Plusieurs personnalités de gauche veulent rassembler leur camp hors Insoumis pour rencontrer les Français, écrire un projet et désigner un candidat à la présidentielle. Ces élus refusent l’idée d’une primaire qui risque de creuser les divisions de leur camp et faire le jeu des extrêmes.
« Construire 2 027 » : c’est l’appel lancé ce week-end par des personnalités de gauche en vue de la présidentielle. Autour du socialiste Boris Vallaud, de l’écologiste Yannick Jadot et du leader de Place publique Raphaël Glucksmann, ces élus ont choisi la presse quotidienne régionale pour publier un texte déjà signé par une quarantaine de personnalités parmi lesquelles Carole Delga la présidente de la Région Occitanie et Mickaël Delafosse le maire de Montpellier. « L’urgence absolue, c’est d’abord de répondre aux préoccupations des Français, assure Yannick Jadot. Pour que la gauche gagne, il faut un projet, une vision et pas simplement dire ‘nous combattons l’extrême-droite’. »
Boris Vallaud évoque de son côté une démarche « pluraliste et unioniste » mais en dehors des Insoumis. Le député PS des Landes, patron du groupe socialiste à l’Assemblée, annonce une série de rencontres dans les régions sur des thèmes qui nourriront la future plateforme programmatique : « La question du logement, l’éducation, la transition écologique, le pouvoir d’achat…. Il nous faut des idées tranchantes, compréhensibles et susceptibles d’améliorer la vie des Français. »
“Prendre le drapeau tricolore des mains du RN”
L’objectif affiché est de parler à nouveau aux classes populaires et moyennes. « Il ne s’agit pas seulement de barrer la route au Rassemblement national, insiste Raphaël Glucksmann. Nous devons sortir de ce jeu tactique qui déconnecte les politiques de la réalité vécue par les Français. » L’eurodéputé veut ainsi « reprendre le drapeau tricolore des mains du RN » et « rétablir l’idée d’un État stratège ».
Le leader de Place publique ne veut pas d’un « catalogue de mesures » mais ne s’interdit rien : « Il n’y a pas de tabou chez nous. On doit s’emparer de la question de l’identité française et il n’y a pas de raison que la sécurité ne soit pas un thème de gauche. »
Si la démarche se veut la plus ouverte possible, ce sera sans La France insoumise. « On considère qu’il n’y a pas deux gauches irréconciliables mais sur de nombreux sujets, par exemple sur l’Europe, la vision de Jean-Luc Mélenchon n’a rien de commun avec la nôtre. »
Le timing choisi n’est pas le fruit du hasard. Il vient télescoper le projet de primaire de la gauche prévu en octobre et défendu par Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste, et Marine Tondelier la patronne des Ecologistes.
Les initiateurs de « Construire 2 027 » ne veulent pas de ce vote qui selon eux amènera la gauche à se déchirer et à faire le jeu des extrêmes. Pour Boris Vallaud, « les précédentes expériences ont amené la division. En 2017, la primaire n’a pas été la garantie d’un élan. Plutôt que la gauche affronte la gauche, il vaut mieux qu’elle se rassemble. »
Un candidat « à la fin de l’été »
Raphaël Glucksmann ne voit pas non plus d’intérêt à une primaire. « Si fin octobre la gauche est en train de parler à la gauche , alors que Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon parlent aux Français, nous n’avons aucune chance de gagner ».
L’appel lancé ce week-end sera suivi d’une série de déplacements dans les régions puis de la finalisation du projet. Une équipe sera ensuite mise en place pour porter le programme.
Selon Yannick Jadot, le choix du candidat à la présidentielle viendra « sur la fin de l’été, pour ne pas se retrouver trop en retard ». Optimiste, Boris Vallaud ne s’inquiète pas pour cette dernière étape pourtant cruciale : « Si on a été capable de se rassembler, de présenter dix à quinze propositions structurantes, de définir les termes d’un contrat de législature, il n’y a aucune raison qu’on ne soit pas capable de trouver un candidat. »
L’appel « Construire 2 027 » est à lire sur ladepeche.fr

