Entre Agen, Le Passage et Castelculier, la flambée du carburant liée au conflit en Iran accentue des déséquilibres déjà anciens.
Au Passage-d’Agen, au cabinet de Nathanaël Six, son organisation est simple et contrainte. Une seule tournée, une seule voiture et des kilomètres quotidiens. “On a un cabinet avec une tournée”, explique l’infirmier. Chaque jour, plus de 100 kilomètres. Alors, “quand le prix de l’essence augmente de 30 %, on a des charges qui augmentent de 30 %”. La conséquence est directe. “Ça impacte la rentabilité, le niveau de revenu”.
Dans ce secteur urbain, il relativise pourtant. “Je suis moins impacté que les cabinets qui sont en campagne”. Car il l’a constaté lors de remplacements à la campagne. “Parfois, vous faites beaucoup de kilomètres pour un seul patient”. Avec une rémunération fixe, “une infirmière qui fait beaucoup de distance pour un soin, ça lui coûte beaucoup”. Autrement dit, “ça peut devenir à perte”.
“10-15 kilomètres pour 2,75 euros, ça ne fait pas beaucoup”
À Castelculier, au cabinet de Sophie de Flaujac et Céline Steens, elles décrivent concrètement cette bascule. “Le plein est passé de 80 euros à plus de 100 euros par mois”. Dans le même temps, “notre déplacement n’est pas beaucoup payé”. Résultat, “si on monte l’essence, forcément, on finit par se déplacer à perte”.
Dans ce secteur où les distances restent importantes, les chiffres parlent d’eux-mêmes. “10-15 kilomètres à faire pour 2,75 euros aller-retour, ça ne fait pas beaucoup”. L’infirmière reconnaît ne pas toujours calculer, mais le constat s’impose. Certains trajets sont déjà déficitaires.
Cette réalité commence à influer sur les décisions. “Si demain, on me propose un patient et que je vois que ça me fait faire un trop gros détour, je vais peut-être dire non”. Une évolution difficile. “Nous, on est là pour les gens”, mais “ça compte dans la balance”.
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“Notre indemnité passe en intégralité en carburant”
À Agen, le cabinet de Marie-Noëlle Aleman, Isabelle Massus et Aurore Lagarde relaie les retours de plusieurs infirmières du département. Les calculs sont précis. Pour une patiente située à 10 kilomètres, “ça me coûte 3 euros de me déplacer et l’indemnité est de 2,75 euros”. Conclusion immédiate, “elle va travailler à perte”.
Les témoignages se multiplient. “Notre indemnité passe en intégralité en carburant”. Une autre évoque “160 à 180 kilomètres par jour… je ne sais pas comment je vais pouvoir continuer”. Toutes pointent la même limite. “2,75 euros pour le trajet, ce n’est pas suffisant”.
Face à cette situation, les ajustements sont déjà en cours. À Agen, certaines activités sont abandonnées. “Les prises de sang, c’est fini”. Trop de déplacements, pas assez rémunérés. “Ce n’est pas avec ça qu’on peut vivre”.
Mais cela ne suffit pas toujours. Certaines décisions deviennent plus radicales. “Refusant les nouveaux patients trop éloignés”. Derrière l’effet immédiat de la hausse des carburants, un problème plus ancien ressurgit. “Le problème aigu du prix du carburant met en exergue le problème chronique d’une indemnité trop faible”. Et l’écart avec d’autres professions alimente l’incompréhension. “Les kinés touchent 4 euros, les médecins 10 euros”.
Dans ce contexte, l’absence de réponse renforce le malaise. “Rien n’a été décidé, rien n’est mis en place pour nous”. Alors les tournées continuent, mais sous contrainte. Avec cette réalité désormais assumée sur le terrain. “On finit par se déplacer à perte”.

