Fait prisonnier en juin 2024 dans la région de Kharkiv, Oleksii, soldat ukrainien de la Garde nationale, a passé près de deux ans en détention russe. Tortures, simulacres d’exécution, isolement sans lumière : il raconte aux médias ukrainiens une captivité méthodique.
Quand il s’engage au sein de l’armée ukrainienne, le 25 février 2022, au lendemain du début de l’offensive russe, Oleksii ne sait pas combien de temps durera la guerre. Il rejoint la 13e brigade de la Garde nationale ukrainienne, une unité récemment constituée et formée selon des standards modernisés, comme il le raconte ce 26 février au Kyiv Post. En 2024, près de deux ans et demi après le début des combats, il est envoyé dans la région de Kharkiv pour contenir une nouvelle poussée russe vers la grande ville du nord-est.
Le front y est saturé d’artillerie et de drones. Les appareils de reconnaissance survolent en permanence les positions ukrainiennes, guidant des frappes précises. Oleksii se souvient d’avoir tenté de récupérer le corps d’un camarade tombé à découvert. “Ils voyaient tout depuis les drones. Ils savaient que je n’attaquais personne”, raconte-t-il. Les tirs continuent pourtant.
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Un autre épisode reste gravé : dans une tranchée, un drone FPV russe atterrit à quelques centimètres de lui sans exploser. “À ce moment-là, j’ai serré la main de la mort”, dit-il. L’engin est repoussé loin de sa position. Il survit. Mais quelques jours plus tard, le 8 juin 2024, sa chance tourne. À court de munitions, encerclé, il finit par être capturé.
Un numéro mémorisé qui va le sauver
Avant ce déploiement, il avait mémorisé le numéro de téléphone de son épouse, un réflexe qu’il n’avait pourtant jamais eu depuis le début de la guerre. Ce détail lui servira en détention pour transmettre à ses proches la preuve qu’il est vivant. En cellule, il répète mentalement la suite de chiffres pour ne pas l’oublier.
Ce qu’il décrit ensuite de la détention en Russie ressemble à un système destiné à briser, mentalement et physiquement, les prisonniers. “On n’avait plus de noms. Pas de prénoms.” Les gardiens les désignent par des insultes. L’objectif, affirme-t-il, est d’effacer toute individualité. “On finit par se sentir sans visage.”
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Les interrogatoires, eux, s’accompagnent de menaces répétées. Deux fois, on tire à l’arme à feu juste au-dessus de sa tête. Deux fois, une arme est braquée sur son front et la détente est pressée… à vide. “Chaque fois, on pense que c’est la fin.” Les questions portent sur des données stratégiques – défenses aériennes, logistique, états-majors – auxquelles un fantassin n’a pas accès. “Ils savaient que je ne pouvais pas répondre.”
“Les émotions sont impossibles à décrire”
La pression psychologique est constante. Les prisonniers entendent quotidiennement que leurs familles les ont abandonnés, que l’Ukraine les a oubliés, qu’ils ne représentent plus rien. Dans des cellules aux fenêtres recouvertes de plaques métalliques, Oleksii dit n’avoir vu le soleil qu’une seule fois en près de deux ans. Il perd quinze kilos et témoigne des nombreux sévices infligés à ses camarades détenus.
Pour éviter l’effondrement moral, les prisonniers tentent de maintenir un minimum d’échanges entre eux. “On devient la bouée de sauvetage les uns des autres.” Provoquer une discussion, même vive, au point de virer à la dispute, permet de maintenir une présence au monde.
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Du jour au lendemain, sa libération intervient, sans annonce préalable. Les yeux bandés, ligoté, il est embarqué dans un avion, pense qu’il va être transféré plus loin en Russie, pour ne jamais en revenir. Mais à l’atterrissage, une voix annonce qu’ils se trouvent en Biélorussie. L’échange de prisonniers est confirmé peu après. “Les émotions sont impossibles à décrire”, dit-il.
S’il souhaite aujourd’hui témoigner à visage découvert, c’est pour une raison simple : préserver l’avenir de sa fille, née peu avant sa capture. “Je donnerais tout pour qu’elle ne connaisse jamais le mot guerre.” Pendant près de deux ans, c’est à son souvenir qu’il dit s’être accroché pour survivre.

