February 24, 2026

Démantèlement d’un trafic international de chevaux : comment ce business a pu persister et tant rapporter ?

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Un trafic de chevaux de race secoue la campagne gersoise. La semaine dernière, un réseau clandestin a été démantelé et un éleveur placé en garde à vue. Un dossier qui questionne la filière, notamment en ce qui concerne la traçabilité des équidés. Comment ce trafic a-t-il pu prospérer malgré une réglementation stricte ?

En pleine campagne gersoise, une vaste affaire de fraude et de trafic de chevaux de race vient d’éclater. Derrière les clôtures d’un élevage en apparence ordinaire, les enquêteurs ont découvert un système clandestin structuré sur les communes de Seissan et de Panassac.

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Pierre de La Serve* est éleveur de chevaux anglo-arabes dans le département du Gers. Il n’est donc pas passé à côté des révélations, suite au démantèlement de ce trafic, le 18 février dernier. Il livre son analyse sur les failles du système, la traçabilité des équidés et les zones grises de ce dossier peu anodin.

Comment un tel trafic a-t-il pu prospérer ?

“La réglementation existe, mais elle vise surtout les professionnels”, souligne l’éleveur gersois. Mais alors, comment fonctionne réellement le contrôle des chevaux en France ?

Pour comprendre, il faut s’intéresser à deux grands organismes. D’un côté, l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE), héritier des Haras nationaux, qui gère les fichiers d’identification, les stud-books (registres d’élevage) et les contrôles administratifs.

De l’autre, les services vétérinaires départementaux (aujourd’hui intégrés aux directions départementales dépendant des préfectures) qui s’occupent de la partie sanitaire, notamment lors des transports ou des exportations.

C’est un groupe inter-services qui s’est déployé simultanément sur deux sites, à Seissan et Panassac.
C’est un groupe inter-services qui s’est déployé simultanément sur deux sites, à Seissan et Panassac.
Gendarmerie nationale.

Concrètement, dès qu’un propriétaire possède plus de trois chevaux, il doit se déclarer comme “détenteur d’équidés”. Il doit tenir un registre d’élevage à jour et être en règle sur l’identification des animaux. Des informations consultables sur le site de l’IFCE.

Dans les faits, les contrôles concernent surtout ceux qui sont déjà déclarés, selon Pierre de La Serve.

“Les professionnels en règle sont contrôlés. Ceux qui ne déclarent rien passent souvent sous les radars. Il existe de nombreux chevaux dans des prés, sans réel suivi administratif. Tant qu’il n’y a pas de plainte ou de signalement, ils peuvent rester hors de tout contrôle”, explique-t-il.

Identification, puçage et déplacements : un cadre théorique strict

La réglementation européenne impose que tous les chevaux en Europe soient identifiés et pucés, et ce depuis plus de vingt ans. “En cas d’exportation, par exemple vers l’Espagne, il faut passer par les services vétérinaires, fournir une attestation sanitaire, préciser le point de départ, d’arrivée, le transporteur, etc.”

Sur le papier, tout est encadré. Dans la pratique, les contrôles sur route restent rares. “La vraie faille, c’est le hors-circuit.”

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Une situation qui a de quoi inquiéter les professionnels de la filière, notamment sur le plan sanitaire. “Nous avons des règles très strictes au niveau des races et des organismes de sélection, mais sur le terrain, les contrôles restent limités. Si une véritable épidémie équine survenait, nous ne serions pas aussi préparés que dans la filière bovine, où la traçabilité est beaucoup plus rigoureuse.”

Seuls, dans la pratique sportive (lors de concours), des contrôles sont effectués (vaccinations, identification), mais ils ne sont pas systématiques. Et en dehors de ces circuits, de nombreux chevaux restent rarement contrôlés.

Trafic d’embryons : “C’est une technique lourde et très encadrée”

L’enquête a permis aussi de révéler une maîtrise avancée des techniques de reproduction et d’insémination qui aurait profité à la revente d’animaux et d’embryons en France et à l’international. Un trafic estimé à près de 400 000 €. Un constat qui interroge Pierre de La Serve.

“Sur certaines races très recherchées, oui, il existe un commerce international d’embryons. Mais cela se fait via des circuits très réglementés. Ce n’est pas une pratique artisanale.”

En théorie, le transfert d’embryons est une technique complexe, pratiquée par un nombre restreint de vétérinaires spécialisés. Elle nécessite des juments porteuses, un suivi sanitaire précis et des coûts élevés.

Si le principal mis en cause a été convoqué devant le tribunal correctionnel, l’enquête se poursuit, notamment après la découverte d’animaux en grande souffrance.

*Professionnel reconnu, engagé au niveau national dans la gestion du registre d’élevage officiel des étalons anglo-arabe et en lien régulier avec les autorités sanitaires et l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE), Pierre de La Serve est propriétaire du Haras d’Olympe à Paulhiac. Il est spécialisé dans l’élevage et la préparation de chevaux de sports anglo-arabes et issus d’anglo-arabe.

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