La flambée du prix du carburant fragilise les auto-écoles rurales. À Villeneuve-sur-Lot, les charges ont triplé en dix ans : entre recrutement nécessaire et tarifs sous pression, la profession cherche un équilibre incertain.
Avec un litre de carburant flirtant désormais avec les 2,30 euros, c’est toute une économie du quotidien qui vacille. Au-delà du pouvoir d’achat des ménages, lourdement impacté, les professionnels de la route sont en première ligne. Chauffeurs routiers, taxis, artisans… et en amont de tous, ceux qui forment les conducteurs de demain : les auto-écoles. Installée dans le Villeneuvois depuis plus de dix ans, Sophie, gérante des auto-écoles La Villeneuvoise et de l’auto-école du Lycée, à Villeneuve-sur-Lot et Laroque-Timbaut, a accepté de nous ouvrir les portes de son établissement et de partager ses inquiétudes face à une situation devenue, selon elle, “difficilement tenable”.

“J’ai repris La Villeneuvoise il y a une dizaine d’années. À l’époque, nous étions trois. Depuis, nous avons ouvert un bureau à Laroque-Timbaut, puis racheté l’auto-école du Lycée. Aujourd’hui, nous sommes six enseignants et nous formons près de 400 élèves chaque année. Malgré cela, nous sommes déjà en tension et j’envisage de recruter deux moniteurs supplémentaires pour faire face à la demande”, explique-t-elle.
À lire aussi :
La vente de gazole moins résistant au froid autorisée : pourquoi ce carburant n’est pas sans risques pour votre moteur
Enchaînement de crises
Mais derrière cette dynamique apparente, les nuages s’accumulent. “Notre profession a enchaîné les crises : le mouvement des gilets jaunes, avec en toile de fond la hausse des carburants, puis la pandémie de Covid-19 qui a fortement ralenti notre activité. Plus récemment, certaines évolutions autour du CPF ont également freiné l’accès au permis pour de nombreux candidats. Et aujourd’hui, nous faisons face à une nouvelle flambée des prix du carburant.”
Pour une auto-école, la facture est particulièrement lourde. “Le carburant représente notre principal poste de dépenses. Nos huit véhicules roulent entre 150 et 200 kilomètres par jour. En dix ans, nos charges ont été multipliées par trois. À ce rythme, la situation devient vraiment préoccupante”, alerte la gérante, qui évoque “un véritable ras-le-bol” dans la profession.
“Le permis de conduire est indispensable en zone rurale comme la nôtre”
La question d’une hausse des tarifs se pose inévitablement, mais Sophie se montre prudente. “Pour le moment, je refuse de répercuter cette hausse sur nos élèves. Le permis de conduire est indispensable en zone rurale comme la nôtre. C’est déjà un investissement important pour les familles. Il faut aussi penser aux parents qui financent. Nous attendons de voir si des mesures seront prises au niveau national, même si, honnêtement, nous restons assez sceptiques.”
Du côté des élèves, la réaction reste pour l’instant mesurée. “Étonnamment, cela ne semble pas les inquiéter outre mesure. Mais ils seront bientôt confrontés à la réalité, lorsqu’ils devront eux-mêmes faire le plein. Ils comprendront vite l’impact sur leur budget”, observe-t-elle. Cette hausse généralisée des coûts touche l’ensemble de la société, sans distinction. Reste une inconnue majeure : sa durée. “Personne ne sait combien de temps cela va durer. Mais j’essaie de rester optimiste et je veux croire que la situation finira par se stabiliser rapidement”, conclut Sophie.
Dans l’attente, professionnels comme particuliers s’adaptent, tant bien que mal, à cette nouvelle donne. Souhaitons, en effet, que l’accalmie arrive au plus vite.

