March 25, 2026

ENTRETIEN. Trump, guerres, IA : l'économie mondiale est-elle au bord du précipice ? "Les crises surgissent souvent là où ne les attend pas".

l’essentiel
Entre la guerre en Iran et un contexte internationale très tendue, les dettes publiques record et la bulle technologique, les signaux d’alerte se multiplient sur le front de l’économie mondiale.

L’ancien secrétaire au Trésor américain qui avait prédit la crise financière de 2008, Richard Bookstaber, a récemment évoqué que ce qui se profile devant nous est “peut-être pire” qu’à l’époque. Est-ce qu’on est en train de revivre le calme avant la tempête, ou le système est-il plus solide qu’il y a vingt ans ?

Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet d’études Bersingéco : Si une crise devait survenir aujourd’hui, elle n’aurait pas les mêmes ressorts qu’en 2007-2008 car, à l’époque, tout était très lié au marché immobilier, à l’excès de crédits accordés et au retournement de ce marché. 

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L'économiste Sylvain Bersinger.
L’économiste Sylvain Bersinger.
Cabinet Bersingéco – –

Selon vous, quel est le plus grand danger qui guette l’économie mondiale ?

La guerre en Iran, avec la hausse du prix du pétrole, est une menace réelle, surtout si la situation devait s’envenimer ou durer. Mais ce qu’il faut comprendre avec les crises financières, c’est qu’elles surgissent souvent là où on ne les attend pas. Après coup, on découvre des vulnérabilités qu’on n’avait pas vues. Il y a aussi des comportements moutonniers, autoréalisateurs, difficiles à anticiper. Un autre risque, c’est la très forte valorisation de nombreux actifs : les actions américaines de la tech, les cryptomonnaies, l’or…

L’essor de l’intelligence artificielle est-il un facteur d’instabilité ? Peut-on faire un parallèle avec l’éclatement de la bulle internet du début des années 2000 ?

Le parallèle n’est pas absurde. Les valorisations des entreprises de l’IA sont gigantesques, et on ne comprend pas toujours comment elles vont générer des profits à la hauteur de ces valorisations. Une valorisation, c’est une anticipation de profits futurs. Si ces profits ne sont pas au rendez-vous, elles peuvent s’effondrer brutalement.

Dans une tribune publiée dans le New York Times, Richard Bookstaber, ancien responsable au Trésor américain, estime non seulement que «des signes de tension systémique commencent à apparaître», mais…
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— Le Figaro Économie (@Figaro_Economie) March 21, 2026

Un autre risque important concerne le niveau élevé d’endettement public, en France, au Royaume-Uni, au Japon, aux États-Unis… Les tensions actuelles, notamment liées à la guerre en Iran, provoquent une hausse des taux souverains, signe d’une défiance vis-à-vis des dettes publiques. Une crise sur ces dettes serait extrêmement grave. C’est un point à surveiller.

Avec la guerre en Iran, le prix de l’énergie est devenu élevé. L’économie mondiale peut-elle tenir longtemps avec un pétrole aussi cher ?

Le prix de l’énergie a augmenté, mais il n’est pas si élevé en réalité. En 2008, le baril avait atteint 148 dollars, ce qui, ajusté à l’inflation, équivaut à environ 210 dollars aujourd’hui. À 110 dollars, c’est cher, mais pas inédit. Nous avons déjà connu de tels niveaux. Si les prix restent stables, cela ne devrait pas déclencher une crise mondiale. La vraie question, c’est la durée et l’intensité de cette hausse.

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Quel rôle peut jouer Donald Trump, avec ses politiques protectionnistes, les guerres commerciales qu’il mène ? Peut-il à lui tout seul être un déclencheur ?

La guerre commerciale, qui a commencé il y a environ un an, n’est clairement pas une bonne nouvelle. Elle ajoute de l’incertitude et de l’imprévisibilité. Cependant, son impact est surtout symbolique : les flux commerciaux ont peu changé. Mais le symbole est fort, car les États-Unis, garants historiques de la mondialisation, la remettent en cause. 

“Une récession mondiale n’est pas le scénario le plus probable”

En 2008, les États avaient sauvé les banques. Aujourd’hui, avec des dettes publiques déjà très lourdes, auraient-ils encore les moyens de protéger les citoyens en cas d’effondrement ?

Les États interviendraient encore, probablement via les banques centrales, qui disposent de marges de manœuvre plus importantes. Le coût d’une crise bancaire serait tel qu’il serait plus dangereux de ne rien faire. Les États et les banques centrales agiraient donc pour éviter un effondrement généralisé.

Concrètement, dans le quotidien des gens, au-delà des prix à la pompe qui cristallisent l’attention du moment, quelles menaces pourraient se manifester si les risques évoqués se concrétisaient ?

Certes, le choc énergétique est là, mais tout dépend de son intensité et de sa durée pour évaluer les dégâts. Pour le reste, ce sont des risques potentiels, pas des certitudes. Nous ne sommes pas en crise économique : il y a encore de la croissance, même faible. Une récession mondiale n’est pas, à ce stade, le scénario le plus probable.

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 Si une bulle financière éclatait, notamment dans la tech, cela toucherait les entreprises exportatrices et le secteur technologique français, avec moins d’investissements et plus de chômage. Enfin, une crise des finances publiques impliquerait des coupes budgétaires et des hausses d’impôts, ce qui pèserait sur le pouvoir d’achat et les services publics.


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