April 23, 2026

"Jusqu’à 95 % des produits auraient été détournés vers des circuits parallèles" : un grossiste jugé pour trafic de tabac en Andorre, le volume est estimé à "950 000 euros"

l’essentiel
La contrebande de tabac en Andorre refait surface avec un procès à 950 000 euros. Un grossiste catalan conteste toute implication, tandis que le tribunal doit trancher sur son rôle réel dans ce réseau transfrontalier.

Un procès d’envergure pour contrebande de tabac s’est récemment tenu devant le Tribunal de Corts à Andorre-la-Vieille, en Andorre. Révélée par nos confrères de Diari d’Andorra, cette affaire implique un grossiste catalan de 66 ans, accusé d’avoir alimenté un réseau illégal de “contrebande, d’association illicite et de blanchiment d’argent” portant sur un volume estimé à 950 000 euros.

Selon l’accusation, l’homme, directeur commercial et administrateur d’une société de la principauté, aurait participé en 2024 à une opération structurée, notamment dans la zone frontalière du Pas de la Casa, permettant l’introduction de grandes quantités de tabac dans des circuits clandestins. Le ministère public avait requis six ans d’emprisonnement, accompagnés d’amendes pouvant atteindre 1,5 million d’euros.

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Une implication fermement contestée

À la barre, le prévenu a nié toute implication dans un système frauduleux. Il a assuré avoir exercé “une activité commerciale normale”, affirmant n’avoir jamais eu connaissance d’un quelconque trafic organisé autour de ses clients.

L’enquête met en avant une relation suivie avec un commerçant portugais basé au Pas de la Casa, destinataire régulier de ses livraisons. Ce dernier, avec l’aide d’un transporteur espagnol, aurait ensuite orchestré la revente illégale du tabac. Tous deux ont reconnu les faits dans le cadre d’un accord judiciaire et ont déclaré que le grossiste “n’était pas au courant” des activités de contrebande.

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Des indices jugés accablants

Malgré ces déclarations, l’accusation s’est appuyée sur plusieurs éléments considérés comme suspects : des ventes réalisées en dehors des horaires habituels, des paiements en espèces atteignant parfois 10 000 euros par semaine, ou encore des volumes de livraison difficilement compatibles avec l’activité réelle du commerce destinataire.

Les investigations financières ont également mis en évidence des écarts importants entre les quantités officiellement déclarées et celles effectivement livrées. Selon la police andorrane, “jusqu’à 95 % des produits auraient été détournés vers des circuits parallèles”.

Les avocats du prévenu ont dénoncé plusieurs irrégularités, évoquant une atteinte aux droits de la défense. Ils ont notamment critiqué la gestion de l’enquête, estimant que les autorités avaient laissé les faits se prolonger pour “gonfler artificiellement” le volume du trafic reproché.

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Une remise en liberté en attendant le verdict

À l’issue des audiences, le tribunal a ordonné la remise en liberté du grossiste, une décision qualifiée de provisoire dans l’attente du verdict, attendu dans les prochaines semaines. Le tribunal devra déterminer s’il a été un simple intermédiaire commercial ou un acteur conscient d’un système de contrebande structuré.

Cette affaire illustre une nouvelle fois l’ampleur du trafic de tabac en Andorre, territoire régulièrement confronté à ces réseaux en raison de sa fiscalité avantageuse.

Frontalier de la principauté, l’Ariège figure parmi les zones particulièrement exposées. En 2025, près de deux tonnes de tabac y ont été saisies par les douanes, ainsi que 3 284 litres d’alcool, témoignant de la persistance et de l’intensité de ces trafics transfrontaliers.

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