Une station essence Esso dans Paris, où tous les carburants dépassent les 2 euros au litre, le 7 mars 2026. ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
Une première depuis 2022. Ce lundi 9 mars, le prix du baril de pétrole s’est envolé à plus de 115 dollars. Une conséquence de la guerre au Moyen-Orient, qui a entraîné le blocage du détroit d’Ormuz et impacte directement les Français.
En à peine une semaine, les prix à la pompe ont augmenté de 5 à 20 centimes selon le type d’essence, d’après le ministre de l’Economie Roland Lescure, dépassant parfois les 2 euros selon les stations-service.
Une situation qui pousse le gouvernement à s’adapter et à agir pour soutenir le portefeuille des Français, même s’il n’est pour l’heure pas question d’aides ciblées.
• Le recours à la « réserve stratégique » envisagé
Parmi les mesures à l’étude, celle du recours à la réserve stratégique. « Une option envisagée » par Emmanuel Macron, alors que le blocage du détroit d’Ormuz, qui voit passer 20 % du trafic mondial de pétrole et de gaz, menace les approvisionnements occidentaux en pétrole.
Sous présidence française, une réunion entre les ministres des Finances du G7 s’est tenue ce lundi. Rencontre où a été mise sur la table l’option des réserves stratégiques, un stock de pétrole représentant au moins 90 jours d’importations imposé par l’Agence internationale de l’Energie (AIE). Un procédé qui permet aux Etats de disposer d’une marge de manœuvre en cas de crise en puisant dans ces réserves.
Selon Bercy, la France détient actuellement 15 à 17 millions de tonnes d’hydrocarbures, soit environ 120 jours. Le gouvernement a par ailleurs assuré qu’il n’y avait « pas de risque de pénurie », par l’intermédiaire de sa porte-parole Maud Bregeon invitée sur RTL, alors que 99 % de la consommation nationale est issue d’importations.
• Pas d’aides ciblées pour le moment
En revanche, le gouvernement écarte pour le moment la mise en place d’aides ciblées. « Notre objectif, c’est de contribuer à contenir le conflit dans la région », a assuré Maud Bregeon sur RTL, rappelant que le gouvernement étudiait « tous les scénarios ».
Elle a par ailleurs assuré que la situation n’était pas semblable à celle de 2022 lors du début de la guerre en Ukraine, et qu’en « aucune façon », il était question d’acheter à nouveau du gaz aux Russes. Ce lundi, parallèlement à celui du pétrole, le prix du gaz européen a augmenté d’environ 30 %, en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz et de frappes sur des infrastructures énergétiques.
• « 500 contrôles » dans les stations-service
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé dimanche sur X un « plan exceptionnel de 500 contrôles » dans les stations-service contre les hausses des prix à la pompe.
Il dénonce des augmentations « abusives » à la pompe, alors que le SP95-E10, l’essence la plus consommée par les Français, avait augmenté de 10 centimes par rapport à la semaine précédente et le début de la crise au Moyen-Orient.
Ces contrôles seront effectués entre ce lundi et mercredi par la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF). « C’est l’équivalent d’un semestre complet du plan de contrôle habituel qui sera réalisé sur seulement trois jours », a-t-il ajouté.
• Une réunion vendredi avec les distributeurs
Sur RTL, la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Energie Maud Bregeon a annoncé que le ministre de l’Economie Roland Lescure allait recevoir d’ici la fin de semaine les distributeurs, pour faire « un état des lieux avec eux en fonction des trois jours à venir ». Une rencontre qui fait suite à un premier rendez-vous la semaine dernière entre les distributeurs et le ministre.
Une réunion qui survient alors que le cours du baril de pétrole dépasse 115 dollars en raison de la situation au Moyen-Orient, une première depuis 2022. Un conflit qui impacte les automobilistes : en à peine quelques jours, les prix à la pompe se sont envolés, dépassant parfois les 2 euros au litre.
« Notre responsabilité, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait pas d’abus d’abord vis-à-vis des distributeurs et plus globalement de l’ensemble de la chaîne de valeur », a indiqué Maud Bregeon. La porte-parole a appelé à faire preuve de mesure concernant les distributeurs et de « ne pas les mettre tous dans le même panier » : « Il y a d’une part des prix qui ont été rehaussés trop tôt et d’autre part probablement […] des abus. »
D’éventuelles sanctions n’ont pour l’instant pas été évoquées à l’encontre de certains distributeurs. Mais Maud Bregeon a affirmé que « toutes les options sont sur la table » pour l’ensemble de la filière.
• Que pense l’opposition ?
Le gouvernement n’est pas le seul à se soucier de cette flambée des prix. Dès les premières hausses dans les stations-service, l’opposition s’est affairée à suggérer des pistes pour éviter les répercussions sur le portefeuille des Français.
Mercredi, Marine Le Pen a proposé une baisse des taxes sur les carburants pour compenser les hausses. Depuis plusieurs années, le Rassemblement national (RN) fait la promotion d’une baisse de la TVA de 20 % à 5,5 % pour l’ensemble des produits énergétiques. Le parti appelle également à baisser l’accise sur les produits pétroliers, la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques), autre taxe sur les carburants. Une proposition balayée par la porte-parole du gouvernement, estimant ces baisses « inconcevables » et affirmant qu’elles coûteraient 17 milliards d’euros à l’Etat.
Le député La France insoumise (LFI) et président de la commission des Finances à l’Assemblée nationale Eric Coquerel, invité de Franceinfo vendredi, a appelé le gouvernement à « réfléchir à un blocage des prix ». « Il ne peut pas y avoir de solution sans blocage des prix », a-t-il ajouté avant de suggérer un financement par la TICPE « si la situation perdure ». Les insoumis ont également déposé vendredi une proposition de loi pour geler temporairement les prix de l’énergie lors de « circonstances exceptionnelles résultant d’une crise internationale majeure », face au blocage du détroit et à l’embrasement du conflit.

