March 19, 2026

RÉCIT. Meurtre de Justine Vayrac : un sourire "troublant", un "un côté ombrageux et taiseux"… la personnalité inquiétante de Lucas Larivée face aux enquêteurs

l’essentiel
Le procès pour le meurtre de Justine Vayrac dévoile la personnalité troublante de l’accusé. Entre mensonges, froideur et aveux tardifs, les enquêteurs dressent le portrait d’un jeune homme au comportement déroutant.

Qui est Lucas Larivée ? Depuis le début du procès du jeune homme de 24 ans, accusé d’avoir violé puis tué la Lotoise Justine Vayrac dans la nuit du 22 au 23 octobre 2022, voilà une question qui revient sans cesse. À l’audience, vêtu d’un pull-over rouge et d’une veste de bûcheron, il s’exprime calmement. Il ponctue toutes ces phrases d’un “Madame” ou “Monsieur”. Pour ses proches, il est jovial et souriant. Gentil pour son ex-compagne, jusqu’à la rupture où il montre un visage bien plus violent. Tant verbalement que physiquement. Froid, détaché, avec une “propension au mensonge” pour les experts. L’un d’eux va même jusqu’à le décrire avec une “personnalité psychopathe”.

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En ce troisième jour du procès à la cour d’assises de Tulle (Corrèze), c’est un nouveau visage sombre de l’accusé, jeune ouvrier agricole, incarcéré depuis plus de trois ans, qui a été dépeint à l’audience. Par les enquêteurs eux-mêmes.

“C’est lui”, l’instinct d’une mère

Ce dimanche 23 octobre au matin, Marina Setan, maman de Justine, signale que sa fille n’est pas rentrée après une sortie en boîte de nuit à Brive-La-Gaillarde. “Elle nous affirme qu’elles sont très proches toutes les deux, que Justine a un petit garçon de deux ans et qu’elle n’a aucune raison de disparaître”, affirme Karen A., fonctionnaire de police. La police se lance, alors, immédiatement à la recherche de Justine Vayrac. Lors de cette description, les parents de la jeune Lotoise ne peuvent cacher leurs émotions face à ces souvenirs douloureux.

Très vite, l’emploi du temps de la jeune mère de famille rejoint celui de Lucas Larivée. Ce dernier, déjà une première fois contacté, est appelé pour une deuxième audition. Il se rend au commissariat briviste, accompagné de sa mère Laëtitia Larivée. Cette dernière est en larmes. Selon la policière, lui semble détaché. Il affirme que sa mère s’inquiète car il a déjà été mis en cause dans une affaire d’incendie. À ce moment-là, Marina arrive également au commissariat de Brive pour donner de nouvelles informations. “La mère de Justine croise Lucas, et elle se dit : c’est lui”, affirme Maître Guillot. L’instinct d’une mère.

“Il lui a fait du mal, j’en suis intimement convaincue”

À ce stade, Lucas en est à sa quatrième version face à l’enquêtrice. “Je lui demande donc ce qu’il faisait vraiment à ce moment-là. Il y a un moment troublant : Lucas me regarde en souriant sans répondre”. Dans le box, l’accusé secoue négativement la tête. Émilie Abrantes, qui était procureure à l’époque et de permanence au moment des faits, questionne Karen A. : “Que m’avez-vous dit dès la fin de la deuxième audition ?” La fonctionnaire répond, visiblement marquée par cette affaire : “Il lui a fait du mal, madame, il lui a fait du mal. J’en suis intimement convaincue”. L’avocate générale montre ses frissons à la cour. Un sentiment partagé dans la salle.

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Karen A. explique que plusieurs éléments lui font avoir cette intime conviction, dès le “24 octobre 2022 à 17h25”. Elle précise : “On a ce SMS troublant : “J’ai autre chose à faire que de m’occuper de ta pote bourrée”, envoyé à Théo, ami de Justine. Alors que quelques heures plus tôt, l’accusé insiste pour rester avec elle car elle a visiblement trop bu. Puis, il y a mère de Lucas Larivée qui, spontanément, s’interroge sur l’implication de son fils dans la disparition de la jeune fille. Et au milieu de tout cela, on a son attitude à lui : il est détaché, froid. Et ce sourire qu’il affiche. Il y a un décalage entre la réalité qui est en train de se passer et lui : ça ne semble pas être son problème”.

Une heure et 53 minutes pour “accomplir son funeste ouvrage”

Plus tard, deux autres enquêteurs viennent tisser la suite de l’enquête et une personnalité “peu flatteuse”. “C’est vers la fin de la garde à vue, en fin de nuit, qu’il craquera et passera aux aveux”, assure le directeur de l’enquête. Le commissaire ajoute : “Il envoie un message cynique sur le compte Instagram de Justine : “T’es où, tout le monde te cherche ?” On a un côté pile et un côté face du jeune homme. De l’un, il est travailleur, de bon service. Côté face, il est intolérant à la frustration, avec un côté ombrageux et taiseux. Mais aussi calaméon, il s’adapte aux preuves, et c’est très surprenant pour son âge. Au moment où on se parle, nous n’avons toujours pas de mobile”. Selon le policier, très ému à la barre, Lucas Larivée dispose d’1h53 pour “accomplir son funeste ouvrage”.

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Les positions de Lucas Larivée et les différentes expertises confrontent deux histoires : une relation sexuelle qui tourne mal ou une strangulation avec une ficelle bleue. Les proches de Justine Vayrac, eux, espèrent obtenir la vérité d’ici la fin du procès.

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