Un automobiliste et un motard font le plein dans une station essence à Nice, le 13 mars 2026. SYSPEO/SIPA
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Dans certaines stations, les carburants atteignent désormais 2,20 euros à la pompe en raison de la guerre menée par les Etats-Unis et Israël en Iran. Alors que nos voisins italiens et espagnols ont annoncé une réduction de la fiscalité, le gouvernement français a concédé de timides mesures de soutien à la trésorerie des secteurs des transports, de la pêche et de l’agriculture lundi 23 mars. Mais sans pour autant mettre en place une aide directe à la pompe.
• Augmentation de la production
Dans un premier temps, le gouvernement mise sur l’augmentation de la production via les raffineurs situés dans l’Hexagone. L’exécutif a demandé aux raffineurs d’évaluer, « dans les meilleurs délais », la capacité de leurs sites en France « à augmenter rapidement et temporairement la production en produits raffinés », dans un courrier consulté par l’Agence France presse (AFP).
Le gouvernement a notamment « demandé et permis à la raffinerie de Gravenchon d’augmenter rapidement ses capacités », a indiqué sur X le Premier ministre, Sébastien Lecornu, en référence au site situé près du Havre, acheté récemment par l’énergéticien canadien North Atlantic.
Il souligne que « la crise au Moyen-Orient et les tensions autour du détroit d’Ormuz font monter les prix de l’énergie partout dans le monde », affectant « des secteurs essentiels », tels que la pêche, le transport ou encore l’agriculture, grands consommateurs de carburants.
« Avec l’outil technique que l’on a actuellement, […] on peut aller au maximum jusqu’à 10 % d’augmentation de la capacité », a indiqué North Atlantic à l’AFP.
Cette augmentation pourrait aller « jusqu’à 12 000 tonnes » de kérosène supplémentaires par mois et « jusqu’à 15 000 tonnes » de gazole supplémentaires par mois, « si toutes les conditions sont réunies », précise North Atlantic, à propos de ces ressources pour lesquelles la France est la plus dépendante des importations.
Du côté de TotalEnergies, principal raffineur sur le sol français, cette demande n’entraînera « pas une augmentation de production », leur appareil de production étant « déjà au maximum » de sa capacité, a indiqué un expert du secteur à l’AFP.
Les marges de manœuvre des pétroliers établis en France semblent toutefois très limitées. Le pays importe notamment 50 % du gazole qu’il consomme. Une consommation qui s’est élevée en 2025 à 27 millions de tonnes, selon les derniers chiffres de l’Union française des Industries pétrolières (Ufip).
• Pas de baisses des taxes sur le carburant
L’exécutif, astreint par ailleurs par la discipline budgétaire, n’envisage pas à ce stade de baisser les taxes sur les carburants contrairement à ses voisins européens. En Italie, le gouvernement de Giorgia Meloni a adopté un décret visant à réduire « pour tous » les prix du carburant à la pompe de 25 centimes environ jusqu’à mi-avril. En Espagne, la remise permise par des mesures fiscales atteint 20 centimes par litre d’essence ou de diesel.
Rien de tout cela en France pour le moment. « Le réflexe de certains, c’est systématiquement de parler de baisse de taxes et ensuite, on vous reproche d’avoir été trop généreux. Il faut effectivement trouver le bon chemin dans ce contexte », a justifié ce mardi matin la députée Renaissance Elisabeth Borne sur TF1.
• Des mesures d’aides à la trésorerie pour certains secteurs
Pour les professionnels de trois secteurs touchés de plein fouet par la flambée des prix des carburants consécutive à la guerre – la pêche, les transports et l’agriculture –, le gouvernement a annoncé quelques timides aides.
Les ministères de la Mer et de la Pêche, celui des Transports ainsi que celui de l’Agriculture ont ainsi détaillé, dans des communiqués distincts, des mesures similaires : report de cotisations sociales et « étalement des échéances fiscales » pour les entreprises qui le demandent, ainsi que des prêts par Bpifrance, la banque publique d’investissement.
Côté pêcheurs, l’Association nationale des Organisations de Producteurs (Anop) et l’Union des Armateurs à la Pêche de France (UAPF) ont immédiatement dénoncé « des mesurettes » et réclamé des actes « à la hauteur de la situation », dans un communiqué commun. « Malgré des engagements répétés, aucune mesure concrète n’est mise sur la table. Dans ces conditions, partir en mer revient à travailler à perte : nos navires vont s’arrêter », s’est alarmé de son côté le Comité national des Pêches maritimes et des Elevages marins (CNPMEM).
La Fédération nationale des Transports routiers (FNTR) demandait par ailleurs à l’Etat qu’il publie un indice de référence du gazole tous les quinze jours au lieu de tous les mois, afin de refléter plus vite l’évolution des prix des carburants dans les factures. Un changement qui sera adopté « temporairement », a annoncé lundi le gouvernement, invitant par ailleurs les chargeurs « à réduire leurs délais de paiement pour soutenir davantage les transporteurs ».
Le ministère de l’Agriculture a en outre indiqué rechercher « un accord de place avec les banques et les distributeurs, notamment pour étudier le soutien aux productions agricoles et appeler à la souplesse et à la flexibilité » dans le traitement des dossiers d’entreprises en difficulté.

