De la fumée après des explosions à Téhéran en Iran, le 28 février 2026. – / AFP
Les Etats-Unis et Israël ont lancé une attaque sur l’Iran ce samedi 28 février après une escalade des tensions dans la région ces dernières semaines. En représailles, l’Iran a frappé plusieurs bases américaines situées dans les pays du Golfe et a bombardé Israël. Décryptage de la situation au Moyen-Orient avec Agnès Levallois, vice-présidente de l’Institut de Recherche et d’Etudes Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO).
Israël et les Etats-Unis ont lancé plusieurs frappes sur l’Iran mettant leurs menaces à exécution. Pourquoi ce choix d’une attaque et que cala va-t-il changer en termes de rapport de force ?
Dans un communiqué, le ministère de la défense israélien a indiqué qu’il s’agit de « frappes préventives ». Ce concept existe en droit international mais il doit être caractérisé par une menace imminente et sérieuse. En l’occurrence, ce n’était pas le cas car il y avait des négociations en cours avec l’Iran. Le fait d’en découdre avec la République islamique est une véritable obsession de Benjamin Netanyahou, il suffit de relire tous ses discours depuis plus de 20 ans. Et à chaque fois, Israël entraîne les Américains dans ces opérations, de peur que Donald Trump accepte une négociation pour éviter un conflit qui aurait des effets néfastes sur le business. Les arguments développés par les Israéliens ont réussi à convaincre Trump, qui a fini par décider d’y aller.
Depuis plusieurs mois, les tensions s’étaient intensifiées. Aujourd’hui, avec ces frappes, Israël et les Etats-Unis débutent une nouvelle phase : anéantir les possibilités iraniennes de pouvoir être cette puissance régionale que l’Iran entend être.
Après, tout va dépendre si l’opération conduit à un changement de régime, si les Américains et israéliens arrivent à faire tomber la République islamique. Si le régime tombe et qu’un pouvoir proche des Américains et des Israéliens s’installe, alors l’Iran retrouvera sa place. Si ce n’est pas le cas, le pays continuera à vivre complètement marginalisé, ostracisé et sans aucune capacité de développement.
L’opération peut-elle réellement faire tomber le régime des Mollahs ?
Je suis très sceptique sur la capacité d’un changement de régime par une intervention extérieure. On a vu ce que ça a donné en Irak en 2003… L’Irak n’est toujours pas remis de cette situation.
Si l’on rembobine, pourquoi les tensions ont augmenté crescendo ces dernières semaines ?
Il y a quelques semaines, Donald Trump a décidé de reprendre les négociations. Mais le président américain est impatient et, donc, n’obtenant pas les résultats qu’il souhaitait en quelques heures de négociations, il a estimé que la voie diplomatique était plus efficace. Et il a décidé de bombarder. Cela correspond en tout point à sa façon de faire : le président américain veut être celui qui règle tous les problèmes à travers le monde.
Ces négociations étaient vouées à l’échec. Les hommes qui sont allés négocier pour Trump avec les Iraniens ne sont pas des diplomates, ce sont des hommes d’affaires spécialistes de l’immobilier. Du côté des Iraniens, se trouvent diplomates qui connaissent ce métier et qui n’ont pas du tout la même façon de voir les choses. Ils avançaient pas à pas pour lâcher un peu de lest et que les Américains en lâche aussi, mais ce n’est pas du tout la stratégie de Trump. Donc, frustré, il choisit la guerre.
Si ça dure trop longtemps, ça va être catastrophique pour Trump d’un point de vue de politique intérieure. Si en quelques jours ou quelques semaines, ils arrivent à faire tomber tous les deux la République islamique, ce sera un gain politique pour les Américains et les Israéliens.
Dans une allocution diffusée sur le réseau Truth Social, Donald Trump évoque la libération de la population iranienne opprimée par le régime en place. Existent-ils d’autres intérêts américains à bombarder l’Iran ?
Donald Trump a toujours dit qu’il avait été traumatisé par les images de la prise d’otages de l’ambassade américaine en 1979 après l’émergence de la République islamique : Trump a un vieux compte à régler avec la République islamique.
Mais pour les Américains, l’Iran est aussi un marché de 90 millions d’habitants avec des ressources pétrolières et gazières absolument considérables. Et ils pourraient y avoir accès avec un changement de régime qui leur serait favorable.
Dans l’esprit de Donald Trump, cet aspect-là a joué. Les Iraniens l’avaient d’ailleurs bien compris puisque dans les négociations, ils avaient mis en avant que, si un accord était signé, le marché iranien serait ouvert aux entreprises américaines. Ils pensaient que ce point-là pourrait peut-être éviter les bombardements. Mais cela n’a pas suffi.
L’Iran a-t-il les moyens de répliquer ?
Non, les moyens de résistance de l’Iran sont quand même limités. Même si l’Iran était aujourd’hui en mesure de reprendre sa production de missiles, la guerre de juin dernier a sérieusement affaibli ses capacités.
Face à l’armada américaine et israélienne, les Iraniens n’ont absolument pas la possibilité de résister très longtemps. Ils lancent leurs missiles mais le dôme de faire est quand même très efficace en Israël. Ils s’attaquent à des bases américaines dans la région au Qatar, à Bahreïn, au Koweït – ce qui inquiète beaucoup les pays du Golfe. Ils vont pouvoir aussi actionner quelques milices dans la région. Mais tous ces leviers d’actions ont été quand même déjà sérieusement mis à mal depuis toutes les guerres menées par Israël depuis un peu plus de deux ans.

