise a rapidement répliqué son organisation de crise : achat immédiat du produit disponible, blocage des prix à la commande et adaptation logistique en temps réel.

Dans ce contexte, les fournisseurs, souvent des acteurs internationaux, jouent un rôle clé. “Le carburant est aujourd’hui un produit financier. Même si les stocks existent, leur mise sur le marché dépend du moment jugé le plus rentable. Il n’y a pas de pénurie réelle, mais parfois des délais liés à des stratégies commerciales.”

Une demande multipliée par quinze

Au plus fort de la crise, l’entreprise a dû faire face à une explosion des demandes. “Nous avons reçu jusqu’à quinze fois plus d’appels que d’habitude. Quatre personnes étaient mobilisées en permanence, alors qu’une seule suffit normalement.”

Dans le Gers, où l’agriculture représente environ 65 % de l’activité de l’entreprise, les besoins sont particulièrement sensibles. Cependant, depuis une dizaine de jours, les prix du GNR semblent se stabiliser, après un pic suivi d’un repli. “On observe toujours le même schéma : une montée rapide, puis un palier. Ce palier correspond à une phase d’attente des marchés face à l’évolution du conflit.”

À lire aussi :
Carburants dans le Gers : 17 % des stations en rupture partielle et des prix records qui pèsent sur le budget des familles

Mais cette stabilisation reste fragile. Les tensions géopolitiques, notamment autour du détroit d’Ormuz, continuent de perturber les flux maritimes et pourraient impacter durablement les prix, y compris pour d’autres produits comme le fioul ou l’AdBlue.

Pas de pénurie, mais de la prudence

Malgré les inquiétudes, le professionnel se veut rassurant : il n’y a pas de rupture d’approvisionnement à ce jour. “Le produit continue d’arriver. Parler de pénurie est excessif. En revanche, il faut éviter les comportements de stockage excessif, qui peuvent désorganiser la distribution.”

À lire aussi :
Hausse des prix du carburant et des matériaux : le BTP du Gers étranglé par la guerre en Iran

Le conseil est clair : pour les particuliers : inutile de remplir sa cuve de fioul hors période de chauffe. Pour les professionnels : anticiper ses besoins à deux ou trois semaines reste essentiel. “Aujourd’hui, près de 30 % de nos appels concernent du conseil. Notre rôle est aussi d’accompagner nos clients dans leurs décisions.”

source

TAGS: