Des policiers et ambulanciers après une fusillade dans une école à Kahramanmaras, en Turquie, le 15 avril 2026. IHA/AP/SIPA
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La Turquie, sous le choc de la tuerie perpétrée dans un établissement scolaire par un adolescent adepte de théories misogynes venues des Etats-Unis selon de premiers éléments d’enquête, se prépare à rendre hommage ce jeudi 16 avril aux neuf victimes, dont les obsèques sont célébrées à Kahramanmaras, dans le sud du pays.
Cette attaque, qui a provoqué la mort de huit élèves et une enseignante, était la seconde en une semaine dans le pays : mardi, un adolescent né en 2017 armé d’un fusil à pompe avait déjà fait 16 blessés dans un lycée technique de la province turque de Sanliurfa, au sud-est. Retour sur cette semaine meurtrière en Turquie.
• Neuf morts et 13 blessés dans une fusillade à Kahramanmaras
Mercredi, aux alentours de 12h30 (heure de Paris), un adolescent de 14 ans a ouvert le feu dans un établissement scolaire à Kahramanmaras, au sud de la Turquie, dans deux classes. Cet établissement, une « école intermédiaire » – l’équivalent d’un collège en France – accueille des élèves âgés de 10 à 14 ans environ.
Sur une vidéo prise par une habitante d’un immeuble voisin, authentifiée par l’Agence France Presse (AFP), des élèves sautent d’une fenêtre d’une salle de classe du premier étage tandis que des dizaines d’autres fuient par la cour. Une quinzaine de coups de feu sont audibles au milieu de cris dans la vidéo d’une minute trente.
« Nous déplorons neuf décès […] et treize blessés. Six d’entre eux sont actuellement en soins intensifs, dont trois dans un état critique », a indiqué le ministre turc de l’Intérieur, Mustafa Çiftçi, lors d’une déclaration à la presse depuis la ville de Kahramanmaras. Les huit élèves victimes de l’attaque de mercredi, cinq garçons et trois filles, avaient entre 10 et 11 ans et l’enseignante était âgée de 55 ans, selon une liste d’avis de décès de la municipalité de Kahramanmaras, consultée par l’AFP.
Le gouverneur de la province de Kahramanmaras, Mükerrem Ünlüer, avait fait état plus tôt de quatre morts et vingt blessés. « Un élève est arrivé à l’école avec des armes, vraisemblablement celles de son père, dans son sac à dos. Il est entré dans deux salles de classe et a ouvert le feu au hasard », a détaillé le gouverneur. Le tireur, fils d’un ancien policier et âgé de 14 ans, est décédé. « Il s’est tiré dessus. On ne sait pas encore s’il s’agit d’un suicide ou si cela s’est produit dans le chaos », a déclaré Mükerrem Ünlüer.
Le père de l’adolescent, identifié comme un ancien inspecteur de la police, ainsi que sa mère, ont été interpellés, a rapporté l’agence de presse étatique Anadolu.
« Mon enfant a été témoin de la scène. Il a dit “Papa, mon ami a été blessé”. Il n’a pas vu les autres enfants. Il y avait beaucoup de sang à l’intérieur. Dieu merci, j’ai réussi à sortir mon enfant de là », a affirmé à l’AFP Ömer Erdag, parent d’élève. « Bien sûr que je suis inquiet. Comment vais-je faire pour emmener ici de nouveau ma fille ? », a-t-il ajouté.
« Le gamin qui a tiré est de notre cité. Que Dieu nous vienne en aide. C’est terrible. Est-ce la conséquence des jeux avec des armes ? On ne sait pas », a de son côté déploré Züleyha Bosça, habitante du quartier.
Les établissements scolaires de la province de Kahramanmaras resteront fermés jeudi et vendredi, a indiqué le ministre de l’Intérieur.
• Un adolescent adepte des théories misogynes
La direction générale de la police turque a indiqué que l’auteur de la tuerie scolaire « utilisait sur son profil WhatsApp une image faisant référence à Elliot Rodger, qui avait perpétré un attentat aux Etats-Unis en 2014 ». La référence à Elliot Rodger renvoie à l’auteur de la tuerie d’Isla Vista, en 2014 en Californie. Cet homme avait tué six personnes sur le campus d’une université de Santa Barbara, avant de se suicider. Il avait expliqué dans une vidéo diffusée avant son crime que cette attaque était un « châtiment » pour les femmes qui l’avaient rejeté.
« Les supports numériques saisis lors des perquisitions au domicile de l’auteur et dans le véhicule de son père ont été confisqués et sont en cours d’analyse. […] D’après les premiers éléments recueillis, aucun lien avec le terrorisme n’a été établi, il s’agit vraisemblablement d’un acte isolé », a ajouté la police turque.
Le parquet de Kahramanmaras a quant à lui indiqué jeudi que l’adolescent avait prémédité l’attaque « d’ampleur », d’après un « document du 11 avril 2026 » retrouvé dans son ordinateur. « En examinant le matériel informatique, un document du 11 avril 2026 a été retrouvé dans l’ordinateur du suspect indiquant qu’il avait l’intention de commettre une opération majeure dans un avenir proche », précise un communiqué du bureau local du parquet dans cette province.
• Une première fusillade sans lien en début de semaine
La veille, une première fusillade avait eu lieu dans un lycée technique de la province de Sanliurfa, dans le sud-est de la Turquie. Au total, seize personnes ont été blessées. « Parmi les 16 blessés figurent 4 enseignants, 10 élèves, un policier et un employé de cantine », a déclaré à la presse le gouverneur local, Hasan Sildak, sans préciser la gravité des blessures.
L’assaillant, un ancien élève de l’établissement né en 2007, a retourné l’arme contre lui pour se donner la mort, a ajouté le gouverneur depuis la ville de Siverek où l’attaque a eu lieu aux alentours de 8h30 (heure de Paris)
Des images d’une caméra de surveillance diffusées par des médias turcs montrent le tireur entrer en courant dans l’établissement armé d’un fusil à pompe et faire feu sur un homme face à lui. Sur d’autres images diffusées par les médias locaux, des lycéens fuient en courant leur établissement, devant lequel de nombreux policiers et au moins un blindé ont été déployés ainsi que des ambulances.
• 162 personnes interpellées après les fusillades scolaires
Ce jeudi, 162 personnes ont été arrêtées et plus de 1 000 comptes de réseaux sociaux ont été bloqués en Turquie après ces deux fusillades dans le mileu scolaire, a annoncé le ministre turc de la Justice, Akin Gurlek.
« De nombreux comptes ont été identifiés comme ayant […] diffusé des contenus susceptibles de semer la peur, l’anxiété et la panique au sein de la population, propagé publiquement des informations trompeuses et fait l’apologie du crime et des criminels », a affirmé le ministre sur X précisant que 162 personnes ont été interpellées à travers le pays.
• Des manifestations à Ankara
Plus de 3 500 enseignants turcs ont manifesté ce jeudi à Ankara à l’appel de plusieurs syndicats pour demander la démission du ministre de l’Education, a constaté un journaliste de l’AFP.
« Des taches de sang sur mon métier » ou « Où étiez-vous quand nos enfants étaient en train de mourir ? », ont scandé les protestataires, mobilisés après les deux fusillades.

