February 26, 2026

ENTRETIEN. "J’ai été moqué, on a voulu m’attaquer sur mon accent" : Jean Lassalle revendique la force de ses racines pyrénéennes dans un livre

l’essentiel
Figure politique indissociable des Pyrénées, Jean Lassalle publie un nouvel ouvrage intitulé “Mes Pyrénées insolites” aux éditions Glyphe et coécrit avec le journaliste René Girma. L’occasion pour l’ancien député de se confier sur ce nouveau chapitre de sa vie et sur sa vision de la France.

Loin des bancs de l’Assemblée nationale, Jean Lassalle a choisi la scène. En tournée avec son spectacle “Jean dans la salle”, l’ancien député béarnais n’a pas peur de se réinventer. Entre confidences personnelles, attachement à ses Pyrénées et regard toujours tranché sur l’actualité politique, il s’est confié à La Dépêche du Midi.

Jean Lassalle a été candidat deux fois à la présidentielle de 2017 et 2022.
Jean Lassalle a été candidat deux fois à la présidentielle de 2017 et 2022.
DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

Vous êtes sur scène partout en France, qui vient vous voir jouer ?

Au début, c’était surtout des jeunes diplômés, engagés et très valables qui venaient m’écouter sur scène. D’ailleurs, ça m’a surpris, je ne m’attendais pas forcément à un public aussi jeune. Et pourtant, ils étaient là, attentifs et exigeants. Puis le public s’est élargi. J’ai vu arriver des quadragénaires, des personnes de plus de 60 ans, des parents, des mères de famille. Des gens qui viennent avec leurs préoccupations, leurs inquiétudes, leurs questions sur le pays. Mais je dois avouer que même si je suis habitué à parler en public, ce n’est pas pour autant que je n’ai pas d’appréhension.

C’est-à-dire, vous avez peur ?

Oui, bien sûr. Avant de monter sur scène, j’ai toujours le trac. J’ai mal partout. C’est comme avant un match : on se sent presque souffrant, on doute, on se demande si on sera à la hauteur. J’avais un ami qui me disait que ça lui faisait la même chose avant de faire l’amour, cette forme de trac qui précède quelque chose d’intense. C’est exactement ça : un mélange d’inquiétude et d’attente. Mais une fois sur scène, au bout de deux ou trois minutes, tout disparaît. Les douleurs s’estompent, la tension retombe et je me sens à ma place. Que ce soit sur scène ou dans l’écriture, au fond, c’est la même démarche : raconter, transmettre une parole sincère, sans artifice.

C’est ce que vous avez voulu faire dans votre livre sur les histoires des Pyrénées ?

Oui, tout à fait. René et moi-même avions envie de resituer des histoires telles que nous les avions découvertes. Nous nous retrouvions souvent, que ce soit dans les Pyrénées-Orientales ou les Hautes-Pyrénées, et nous nous disions : “Il faut qu’on raconte la richesse de nos Pyrénées.” Nous avons voulu retranscrire les anecdotes telles qu’elles nous avaient été confiées, au coin du feu ou sur un sentier, ces récits transmis de génération en génération.

Votre accent est devenu une signature. A-t-il été un handicap ?

Non, au contraire. Avant 2017, personne ne m’avait parlé de mon accent, alors même que j’étais député depuis longtemps. Et puis, pendant la présidentielle, on a commencé à dire qu’on ne comprenait rien à ce que je disais. On a voulu m’attaquer là-dessus et ça n’a pas toujours été facile. Je dois reconnaître que quand je suis très fatigué, ma voix baisse un peu. Mais sinon, c’est simplement ma façon de parler. Je ne revendique pas mon accent, je ne le renie pas non plus. C’est moi, c’est l’accent de mes parents, de mes frères. Il y a l’accent parisien, l’accent corse, l’accent ultramarin… chacun parle avec son histoire.

Une fierté régionale qui vous a poussé à chanter à l’Assemblée nationale, le regrettez-vous ?

Pas du tout. J’ai été moqué, bien sûr. Certains médias m’ont raillé sur le moment et ce n’est jamais agréable d’avoir Le Monde ou Le Figaro qui se moque de vous. Mais cela m’a aussi rendu considérablement populaire aux yeux de beaucoup de Français. J’ai reçu énormément de soutiens de différentes régions. Des Corses, des Toulousains, des Niçois m’ont dit qu’ils étaient fiers qu’un élu assume ainsi sa culture et sa terre.

La fin du second quinquennat d’Emmanuel Macron approche. Cela vous donne-t-il envie de revenir sur la scène politique ?

Non, pas vraiment. Ce que m’inspire aujourd’hui l’état politique de notre pays, c’est surtout de la tristesse. Elle est devenue un spectacle permanent où l’on se hurle dessus du matin au soir, souvent sans profondeur. C’est un système qui éloigne les responsables des réalités concrètes de la vie des gens. Quant au bilan d’Emmanuel Macron, je pense qu’il aurait mieux valu qu’il ne soit jamais élu. Ce n’est pas une attaque personnelle, c’est un constat politique. Pour moi, cela a été une erreur collective.

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