Journaliste politique, conseillère présidentielle, présidente de Versailles pendant plus de douze ans : Catherine Pégard est nommée ministre de la Culture le 26 février 2026. Portrait d’une femme de réseaux et de patrimoine, qui avait été invitée à Toulouse au siège de La Dépêche pour les Rencontres d’Occitanie.
De l’ombre à la lumière. Ce jeudi 26 février, Catherine Pégard est entrée Rue de Valois. Nommée ministre de la Culture dans le gouvernement de Sébastien Lecornu, elle succède à Rachida Dati après un parcours singulier, à la croisée de la presse politique, des cabinets présidentiels et de la gestion du patrimoine national.
À 16 ans, des stages dans la presse
Née le 5 août 1954 au Havre, diplômée d’histoire et de sciences politiques aux universités de Rouen et de Paris I-Panthéon Sorbonne, également passée par l’Institut d’études politiques de Paris, Catherine Pégard s’est formée dans la rigueur des textes et l’observation des rapports de force. À 16 ans, elle effectue ses premiers stages dans la presse locale havraise. En 1977, elle débute au quotidien “J’informe”, avant de rejoindre le service politique du “Quotidien de Paris” de Philippe Tesson.
En 1982, elle intègre l’hebdomadaire “Le Point”, où elle restera un quart de siècle. Rédactrice en chef adjointe puis rédactrice en chef en 1995, elle signe des carnets politiques nourris des coulisses du pouvoir. Son nom s’impose dans le commentaire de la droite parlementaire et des majorités successives.
Conseillère de Nicolas Sarkozy
En mai 2007, elle quitte le journalisme pour rejoindre l’Élysée comme conseillère de Nicolas Sarkozy. La décision suscite des interrogations sur le passage d’une journaliste politique au cœur du pouvoir exécutif. Dès mars 2008, elle dirige le “pôle politique” de la présidence, avant de suivre des dossiers culturels. Elle connaît Nicolas Sarkozy depuis 1974 et participe aux réunions stratégiques du quinquennat.

En octobre 2011, elle est nommée à la tête de l’Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles, succédant à Jean-Jacques Aillagon. Elle y restera plus de douze ans. Les chiffres structurent son bilan : 8,3 millions de visiteurs en 2023 contre 6,1 millions en 2010 avec un budget de 120 millions d’euros.
Faire de Versailles un “lieu hors normes”
Sous sa présidence, 6 000 m² supplémentaires sont ouverts au public, la galerie des Carrosses et les appartements privés de Marie-Antoinette sont valorisés, la Chapelle royale et le bassin du Char d’Apollon restaurés. Elle revendique environ 70 millions d’euros de mécénat levés. Versailles génère 75 % de ressources propres, dont 60 % par la billetterie.
Son mandat n’a pas échappé aux controverses : débats autour de l’art contemporain, notamment l’installation “Dirty Corner” d’Anish Kapoor, critiques de la Cour des comptes en 2023 sur la prolongation de son maintien en fonctions au-delà des limites d’âge statutaires. Catherine Pégard assume une ligne : faire de Versailles un “lieu hors normes”, à la fois livre d’histoire et outil diplomatique. Le domaine accueille ainsi en moyenne 150 délégations par an ; le site sert de cadre à des rendez-vous économiques et diplomatiques comme Choose France.
Culture et diplomatie
En octobre 2024, elle rejoint l’agence française pour le développement d’AlUla, en Arabie saoudite, comme directrice du développement culturel. En septembre 2025, elle revient à l’Élysée comme conseillère culture d’Emmanuel Macron. Sa nomination au ministère prolonge cette trajectoire où culture et diplomatie s’entremêlent.

En 2020 elle était à Toulouse, invitée par Marie-France Marchand-Baylet, présidente de la Fondation Groupe Dépêche, pour les 29es Rencontres d’Occitanie. Devant un public d’acteurs économiques et culturels, elle avait défendu l’idée d’un Versailles “atout pour la France”, capable d’”aller vers les gens” grâce aux prêts d’œuvres, aux partenariats territoriaux et à l’ouverture aux publics éloignés. Elle avait rappelé que 5 000 enfants du Secours populaire sont accueillis chaque année et que des projets sont menés avec des centres de détention. Une vision d’un patrimoine mobile, inscrit dans les réalités contemporaines.
Décorée officier de la Légion d’honneur en 2022, officier de l’ordre national du Mérite en 2012, commandeur des Arts et des Lettres en 2015, Catherine Pégard incarne une conception stratégique de la culture : instrument d’influence, levier économique, marqueur d’identité.
Rue de Valois, elle hérite d’un ministère confronté aux arbitrages budgétaires et aux tensions sur la création. Son expérience des arcanes de l’État et des équilibres politiques constituera l’un de ses premiers atouts. Reste à savoir comment l’ancienne journaliste, passée “de l’autre côté du miroir”, inscrira son action dans la durée et pour clore le second quinquennat d’Emmanuel Macron.

