Des agents de sécurité surveilles les abords du lieu prévu pour les pourparlers entre les Etats-Unis et l’Iran à Islamabad (Pakistan), le 10 avril 2026. AAMIR QURESHI / AFP
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Sur fond d’incertitudes quant à leur issue, le Pakistan accueille des représentants américains et iraniens pour des pourparlers ce samedi 11 avril. Le vice-président américain J.D. Vance est arrivé à Islamabad pour conduire cette rencontre au sommet avec la délégation iranienne, notamment menée par son chef de la diplomatie Abbas Araghtchi.
Quatre jours après l’accord d’un cessez-le-feu, les négociations s’annoncent âpres. Malgré un Donald Trump « très optimiste » quant à un accord de paix, plusieurs points du plan présenté par l’Iran à Washington pourraient cristalliser les tensions entre les deux belligérants.
Car le fossé entre les parties reste immense. La proposition américaine, qui compterait 15 points, insiste sur l’uranium enrichi iranien, les missiles balistiques, l’allégement des sanctions et la réouverture du détroit d’Ormuz. Le plan iranien en 10 points, lui, exige le contrôle du détroit, avec péage pour les navires le franchissant, la fin des opérations militaires dans l’ensemble de la région et la levée des sanctions.
Le plan iranien en 10 points, qui requiert le retrait des forces américaines de la région et la garantie d’une non-agression des Etats-Unis, prévoit également la « cessation de la guerre sur tous les fronts », y compris au Liban. Une disposition contestée par Israël, qui estime que l’accord « n’inclut pas » le pays du Cèdre et poursuit ses bombardements sur le pays, faisant plus de 300 morts sur la seule journée de mercredi. Des frappes qui rendent les négociations « dénuées de sens », selon le président iranien Massoud Pezeshkian. Téhéran réclame en outre une indemnisation pour l’ensemble « des dommages infligés » au pays.
Dévoilé par l’agence de presse iranienne Tasnim et la chaîne américaine CNN, ce plan a été vivement critiqué par Washington, qui estime qu’il s’éloigne de la « base viable pour négocier » évoquée par le président américain. Sur les dix points qu’il contient, huit placeraient Téhéran dans une position nettement plus favorable qu’avant le début de la guerre, le 28 février. Dont trois dossiers très sensibles.
1. L’avenir du détroit d’Ormuz
Le sort du détroit d’Ormuz constitue un premier point de friction. Ce couloir maritime, par lequel transite en temps normal près d’un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié, figurait parmi les conditions posées par Washington pour un cessez-le-feu. Depuis l’annonce de la trêve, le trafic y reste très limité, similaire à celui des derniers jours.
Dans son plan, l’Iran réclame « le maintien du contrôle » de ce passage stratégique, au mépris du droit international. Jeudi, Téhéran a demandé aux navires d’emprunter deux routes alternatives, plus proches de ses côtes que le trajet habituel, qui longe davantage Oman. Une surveillance qui pourrait s’accompagner d’un mécanisme de péage, évalué selon le « Financial Times » à 1 dollar par baril de pétrole transitant par le détroit, payable en cryptomonnaie.
Après avoir salué mercredi sur la chaîne ABC News une « excellente chose », évoquant même une possible coopération lucrative entre Téhéran et Washington, Donald Trump a subitement fait volte-face jeudi soir. Sur Truth Social, le président américain a mis en garde l’Iran, affirmant qu’il était « impératif [que ces droits de passage] cessent immédiatement ! » Avant d’accuser dans un autre message l’Iran de faire « un très mauvais travail » concernant l’acheminement du pétrole.
2. La question cruciale de l’enrichissement de l’uranium iranien
Autre sujet de crispations : le nucléaire iranien. Le plan revendique « le droit de l’Iran à l’enrichissement d’uranium », technologie qui peut permettre de fabriquer des armes atomiques. Une exigence qui tranche avec la position américaine, qui exige le démantèlement du programme nucléaire iranien, comme dans son propre plan de paix rejeté par l’Iran le 25 mars.
D’autant qu’une incohérence est apparue lors de la diffusion des propositions : si le point sur l’uranium iranien figure bien dans la version perse diffusée par les médias d’Etat iraniens, ce dernier est absent de la version anglaise partagée par l’ONU.
Mercredi, Donald Trump a réaffirmé qu’« il n’y aurait pas d’enrichissement d’uranium », évoquant une coopération entre Washington et Téhéran pour déterrer « toutes les “poussières” nucléaires profondément enfouies ». Le lendemain, le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Mohammad Esclami, a exclu dans un entretien avec l’agence iranienne Isna toute restriction du programme, martelant qu’il ne s’agissait que de « vœux pieux qui seront enterrés ». Deux discours et deux feuilles de routes radicalement différents, donc.
3. La levée de toutes les sanctions contre Téhéran
L’Iran exige enfin la levée de l’ensemble des sanctions « primaires » et « secondaires » le visant. Ces mesures interdisent notamment la vente et le transport de carburant iranien ou le gel des avoirs.
Téhéran réclame aussi l’abrogation de toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, ainsi que de celles du Conseil des gouverneurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), également requises. Ces dernières années, l’agence a régulièrement exhorté l’Iran à respecter ses engagements quant à ses stocks d’uranium enrichi en communiquant des informations à leur sujet.
Mais là encore, les positions divergent : l’Iran considère la levée de sanctions comme préalables à un cessez-le-feu durable, quand la Maison-Blanche l’envisage comme un levier à activer en échange de concessions. Les Etats-Unis semblent toutefois laisser entrevoir une ouverture : Donald Trump s’est dit mercredi prêt à « discuter de la levée des droits de douane et des sanctions avec l’Iran ».

