Kash Patel à Washington, le 18 mars 2026. WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES VIA AFP
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Un psychodrame se serait joué au cœur du FBI le 10 avril dernier : Kash Patel, directeur du Bureau fédéral d’investigation, a été pris de panique lorsqu’il n’est pas parvenu à se connecter à sa session d’ordinateur. Il a alors frénétiquement appelé ses collaborateurs et alliés pour annoncer qu’il avait été limogé par la Maison-Blanche. Fausse alerte : il s’agissait finalement d’un bug informatique. Cette véritable « crise de nerfs » a été rapportée par plusieurs personnes auprès du magazine américain « The Atlantic », qui a publié vendredi une enquête explosive rapportant le comportement erratique de Kash Patel, qui inquiète au sein du FBI. Le dirigeant a annoncé ce dimanche son intention de porter plainte.
Kash Patel dirige depuis début 2025 le principal service fédéral de police judiciaire des Etats-Unis, qui emploie environ 38 000 personnes et est également le service de renseignement intérieur. L’arrivée de ce personnage controversé, qui avait notamment annoncé qu’il mènerait une vendetta contre les ennemis de Trump et a depuis mené une « purge » au sein de l’agence, avait suscité des inquiétudes chez les démocrates.
Depuis plusieurs mois, c’est au sein même du FBI que les préoccupations se multiplient. « The Atlantic » se fait écho de nombreuses rumeurs le concernant, et a au cours de son enquête interrogé des dizaines d’officiels ou anciens officiels décrivant, sous couvert d’anonymat, des problèmes d’alcool, de paranoïa et d’absentéisme.
« Erratique », fêtard et régulièrement injoignable
De nombreux témoins évoquent ainsi sa consommation régulière et parfois excessive, d’alcool, notamment au sein de clubs privés à Washington ou à Las Vegas, où il passe régulièrement ses week-ends, et y compris devant des employés de la Maison-Blanche ou du gouvernement. Au point qu’au début de sa prise de poste, des briefings et réunions ont fréquemment dû être reportés. Les membres de sa sécurité auraient également eu à plusieurs reprises des difficultés à le réveiller en raison de son état d’ébriété supposé, selon des informations transmises au ministère de la Justice et à la Maison-Blanche. Des membres du FBI se seraient même demandé si sa consommation d’alcool n’aurait pas joué un rôle dans la communication d’informations erronées sur des enquêtes en cours, notamment dans l’affaire du meurtre du podcasteur Charlie Kirk.
L’incident informatique du 10 avril serait par ailleurs emblématique de la personnalité du directeur, rapporte « the Atlantic » qui, s’appuyant sur les témoignages de « plus deux douzaines de personnes » dont des membres du FBI, des membres du Congrès et d’anciens conseillers, le décrit comme « erratique, méfiant envers les autres et enclin à tirer des conclusions hâtives avant d’avoir les preuves nécessaires ». Patel mènerait ainsi une « traque agressive » de toute personne perçue comme pas assez loyale. Des officiels auraient confié s’inquiéter de ce qu’il se passerait en cas d’attaque terroriste sur le sol américain avec Kash Patel à la tête du Bureau – d’autant plus depuis l’implication des Etats-Unis dans la guerre contre l’Iran.
Autre source d’inquiétude et d’exaspération : l’absentéisme récurrent de Kash Patel, qui décevraient même ses soutiens au sein du FBI. Des officiels assurent ainsi à « The Atlantic » que sa présence au QG comme dans les bureaux de l’agence à travers le pays était très irrégulière, tandis que d’autres affirment qu’il est souvent absent ou injoignable, au point de retarder la prise de décisions urgentes, et de faire « péter un câble » aux plus imperturbables de ses agents.
Fidèle parmi les fidèles de Donald Trump, Kash Patel garde toutefois les faveurs du président américain, rappelle « the Atlantic », notamment grâce à son action contre des vétérans du FBI et autres conseillers perçus comme « anti-Trump », ou ayant participé à l’enquête contre Trump sur l’attaque du Capitole en janvier 2021.
« Je vous verrai au tribunal – apportez votre chéquier »
Pour autant, son comportement pourrait lui jouer des tours : certains au sein de la West Wing de la Maison-Blanche, qui abrite les plus proches collaborateurs du milliardaire, suivent de près les articles sur les écarts de Patel, dont, dernièrement, son usage personnel présumé du jet du FBI, notamment pour rejoindre sa petite amie à l’autre bout du pays. Des rumeurs et révélations de presse qui pourraient finir par froisser le président, murmurent certains.
Malgré le soutien dont il bénéficie encore, Kash Patel aurait de bonnes raisons de s’inquiéter pour son travail, croit savoir « The Atlantic » : le magazine a rapporté le mois dernier qu’il faisait partie des responsables dont le licenciement était imminent, après le limogeage le 2 avril de l’ancienne procureure générale des Etats-Unis Pam Bondi. Egalement fidèle zélée de Trump, celle-ci a notamment payé sa mauvaise gestion de l’affaire Epstein. « On attend juste la confirmation », a confié un responsable du FBI, tandis que des membres du gouvernement spéculeraient déjà sur son remplaçant.
Après la parution de cette enquête, Kash Patel a nié toutes ces allégations, et menacé de traîner « The Atlantic » en justice. « Tout est faux, je vous verrai au tribunal – apportez votre chéquier », a-t-il répondu dans un communiqué du FBI transmis au magazine. « Continuez à parler, cela signifie que je fais exactement ce que je dois faire, a-t-il renchéri sur X. Et aucune de vos conneries ne dissuadera jamais le FBI de rendre l’Amérique sûre à nouveau et d’arrêter les criminels que vous adorez. » Interrogé sur Fox News ce dimanche, il a assuré qu’il déposerait plainte lundi pour diffamation.

