Le président des Etats-Unis Donald Trump face au Premier ministre espagnol Pédro Sanchez JIM WATSON, SANTIAGO MAZZAROVICH / AFP
« Non à la guerre ». L’Espagne fait bloc contre l’offensive israélo-américaine en Iran, quitte à s’attirer les foudres du président étasunien Donald Trump. Là où la France, l’Allemagne ou encore le Royaume-Uni, peu critiques de l’interventionnisme américain, ont évoqué la possibilité « d’actions défensives nécessaires », s’alignant davantage sur leur allié transatlantique.
L’opposition du Premier ministre socialiste Pedro Sanchez n’a pas tardé à faire réagir Donald Trump qui a menacé de rompre les relations commerciales avec le plus grand pays de la péninsule ibérique. Si sur le plan diplomatique et sécuritaire les Européens prennent leur distance avec l’Espagne, ils lui apportent néanmoins leur soutien sur le terrain commercial, au nom de la défense des intérêts de l’Union européenne. Le Nouvel Obs » revient sur la voie diplomatique dissidente de l’Espagne au sujet de la guerre au Moyen-Orient, qui contraste avec l’alignement européen.
• L’Espagne rejette l’intervention américaine « injustifiée »
Dès ce week-end, aux prémices de l’attaque coordonnée des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a fermement condamné l’opération militaire. Quand ses alliés européens, encore timides, adoptaient une posture attentiste, lui écrivait samedi 28 février sur X : « Nous rejetons l’action militaire unilatérale des États-Unis et d’Israël, qui représente une escalade et contribue à rendre l’ordre international plus incertain et hostile », précisant aussi rejeter la politique du régime iranien et des Gardiens de la révolution. Par la suite, le Premier ministre a qualifié les frappes « d’interventions militaires injustifiées et dangereuses, en dehors du droit international ».
Une position que l’Espagne a continué de maintenir. « Elle est claire et cohérente, a rappelé Pedro Sanchez lors d’une allocution ce mercredi. La même que celle que nous avons maintenue en Ukraine et à Gaza ». Il est allé jusqu’à revendiquer en lettre capitale sur son compte X : « Non à la guerre ».
Une posture qui s’accompagne d’actes puisque le gouvernement espagnol a affirmé ce lundi avoir refusé aux Etats-Unis d’utiliser ses bases militaires de Rota et de Morôn, situées en Andalousie (sud), dont l’utilisation par les Etats-Unis est prévue sous certaines conditions en vertu d’un accord signé entre Washington et Madrid en 1953 sous Franco. « Le gouvernement espagnol n’autorisera pas l’utilisation des bases pour quoi que ce soit qui dépasse l’accord ou qui soit incompatible avec les Nations unies », a prévenu le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares.
• Des Etats européens prêts à « des actions défensives »
Si Pedro Sánchez estime que sa position est partagée par « de nombreux autres gouvernements » et « des millions de citoyens et de citoyennes » à travers le monde, les Etats européens n’affichent pas tellement cette ligne diplomatique.
En effet, le président français, Emmanuel Macron, le chancelier allemand, Friedrich Merz, et le premier ministre britannique, Keir Starmer, ont fait savoir, dans un communiqué ce dimanche, leur « consternation vis-à-vis des attaques de missiles discriminées et disproportionnées lancées par l’Iran ».
Avant d’ajouter qu’ils étaient prêts à des « actions défensives nécessaires et proportionnées » face aux ripostes iraniennes afin de « détruire à la source » les capacités militaires de Téhéran, pour « défendre [leurs] intérêts et ceux de [leurs] alliés dans la région ». Et ce en « [travaillant] ensemble » avec les Etats-Unis.
D’abord hésitant, le Royaume-Uni a finalement décidé de laisser les Etats-Unis utiliser ses bases militaires, notamment celle de Diego Garcia dans l’océan indien, pour des manœuvres dites « défensives ». Et le chancelier allemand Friedrich Merz a affirmé, ce mardi après avoir rencontré Donald Trump, être « sur la même longueur d’onde pour ce qui est de renverser ce terrible régime à Téhéran ». Dimanche, Friedrich Merz avait déclaré que l’Allemagne ne donnerait pas de « leçons » sur la légalité de cette opération, invoquant le refus de Téhéran de renoncer à ses programmes nucléaire et balistique.
• Trump menace de « cesser tout commerce avec l’Espagne »
Les positions réfractrices aux actions militaires américaines ne plaisent pas à Donald Trump. Ce dernier avait déjà fait savoir qu’il regrettait la décisive « beaucoup trop » tardive du premier ministre britannique d’autoriser les Etats-Unis à utiliser ses bases militaires. Le chef d’Etat américain a même qualifié Keir Starmer de « pas très coopératif », bien que, depuis, ce dernier se soit rangé derrière les Etats-Unis.
En revanche, l’Espagne maintient son cap contre la politique interventionniste des Etats-Unis. Un affront auquel Donald Trump a répondu mardi par la menace, évoquant la possibilité de « cesser tout commerce avec l’Espagne », lui reprochant son refus de le laisser utiliser les deux bases américaines situées en Andalousie.
« L’Espagne a été terrible » et « très, très peu coopérative », a-t-il taclé. Un reproche supplémentaire adressé par les Etats-Unis, qui regrettent depuis plusieurs mois que l’Espagne ne veuille pas augmenter à 5 % du PIB ses dépenses militaires, comme l’entend le nouvel objectif de l’Otan poussé par Washington.
« Nous ne serons pas complices de quelque chose qui est mauvais pour le monde et qui est également contraire à nos valeurs et à nos intérêts, simplement par peur des représailles », a par la suite réagi le premier ministre espagnol.
• Messages de soutien
Malgré des difficultés à adopter une position commune très clairement définie face aux attaques menées contre l’Iran, ces tentatives d’intimidation ont valu au chef du gouvernement espagnol une série de marques de soutien de ses homologues européens.
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a déclaré sur X lui avoir exprimé « la pleine solidarité de l’Union européenne avec l’Espagne » et le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, lui a dit « la solidarité européenne de la France en réponse aux menaces de coercition économique ».
Également sur X, Pedro Sanchez s’est dit « très reconnaissant » pour ces messages de soutien.
• L’Union européenne « prête à réagir » sur le volet commercial
Sur le volet commercial, l’Europe apparaît uni. L’UE s’est dit mercredi « prête à réagir » pour défendre ses intérêts et ceux de ses Etats membres, face aux menaces économiques de Donald Trump contre l’Espagne. « La Commission va s’assurer que les intérêts de l’Union européenne soient pleinement protégés. Nous sommes solidaires de tous les Etats membres et de leurs citoyens et sommes prêts à réagir si nécessaire, à travers notre politique commerciale commune, pour défendre les intérêts de l’UE », a précisé un porte-parole.
L’Union européenne a notamment rappelé aux Etats-Unis les engagements qu’ils ont pris sur l’accord commercial conclu l’année dernière, tout en réaffirmant sa volonté d’œuvrer pour « des relations commerciales transatlantiques stables ».

