Une vue satellite de l’île de Kharg. AFP PHOTO / ESA
Soigneusement évitée par Israël et les Etats-Unis depuis le début de la guerre, l’île de Kharg, qui habite un site pétrolier iranien clé dans le Golfe persique, près de 500 kilomètres au nord du détroit d’Ormuz, a été la cible vendredi 13 mars de frappes américaines. On fait le point.
• Des frappes américaines vendredi
Depuis plusieurs jours, les frappes iraniennes paralysent le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz – par lequel transite normalement un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux – et affectent les infrastructures pétrolières d’autres Etats du Golfe.
L’île de Kharg, elle, se trouve près de 500 kilomètres au nord du détroit, dans le Golfe persique. Elle a finalement été vendredi la cible de frappes américaines, suffisamment fortes pour que le président Donald Trump annonce par la suite qu’elles avaient « complètement détruit » des cibles militaires sur Kharg. Toutefois, a-t-il ajouté sur son réseau Truth Social : « J’ai choisi de ne pas détruire les infrastructures pétrolières de l’île. » Tout en menaçant de le faire « si l’Iran, ou quiconque d’autre venait à faire quoi que ce soit pour entraver le passage libre et sûr des navires dans le détroit d’Ormuz ».
A ce jour, aucune infrastructure pétrolière de l’île n’aurait été endommagée, selon l’agence de presse iranienne Fars, qui a recensé 15 frappes ayant visé « les défenses de l’armée, la base navale Joshan, la tour de contrôle de l’aéroport et le hangar à hélicoptères de la Continental Shelf Oil Company ».
Dans une interview sur la chaîne américaine MSNow, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a souligné que les attaques américaines contre l’île de Kharg ont été menées à l’aide de roquettes à courte portée lancées depuis deux lieux situés aux Emirats arabes unis, dont l’un près de Dubaï. « Ils utilisent le territoire de nos voisins pour nous attaquer avec ce type de roquettes, ce qui est tout à fait inacceptable », a-t-il dit en soulignant qu’il était « très dangereux » de tirer de telles roquettes depuis des zones densément peuplées.
• Le plus grand terminal d’exportation de pétrole brut de l’Iran
Kharg est située dans le nord du Golfe, à environ 30 kilomètres des côtes. Cette bande de terre broussailleuse, qui fait environ un tiers de la taille de Manhattan, abrite le plus grand terminal d’exportation de pétrole brut de l’Iran, assurant environ 90 % de ses exportations de brut, selon une récente note de la banque américaine JP Morgan.
Si Kharg a connu un fort développement pendant l’essor pétrolier de l’Iran dans les années 1960 et 1970, c’est parce qu’une grande partie du littoral était trop peu profonde pour accueillir des superpétroliers, contrairement à celui de l’île.
L’Iran a depuis cherché à diversifier ses capacités d’exportation en ouvrant le terminal de Jask (sud) dans le golfe d’Oman en 2021, à l’extérieur du goulet d’étranglement du détroit d’Ormuz. Mais Kharg reste « une pierre angulaire de l’économie iranienne et une importante source de revenus pour les Gardiens de la révolution », souligne JP Morgan, en faisant référence à l’armée idéologique de la République islamique.
Le « New York Times » explique que des oléoducs reliés à des gisements de pétrole et de gaz débouchent à Kharg, où se trouvent également des installations de stockage. Le quotidien américain précise que l’île compte trois sites pétroliers principaux, dont le plus important du pays. L’île peut stocker jusqu’à 30 millions de barils, et 18 millions s’y trouvent actuellement selon Franceinfo, qui cite le cabinet d’analyse des flux de matières premières Kpler, lequel précise que la Chine en est l’importateur majoritaire.
• De graves conséquences économiques en cas d’attaque d’ampleur
Ces derniers jours, des médias américains dont le « Washington Post » ont fait état d’intenses spéculations selon lesquelles des forces terrestres américaines pourraient être en cours de préparation en vue d’un déploiement, en particulier sur Kharg. Mais toute opération visant ce territoire aurait des répercussions immédiates, mettent en garde des experts.
Une note de la société de conseil Vortexa repérée par « Libération » évoque en cas de frappes massives sur l’île, des conséquences « sans précédent depuis la guerre du Golfe ». « Une attaque directe contre les infrastructures de chargement de l’île de Kharg, combinée à un conflit prolongé empêchant les opérations de réparation, réduirait l’offre mondiale de 1,5 à 2 millions de barils par jour durant 3 à 6 mois, voire plus », y est-il détaillé. « Libération » précise que l’Iran assure 4,5 % de l’offre mondiale de pétrole. Or « une frappe directe stopperait immédiatement la majeure partie des exportations de pétrole brut iranien », explique par ailleurs JP Morgan dans sa note.
L’éventualité d’une prise de contrôle de l’île par les Etats-Unis est discutée à Washington depuis la crise des otages de 1979, année de la fondation de la République islamique. Selon l’expert Farzin Nadimi, Washington pourrait chercher à s’emparer de Kharg lorsque les hostilités prendraient fin. Mais il serait « très difficile » de mener une opération militaire sur cette île entièrement recouverte d’infrastructures pétrolières, d’oléoducs et de réservoirs, selon lui.
• L’Iran promet une riposte « œil pour œil »
L’Iran – quatrième producteur de brut au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) – a prévenu après les frappes américaines que toute attaque contre ses infrastructures ferait l’objet d’une riposte « œil pour œil ». « L’Iran répondra à toute attaque contre ses installations énergétiques », a mis en garde le chef de sa diplomatie, Abbas Araghchi. « Si des installations iraniennes étaient visées, nos forces cibleront les installations des entreprises américaines dans la région ou des entreprises dans lesquelles les États-Unis détiennent des parts », a-t-il ajouté alors que la guerre est entrée samedi dans sa troisième semaine.

