EXCLUSIF. Fraude aux taxis : deux chauffeurs de Haute-Garonne auraient illégalement gagné plus d’un million d’euros en trois ans grâce à un statut de taxis ambulances obtenu de manière frauduleuse. Leur procès est attendu par la profession.
Un million d’euros de recettes illégales : deux chauffeurs de taxi du sud de la Haute-Garonne auraient indûment perçu cette somme en trois ans, entre 2022 et 2025. La brigade de recherches de la compagnie de Muret a appréhendé les deux gérants, âgés d’une trentaine d’années. Un procès est désormais attendu en septembre 2026 devant le tribunal correctionnel de Toulouse.
“Comment une telle escroquerie est-elle possible aujourd’hui ? On se le demande. Tout est organisé pour éviter des fraudes. Cela montre forcément des défaillances des services compétents pour les contrôler”, estime Stéphane Abeilhou, le porte-parole de l’organisation syndicale des taxis de Haute-Garonne. ” C’est de la concurrence déloyale”, dénonce un autre VTC interrogé.
Des courses plus lucratives
Tout démarre au début de l’année 2022. À cette époque, les deux proches installés dans le sud toulousain ouvrent deux structures de transport. Ils obtiennent tous deux leur permis VTC puis la licence de taxi. Ils se lancent ensuite dans le grand bain. Ils travaillent beaucoup sans se reposer. La justice estime qu’ils ont falsifié des documents pour obtenir la certification de taxi ambulance, un statut privilégié qui permet d’être directement remboursé par la Sécurité sociale pour le transport de malades. “Les tarifs sont beaucoup plus avantageux qu’avec des clients classiques. Une course peut se payer 500 €”, explique un spécialiste. Pendant trois ans, les deux hommes ont multiplié les prestations de manière intensive.
L’État les suspecte aussi de ne pas avoir payé leurs impôts mais ils contestent. Ils auraient payé toutes leurs cotisations “jusqu’au moindre centime” d’après leurs versions des faits.
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Leur activité a connu un coup d’arrêt lorsque les CPAM de plusieurs départements d’Occitanie ont constaté des irrégularités dans leurs dossiers. À la suite de dépôts de plaintes, le parquet de Toulouse a confié l’enquête aux militaires de Muret. À partir de 2025, les gendarmes ont multiplié les écoutes et l’analyse des comptes. Première surprise : les suspects auraient utilisé des faux pour obtenir une certification de taxi ambulance.
Ils accusent un prestataire mais…
Auditionnés une première fois en janvier 2026, les mis en cause crient à l’injustice. Selon eux, ils avaient déposé plainte en 2025 contre un prestataire. Celui-ci, chargé de leur obtenir la certification de taxi ambulance, aurait donné de faux documents. Problème : la faute de ce sous-traitant n’a pas pu être prouvée. Les enquêteurs soupçonnent que les deux suspects aient agi en connaissance de cause. Le duo a été de nouveau placé en garde à vue en mars 2026. À la suite de ces secondes auditions, ils ont été présentés à un juge. Depuis ce déferrement, l’autorité judiciaire a ordonné d’importantes saisies : près de 800 000 € ont été gelés sur leurs comptes bancaires. Les mis en cause promettent que cet argent a été gagné à force de travailler et suite à des accidents dont ils auraient été victimes. Défendus par Me Séverine Bouchaïb, ils espèrent obtenir justice rapidement.
Ces avoirs constitueront l’enjeu central de l’audience prévue pour l’automne 2026. “Nous sommes très remontés. Ils desservent toute la profession. Nous n’écartons pas la possibilité de nous constituer partie civile”, prévient le porte-parole du syndicat.

